‹ Lettres (volume 2)Chapitre 13 sur 163 · MA TRÈS-IIONORÉE ET TRÈS-CHÈRE MÈRE · texte numérisé non relu

MA TRÈS-IIONORÉE ET TRÈS-CHÈRE MÈRE

Le très-débonnaire Sauveur de nos âmes soit éternellement béni en la douceur de son enfance et aux souffrances de sa sainte Passion; car nous voici au saint temps de Carême, et je n'ai reçu votre lettre que dès deux jours. Elle m'a certes grandement réjouie, y voyant clairement la sincère et toute cordiale dilection que notre bon Dieu veut que vous ayez pour moi , trèspauvre et cbétive que je suis, qui ai un besoin nonpareil de l'aide de vos prières et de celles de vos chères filles, nos bonnes Sœurs. Je le dis très-confîdemment à votre cœur, que le mien chérit en Notre-Seigneur de toutes ses forces. Continuez donc à me faire la charité à ce que notre divin Sauveur me tienne de sa sainte main, et me conduise dans le sentier d'un parfait accomplissement de toutes ses volontés, et qu'à l'heure de mon trépas il lui plaise de me recevoir entre les bras de sa divine miséricorde : que si je reçois cette grâce, assurez-vous, ma bonne Mère, que je prierai bien pour vous. Hé, mon Dieu! faitesnous la grâce, à celte chère Mère très-digne épouse, et à moi votre très-chétive et indigne servante, qu'un jour nous puissions être unies ensemble pour vous louer et bénir es siècles des siècles, et vivre sans fin de votre divin amour avec la très-sainte Vierge et cette troupe innumérable des Saints. Ma chère Mère, mon Dieu! quand posséderons-nous ce bonheur? Quand reverrons-nous nos bienheureux Père et Mère , et cette troupe de Saints qui ont vécu en nos saintes Congrégations et en notre

société! Oh! que cette vie est longue et pénible! Notre chère Mère Supérieure de ce monastère, Péronne-Marie de Chàtel, est allée accroître le nombre des nôtres, dont nous avons reçu une douloureuse affliction. C'était une de nos premières Mères, une âme pleine de bonté, de charité, d'humilité, de vraie conduite et de toutes les vertus, et qui était en cette vie toute ma consolation et soûlas dans mes besoins ; mais Dieu l'a voulu, son saint Nom soit béni! Amen.

Je suis bien aise, ma chère Mère, que vous ayez eu ces trois bons serviteurs de Dieu. M. Vincent est un homme rare, de grande et solide vertu. — Je bénis Dieu qui continue le bonheur à nos pauvres Sœurs [de Troyes] d'une parfaite union avec vous. Derechef, je vous demande l'aumône de vos saintes prières. Mon Dieu! que j'en suis nécessiteuse! Sa Bonté le sait, et ce qu'il lui plaît me faire souffrir en l'intérieur. Je ne désire point de délivrance, mais grâce pour tout porter en innocence et parfait accomplissement de son adorable volonté.

Ma très-chère Mère ma fidèle amie, je vous remercie encore des images de cette bienheureuse servante de Dieu [Marie de l'Incarnation]. Je bénis l'infinie Bonté qui la manifeste par [des] miracles. — C'est un effet du soin de votre charité pour nous et de celle de notre très-bon et incomparable Père M. le commandeur de Sillery, cette pensée d'union entre nos maisons; vraiment je la désire de tout mon cœur. Mais vous êtes nos trèschères Mères et les aînées de la glorieuse et très-sainte Mère de Dieu, prescrivez-nous comment cela se doit faire, et les pratiques d'union qu'il conviendra pour nourrir et rendre utile un si grand bien. J'attendrai votre ordre, et cependant je prie Dieu de vous combler de son pur amour, et toutes nos chères Sœurs, vos filles. Votre, etc.

LETTRE MDLII

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