‹ Lettres (volume 2)Chapitre 129 sur 163 · A LA SOKUR ANNE-FRANÇOISE DE PRA · texte numérisé non relu

A LA SOKUR ANNE-FRANÇOISE DE PRA

AU PREMIER UOXaSTÈRE I) ANNECY '

Remèdes contre les tentations.

VIVE f JKSUSÎ

Ma chère fille, Vous ne trouverez point de meilleur remède à vos peines que la patience, l'humble soumission a Dieu, l'absolu retranchement des réflexions et regards sur vous-même et sur ce qui se passe

1 A l'école du divin Maître, Sœur Anne-Françoise comprit de bonne heure cet oracle sacré : le grain de froment pour germer et porter beaucoup de fruits doit tomber dans le sillon et mourir. C'est au premier monastère d'Annecy que s'opéra le travail préparatoire à la riche moisson de mérites qui fera éternellement la gloire de celle vraie fille de la Visitation. Originaire de la Bourgogne, mademoiselle de Prâ, par suite des guerres qui désolèrent cette province, dut se réfugier en Savoie. Bientôt elle vint se jeter aux pieds de sainle J. F. de Chantai, qui développa si habilement les dons surnaturels cachés dans ce cœur généreux, qu'à la sollicitation des Supérieurs de Besançon, la Mère de Blonay n'hésila pas à l'accorder pour gouverner la fondation de Dôle (1646). Cette œuvre accomplie au prix de rudes labeurs commençait à offrir des consolations, lorsque le monastère d'Annecy rappela suintement la Mère Anne-Françoise pour lui confier une entreprise plus difficile encore : la fondation de Varsovie préparée par la reine Marie de Gonzague, épouse de Jean-Casimir. L'humble Mère entrevit les croix sans nombre atlachées à cette mission lointaine; mais, abandonnée sans réserve au divin bon plaisir, elle partit en 1653, accompagnée de Sœur M. -Madeleine de Grandmaison, professe de Rumilly, et de quelques Sœurs de Troyes.

Les difficultés qu'offrit le voyage paraissent à peine croyables : l'état

en ces peines, et joindre à cela Je divertissement à des occupations extérieures; mais surtout une ferme résolution de ne point offenser Dieu, et de vous appliquer fidèlement à l'observance de vos Règles et à la pratique de toutes vertus, selon les occasions que Dieu vous en fera rencontrer. Et je vous redis encore aujourd'hui ce que je vous disais à mon départ de Nessy : plus vous parlerez de vos peines, plus vous les mettrez dans

désolant de l'Allemagne à celte époque ne permettant pas aux Religieuses de traverser ces contrées, il leur fallut se diriger vers le Nord. A peine furent-elles embarquées à Dieppe que tout sembla conjuré pour anéantir les passagers : lutte contre les corsaires qui capturèrent hardes et provisions, mauvais traitements de ces pirates, tempête affreuse suivie d'un incendie plus effroyable encore, dure captivité en Angleterre où les débris du vaisseau allèrent échouer, telles sont les tribulations qu'eut à endurer la petite colonie. Grâce à la protection de la reine Marie de Gonzague, les prisonnières recouvrèrent la liberté et se rendirent à Calais.

De graves maladies les ayant réduites aux portes de la mort, elles ne purent profiter du départ d'un navire qui devait les transporter en Pologne. Ces épreuves et les humiliations qui les accompagnèrent furent suivies d'autres épreuves plus amères encore : la courageuse Mère de Prà, accablée de censures injustes, de blâmes immérités, de noires calomnies, ne trouva aucun appui dans les personnes qui auraient dû la soutenir et la défendre. On put dès lors admirer plus que jamais les héroïques vertus de cette fidèle compagne de la Passion du Sauveur. A l'exemple du divin Modèle, elle ne proféra aucune plainte, aucune parole de justification, laissant à la sagesse éternelle de faire connaître son innocence. Peu après, le titre et la charge de Supérieure de la fondation de Varsovie furent donnés à Sœur M. C. de Glétain. (Voir la note de la lettre MDI, tome IV des Lettres.)

La Mère Anne-Françoise, qui avait été accueillie avec bonheur au monastère d'Amiens, dut le quitter en 1056 pour aller gouverner celui de Bordeaux. Les merveilles que le ciel y opéra par son entremise rappellent les prodiges accordés à la foi d'un saint François de Paule et d'une sainte Colette.

Après six nouvelles années de supériorité à Dôle, elle fut élue à Tours (1676). Là était la dernière station de son douloureux pèlerinage. Un séjour de quelques mois suffit aux Religieuses pour admirer en leur vénérable Mère une âme dépouillée des faiblesses de l'humanité, vivant, parlant, se taisant, par le seul mouvement de la grâce, qui ne l'avait élevée à ce degré sublime de perfection qu'en la faisant passer par « la vive mort des sens,, de l'esprit et du cœur r. . (Année Sainte, Ve volume.)

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voire imagination, où elles vous feront toujours plus de peine. Quand on les a une fois bien fait entendre , il doit suffire , et devons appliquer les remèdes qui nous sont donnés 5 car cela ne guérira pas à force de parler, mais quand il plaira à Dieu; et rien, à mon avis, ne vous soulagera que la fidèle pratique de ce que je vous ai dit ci-dessus.

Conforme à une copie gardée aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE AIDCCCXXXVI

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