‹ Lettres (volume 2)Chapitre 126 sur 163 · SUPERIEURE AU PREMIER MONASTÈRE DE PARIS · texte numérisé non relu

SUPERIEURE AU PREMIER MONASTÈRE DE PARIS

La Sainte est disposée à faire le voyage de Paris.

VIVE •}■ JÉSUS

[Moulins], 20 août [1641].

Ma toute chère fille,

Je répondrai à votre lettre par le bon M. Rioton, étant si fort accablée d'écritures que je n'ai encore bien su commencer la besogne pour laquelle on m'a appelée ici, qui n'est pas petite pourtant. Notre bon Dieu, qui sait faire des beaux ouvrages par des chétifs outils, bénira tout et fera sa volonté pour ce béni voyage de Paris, duquel je vois bien, ma très-chère fille, que je ne recevrais pas moindre consolation que vous toutes ; car Dieu sait en quel rang votre maison est dans mon cœur et les âmes particulières, surtout votre pauvre et très-chère Sœur H. A. , que Dieu par sa bonté bénisse de sa sainte grâce et nous la conserve. Je ne doute pas que la consolation de me voir ne lui fût très-grande, et pour moi je l'aurais de même. J'espère que Mgr de Genève ne dira pas que non; mais en tout la très-sainte volonté de Dieu soit faite! Je suis en son amour toute vôtre, et à nos chères Sœurs, que je salue cordialement. Notre-Seigneur fasse abonder ses grâces sur toutes. Je suis vôtre de cœur, ma très-chère fille. Amen.

Conforme à l'original gardé à la Visitation du Mans.

LETTRE MDCCCXXVII

A LA MÈRE FRANÇOISE-MADELEINE ARISTE i ET A LA MAITRESSE DES NOVICES

Joie de voir les bons rapports du monastère de Troyes avec le deuxième de Paris. — Supporter les esprits faibles. — Message pour la Mère M. de la Trinité. — Une élection doit se faire proebainement à Moulins.

vive -f- jésus!

Moulins, 20 août [1641].

Mes très-chères filles,

L'union que Dieu a mise en vos deux chers cœurs me donne la confiance de ne faire qu'une lettre pour la chère Mère et pour la chère directrice , d'autant que nous avons à répondre à fort grande quantité de lettres. Je vous dis donc, mes très-chères filles , que je suis fort consolée de voir la cordialité et bonté avec lesquelles vous êtes avec la bonne Mère du faubourg Saint- Jacques (deuxième monastère de Paris), et elle avec vous. C'est

! « La Mère F. M. Ariste, professe du premier monastère de Paris dès 1623, était fille de condition (dit la Mère de Chaugy) , el joignait à cet avantage ceux de la beauté, de l'excellente mémoire, de la bonne et douce humeur, de l'agréable voix et d'une facilité à bien parler si grande, qu'on la nommait la belle éloquente. Sa générosité à suivre l'appel de Dieu la fit cacher dans le cloître où Dieu la cacha tellement à elle-même, qu'elle ne voyait que difformités en son âme; aussi ne se chercha-t-elle jamais plus que pour s'abattre, s'anéantir et se détruire. Aussitôt après sa profession, Notre- Seigneur lui montra que, par un retour d'amour pour ses trois vœux, Il voulait se lier à elle par trois présents de son Cœur, qui lui seraient fort profitables : le don d'oraison intérieure, celui de la mortification de tous les sens et de l'esprit, et celui d'une longue infirmité corporelle. » Celte infirmité n'empêcha pas cependant Sœur F. -Madeleine d'être envoyée à la fondation du deuxième monastère de Paris, puis à celle de Troyes, « où elle s'est rendue très-utile, et où Dieu a consommé la perfection en sa bénite âme. Elle fut élue Supérieure après la Mère C. M. Amaury, et servit pendant douze ans la maison de Troyes avec tant de vertu, de perfection et de bonheur, que sa mémoire y sera en perpétuelle bénédiction. » {Année Sainte, VIe volume.)

ainsi qu'il faul faire, demeurant toujours contentes de tout ce que Notre-Seigneur permet qu'il en réussisse. Pour moi, mes trèschères filles, je pense que vous ferez bien de garder cette pauvre Sœur, car partout il faut porter §a croix; elle n'en aura pas moins dans un autre monastère que dans le vôtre, et cela donne toujours ouverture à quelque autre de faire la même demande. Nous ne manquerons pas de faire prier Dieu pour la Révérende Mère de la Trinité; faites-la saluer de notre part trèscordialement. Faites bien l'une et l'autre votre possible afin que, s'il se peut, cette Sœur Anne-Thérèse puisse pacifier son esprit. Je vois bien par les vôtres que vous le faites déjà, mais je ne laisse de vous le recommander, car il faut avoir un grand support pour ces pauvres esprits; ne vous mettez pas beaucoup en peine de ce qu'elle vous dit, car elle en dirait autant à toute autre Supérieure. Au reste, je prie ma chère Sœur la directrice de ne se point tant lamenter de ce que je suis venue à Moulins; ce n'est pas pour y être Supérieure, car nous en faisons élire une jeudi prochain '. S'il plait à Dieu, nous espérons retourner à notre cher monastère après que nous aurons fait ici ce pour quoi nous y sommes venue, qui ne sera pas si tôt. Faites-moi toujours bien la charité de prier Dieu pour moi, et faites que nos chères Sœurs professes et novices le fassent aussi, afin que j'accomplisse parfaitement la sainte volonté de notre bon Dieu. Je le prie de vous combler toutes de son saint amour. Je suis en Lui, mes très-chères filles, voire, etc.

[P. S.] Ma très-chère fille, nous venons de recevoir celle que ma chère Sœur la déposée m'a écrite pour accompagner celle de celle bonne Sœur à laquelle je fais réponse. Je vous dis tout confidemmcnt, ma chère fille, que je serai bien aise que l'on ne m'écrive que pour les choses absolument nécessaires pendant que je serai ici, à cause que je m'y trouve un peu accablée

1 La Mère Françoise-Jacqueline de Musy, professe d'Annecy et déposée de Montargis, fut alors élue à Moulins.

des visites et des écritures, n'ayant pas en ce lieu des personnes qui nous y puissent soulager; et, pour moi, je n'ai pas même le loisir de dicter mes lettres, tant l'on m'accable au parloir. Faites-moi savoir s'il est nécessaire que je fasse réponse de ma main à votre Père spirituel; craignant de ne le pouvoir faire, j'emprunte la main d'une de nos Sœurs. Nous ne manquerons pas de faire prier Dieu pour la bonne Mère de la Trinité; saluezla de notre part fort cordialement.

LETTRE MDCCCXXVIII

[ A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY

SUPÉRIEURE AU PRKMILR MONASTÈRE d'aKSECÏ

Procession de La Roche au tombeau de saint François de Sales. — La duchesse de Montmorency ne peut prendre l'habit de novice que l'année prochaine. — Instances faites pour obtenir que la Sainte aille jusqu'à Paris. Désir de connaître la volonté des Supérieurs à ce sujet. Au retour du voyage la duchesse entrerait au noviciat: bel éloge de ses vertus. — Nécessité de passer l'hiver à Moulins.

vive -f- jksus!

[Moulius, 1641.]

Ma très-chère Mère,

Nous reçûmes hier vos chères lettres par ce bon ecclésiastique. Je bénis Dieu de votre bonne santé et du contentement que nos pauvres chères Sœurs vous donnent : si je pouvais les aimer davantage, je le ferais pour cela. Hélas! qu'elles sont heureuses de vivre dans celle sainte paix et joie par la fidèle observance! Je prie Dieu leur augmenter ses saintes grâces , afin qu'elles y cheminent toujours plus simplement, plus humblement et fidèlement, et leur conserve en sanlé la bonne guide que Dieu leur a donnée.

J'ai bien eu de la consolation de ce que Votre Charité me dit de la procession de La Roche \ Voilà comme notre bon Dieu

'Les habitants de La Roche, petite ville située à quatre lieues d'Annecy, étaient allés en pèlerinage au tombeau de saint François de Sales.

exalte les humbles : ce béni Saint s'est tenu caché, et Dieu ne peut s'arrêter de le magnifier; bénie en soit éternellement son infinie Bonté! — Je ne pensais pas vous écrire si tôt, car les visites m'emportent mon temps; mais deux choses m'y portent, la première qu'avant-hier madame de Montmorency, qui est une àme incomparable, me dit les raisons pourquoi elle ne pouvait prendre l'habit, ni disposer de ses affaires qu'au commencement de l'année, que néanmoins elle ferait ce que je lui dirais, car elle a une soumission admirable. Or, considérant que si elle prenait l'habit devant le susdit temps, elle perdrait peut-être plus de quatre-vingt mille francs, je lui dis qu'il fallait avoir patience, ce qui ne sera pas difficile, mais oui la suite; car sans doute, ma très-chère fille, elle serait tout à fait désobligée si nous nous retirions avant qu'elle fût vêtue, et eût satisfait à ses pieux desseins pour la distribution de son bien, où elle désire que mon petit avis l'assiste. Outre cela, ma chère Mère, je vous dis devant Dieu que je crois que celte maison a besoin que j'y passe l'hiver; je ne puis écrire le sujet, vous le pouvez deviner. Je n'ai encore jamais rencontré rien de tel que quatre filles qui sont céans. La communauté est bonne assez, mais a besoin d'être bien ajustée : voilà pour celte maison ce que j'en peux connaître.

Pour le second point, c'est le sujet pour lequel M. Rioton, confesseur de nos Sœurs de Paris, est ici arrivé, qui m'a dit que l'on en avait écrit amplement à Monseigneur; à moi l'on fait le même. La reine, Messeigneurs de Sens et de Chàlon et nos deux monastères disent merveilles, surtout Mgr de Sens qui viendrait ici , s'il n'avait les arrêts de demeurer en son diocèse et que je n'aille à Paris. C'est donc à nos Supérieurs et à vous, ma très-chère Mère, de résoudre de ce que devant Dieu vous jugerez être plus à sa gloire pour ces deux points-là ; et puis vous en ferez savoir la résolution au plus tôt, en cas que l'on détermine que nous allions à Paris. Nous emploierions à cela

!e mois d'octobre pour être ici devant la fin de novembre et y passer l'hiver, selon le désir de noire très-vertueuse madame la duchesse que nous mettrions alors à son essai, et lui servirais de directrice, quoique très-indigne et fort éloignée de sa vertu; car vraiment, ma très-chère Mère, c'est une grande âme, solide, généreuse, profondément humble et ornée de toutes vertus. Croyez que notre bon Dieu en cette occasion nous fait bien voir le soin paternel qu'il a de notre petit Institut; car cette chère âme sera une forte colonne en toutes façons pour soutenir notre petite Congrégation. Ma trèschère Mère, ayant dit mes pensées et ce que l'on désire, je demeure en paix et indifférente à tout ce qu'il plaira à Notre- Seigneur me commander par nos Supérieurs. Sa divine Bonté vous comble de son saint amour, et toutes nos chères Sœurs que je salue avec vous de tout mon cœur, tout à part notre très-honoré et très-cher Père M. le doyen auquel je ne puis écrire, mais je vous supplie lui communiquer cette lettre, afin qu'il en juge, Je suis de cœur incomparable toute vôtre, ma très- chère Mère.

J'avais écrit hier jusqu'ici, ma très-chère Mère, quand ce matin j'ai reçu les vôtres du 17 d'août, où je vous vois fort alarmée sur ce qui me touche, ne voyant pas qu'il y en ait du sujet, sinon votre grand amour pour moi, et de nos chères Sœurs. Ne soyez point en peine, ma bonne Mère, ni n'appréhendez rien, ni la longueur de notre séjour, car, avec la grâce de Dieu, je n'en séjournerai pas un jour de plus, pour aller contenter tant de personnes de piété; car toujours fallait-il passer ici l'hiver, ou tout gâter et rendre notre voyage inutile. Je vous prie que l'on ne fâche point Monseigneur sur ce sujet ; certes il ne peut pas éconduire tant de personnes. Ma très-chère Mère, consolez-vous, et priez seulement Notre-Seigneur de me tenir toujours de sa sainte main et qu'en tout je fasse sa sainte volonté. Je le supplie de vous combler de son saint amour et toutes nos Sœurs.

Ma très-chère Mère, madame de Montmorency désire que l'on tienne secret son dessein de prendre l'habit de Religion.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visilation d'Annecy.

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