‹ Lettres (volume 2)Chapitre 135 sur 163 · A LA SOEUR FRANÇOISE-MADELEINE DE CHAUGY · texte numérisé non relu

A LA SOEUR FRANÇOISE-MADELEINE DE CHAUGY

AU PREMIER MOWISTKRE d'aNKMECV '

Encouragement à proûter des lumières divines. — Eviter les retours inutiles sur soi-même. — Parole prophétique sur les épreuves réservées à Sœur F. -Madeleine.

vive -J- jésus!

Moulins, 5 décembre 1641.

Ma très-chère fille,

Nous avons lu votre grande lettre de nos yeux , comme vous le désiriez, et j'y vois que la divine Bonté vous continue ses grâces et ses favorables consolations; je l'en bénis, et remercie de tout mon cœur, et la supplie de vous donner une fidèle correspondance, et vous, ma fille, d'y apporter de votre part tout ce qu'un bon cœur comme le vôtre doit à une si grande douceur et débonnaireté paternelle, que celle de notre bon Dieu envers vous.

Or sus, je suis fort aise que vous m'ayez écrit au long les principaux mouvements de votre âme; il n'est pas besoin que je réponde sur tous. Conservez invariablement la lumière que vous avez de regarder toujours Dieu en vos Supérieurs et Supérieures, et d'y avoir une égale soumission, respect et confiance, et vous expérimenterez combien Dieu a agréable que l'on se fie et repose en la fidélité de ses paroles. N'exaltez pas beaucoup vos sentiments en les poussant dehors; car, outre qu'ils vous seraient souvent pénibles, aussi vous pourraient-ils laisser l'âme sèche; il vaut mieux les retenir au dedans, toujours en vous calmant, adoucissant, simplifiant, et arrêtant votre esprit

1 Quoique dans l'édition do la Mère de Blonay celte lettre soit datée de 1638, la Vie manuscrite de la Mère de Chaugy, dont elle est fidèlement extraite, assure au contraire qu'elle fut « comme le dernier adieu que la Vénérable Fondatrice vint dire à sa chère fille, étant décédée à quelques jours de là ». D'ailleurs, la Vie imprimée donne positivement la date du 5 décembre 16-41.

en Dieu seul et non en ses dons. Cela veut dire qu'il ne faut faire aucune réflexion sur ce qui se passe en vous, pour voir ou connaître ce que c'est. Soyez, mon cher enfant, comme un vaisseau vide devant sa divine Bonté, pour recevoir ce qu'il lui plaira de vous donner, et ne permettez jamais à votre esprit aucun retour ni réflexion sur vous-même, ni sur ce qui se passe en vous. Je le répète, parce que si vous le faites d'une manière curieuse et pour vous satisfaire , outre que c'est un temps perdu, vous vous entortillerez et ouvrirez la porte à plusieurs tentations. C'en sont déjà bien quelques traces que ce que vous me marquez. Tranchez court à tout cela, ma fille, et n'y répondez rien, mais tournez-vous doucement en Dieu, vous contentant qu'il sache ce qui se passe en vous et comment il s'y passe.

Deux choses sont nécessaires : la première de suivre fidèlement votre attrait intérieur , car il est bon, et cela sans retour sur vous; mais opérez les actes différents de vertus qui se présentent d'une étroite observance de vos Règles et de vos vœux, sans aucun relâche, gaiement et humblement, selon la lumière que Dieu vous en donnera. La seconde regarde les grands désirs que vous avez des austérités et des souffrances : ne les écoutez non plus, et soyez sûre qu'un jour viendra que vous aurez pleinement de quoi y satisfaire. Pour le présent, soyez fidèle à faire ce que vous devez, et à souffrir humblement et sans mollesse ce que Dieu vous présentera de moment en moment. En voilà prou jusque notre retour, s'il se fait comme nous pensons. Continuez à prier pour moi, qui suis toujours vôtre de cœur et d'âme, d'une affection tendre et invariable.

Extraite de la Vie manuscrite de la Mère Françoise-Made'eine de Chaugy, gardée aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MDCCCL

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