LETTRE MDCCCXXXIII
A AIOXSIEI'R PIOTO.Y
CONFESSEUR DES RELIGIEUSES DU PREMIER MONASTÈRE DE La VISITATION' d'.IWKI
Al. Marcher rentrera à Annecy avant l'hiver.
[Moulins, 1641.]
Mon trks-honoré et très-ciiek frkre,
Je fus si fine que je ne vous dis point mes desseins de vous faire confesseur sans être martyr, car il eût été assez à craindre que vous ne nous eussiez fait de grandes difficultés, ce qui n'était pas expédient, puisqu'il en fallait passer par là. Vous verrez votre capitaine 1 avant l'hiver; car dès que nous serons
1 M. Marcher, confesseur du premier monastère d'Annecy, qui accompagnait la Sainte en son voyage, avait été remplacé momentanément par M. Pioton.
de retour de ce béni Paris, où Dieu veut que nous allions pour quelques semaines, il s'en retournera à Nessy; mais ne pensez pas vous tellement décharger que vous ne soyez toujours prêt à reprendre ce faix, qui certes soulage pour la bonté des âmes, n'est-il pas vrai, mon bon très-cher frère? Oh! je vous prie de ne m'oublier en vos saints sacrifices, puisque de canir invariable je suis, mon très-cher frère, votre très-humble, etc.
LETTRE MDCCGXXXIV
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLOXAY
SUPERIEURE AU PREMIER MONASTÈRE d' ANNECY
La Suinte annonce son prochain départ pour Paris; ce voyage sera utile à la gloire de Dieu. — Eloge de madame de Montmorency et de la communauté de Moulins. — Recommandations en faveur de quelques Sœurs d'Annecy.
VIVE -J- JÉSUS .'
[.Moulins, 1(341 ]
Ma chère mère ma fille,
Dieu soit notre tout! Je vous assure que, pour votre consolation, nous tachons de vous faire part de nos nouvelles le plus que nous pouvons ; mais pour vous en faire avoir selon votre désir il faudrait envoyer des messagers exprès, car celui que l'on nous a envoyé de Paris a été cause que nous n'avons reçu des vôtres. Seulement jeudi dernier nous reçûmes toutes les lettres que vous avez écrites depuis notre départ de Lyon. Vous voyez donc qu'il faut avoir patience; et croyez que pendant que l'on ne s'empresse pas à vous envoyer des lettres, c'est signe que tout se porte bien , car autrement l'on vous en ferait bien promplement avoir. Ne vous plaignez donc plus tant de cela.
Je vous prie, ma chère fille, d'agréer de bon cœur les voyages que Dieu veut que je fasse, puisque j'espère que sa douce Bonté en tirera sa gloire. Je n'ai jamais mieux connu la volonté de Dieu en mes voyages, comme je la connais en celui-ci, et si vous étiez ici vous m'exciteriez à demeurer autant qu'il serait
requis; ou, si j'étais encore à Annecy, vous me presseriez vousmême à venir faire ce que Dieu requiert que je fasse pour sa gloire. Vous me donnez un peu de peine de me presser en toutes vos lettres de m'en retourner promptement, car vous devez être assurée que je ne m'arrête jamais hors de notre cher monastère d'Annecy, que le moins qu'il m'est possible. Et puisqu'il plaît à Dieu que nous fassions le voyage de Paris, je suis fort aise que les choses soient allées de la sorte; car si l'on eût fait autrement, sans doute cela eût apporté de grandes longueurs, et par après il en eût toujours fallu venir là, étant à moitié chemin comme je suis. Et j'ai su du confesseur de nos chères Sœurs de Paris qu'il y a quelque besoin pour la gloire de Dieu que je fasse encore ce voyage; et j'espère que nous le pourrons facilement faire devant l'hiver, partant d'ici le 20 de ce mois de [septembre] , pour revenir à même temps dans le mois de novembre. Je leur ai mandé que l'on ne pensât pas à me retenir davantage. Assurez-vous que ces bonnes Mères de Paris n'ont point les prétentions de quoi on les [soupçonne]. J'ai vu l'une des lettres que vous leur écrivez, parce que Votre Charité nous l'envoya à cachet volant. J'eusse bien désiré que vous leur eussiez écrit d'un style plus cordial. Au plus tôt que vous pourrez, tâchez, je vous prie, de le faire, afin de réparer un peu cela. — Dans nos précédentes lettres j'ai répondu à ce que vous désirez savoir; c'est pourquoi je n'en parle plus.
Si vous voyiez notre chère madame de Montmorency dans sa douceur, humilité généreuse, et dans sa souplesse et bonté, vous ne plaindriez pas le temps de notre séjour auprès d'elle; et, de plus, je reçois une consolation très-grande de voir ce que Dieu a fait en cette communauté; c'est un changement de sa dexlre. Ces chères âmes se rendent pliables comme des enfants, et j'espère en la miséricorde de notre bon Dieu qu'à l'aide de la vertueuse Mère qu'elles ont élue, cette famille se rendra l'une des meilleures de l'Ordre; mais il faut un peu de temps pour les affermir.
J'en éfais demeurée ici quand je reçus la vôtre du dernier d'août, qui me console de vous savoir eu bonne santé et toutes nos chères Sœurs. J'en remercie Notre-Seigneur, et le supplie vous continuer toutes ses saintes grâces et redonner à notre pauvre Sœur J. -Colombe [de Lacombe] son esprit. Hélas! que notre misère est grande ! C'est une âme si innocente, que cela me sert d'un grand soulagement. Pour sa peine, il n'en faut guère parler parmi les autres Sœurs. Je m'assure, ma très-chère Mère, que vous prenez bien garde à ces pauvres Sœurs qui sont peinées, comme nos Sœurs F. -Dorothée [Longis], F. -Innocente [de la Fléchère] et J. -Françoise de Vallon, quoique leurs peines soient bien différentes les unes des autres. [Plusieurs lignes illisibles.] Pour ce qui est de votre Sœur l'économe, il est vrai qu'elle est un peu rude, quoique bonne de cœur. Il y a de certaines Sœurs qui ne se contentent guère de toutes les économes, sinon qu'elles adhèrent à tout ce qu'elles veulent, ce qui n'est pas toujours expédient. Vous ferez bien, ma chère Mère, de ne pas croire tout ce que l'on vous en dit, mais de l'examiner, afin que vos douces corrections profilent à celles qui seront coupables.
Je prie notre Sœur J. -Thérèse [Picoteau] de suppléer à ce que je ne puis vous répondre, ayant fort peu de loisir; mais seulement je vous dirai, ma bonne Mère et très-chère fille, que je ne pense pas que vous puissiez avoir un plus juste désir de mon retour que je ne l'ai; mais, par la divine grâce, je crois bien que ni vous ni moi ne voulons ni ne devons laisser la volonté de Dieu poursuivre nos inclinations. Je ne connais pas avoir usé de feinte en votre endroit. Je ne savais certes le juste sujet que je trouve ici de m'y arrêter plus longtemps que l'obédience ne porte et d'y passer l'hiver, ni non plus la dépêche que nos Sœurs de Paris firent à Monseigneur, ni les personnes qu'elles emploieraient pour m'obtenir. Je pensais bien , comme je l'ai eu dit, qu'elles feraient tous leurs efforts pour m'avoir, puisque je venais jusqu'à moitié chemin, et je dis aux Supérieurs que
500 LETTRES DE SAIJYTE CHAiYTAL.
je n'y savais point de nécessité. Que pouvais-je faire autre chose? outre que cela n'allonge pas notre séjour. La simplicité avec laquellej'écris mes pensées a donné ces soupçons. Je suis toute vôtre, ma très-chère Mère et fille.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCCXXXV (Inédité)