A LA MÈRE MARIE-HÉLÈNE DE CHASTELLUX
SUPÉRIEURE A SEMl'R
Détails sur Je voyage de Paris. — Nouvelles de la Sœur de Monsors. vive f jésus!
Moulins, 6 décembre 1641.
Ma très-chère fille,
Je sais qu'il fait grand bien à votre cœur de savoir un peu de nos nouvelles, et au mien, certes, de vous en dire et de vous demander aussi des vôtres. Nous voici, grâce à notre bon Dieu> de retour de notre voyage de Paris en assez bonne santé , après avoir été un peu travaillée de quelques [indispositions] , qui m'ont contrainte de faire dix ou douze jours de séjour à noire monastère de Nevers, pour y reprendre un peu de force et de santé.
Je ne vous puis dire, ma chère fille, la consolation que j'ai reçue par toutes nos maisons où nous avons passé, ayant trouvé tant de bonnes âmes et si zélées pour l'exacte observance. Je n'ai pas oublié à Paris de parler à notre bonne Sœur de Monsors, en qui je trouvai un peu de difficulté pour sa vocation ; mais lui en ayant un peu parlé, elle a pris une bonne résolution, et je crois qu'elle sera ferme en sa vocation ; c'est un très-bon sujet. Elle est entrée avec son petit habit; elle croyait prendre celui de novice, mais M. son père s'est trouvé absent, et dit qu'il veut qu'elle sorte pour être abbesse de Saint-Andoche. Je ne crois pas qu'elle se résolve à cela. C'est une fille qui fera très-bien, ainsi que je l'espère avec la grâce de Dieu, que je loue et bénis de tout mon cœur du contentement qu'il vous donne, ma très-chère fille, en la conduite de votre chère famille, ainsi que je l'apprends de nos bonnes Sœurs de céans. Je prie sa Bonté de répandre de plus en plus sur vous ses saintes bénédictions. Mille saluts à toutes nos chères Sœurs. Je les conjure
de continuer à soulager votre travail par leur fidélité à l'observance. Vous savez, ma très-chère fille, que c'est de cœur que je suis très-entièrement votre très-humble, etc.
Conforme à l'original gardé am Archives delà Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCCLI
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLOMAV
SUPÉRIEURE AU PREMIER MONASTÈRE d'axXECï
Bon état des monastères de Paris, Melun , Montargis et Xevers. — Eloge de Mgr de Sens et de saint Vincent de Paul. — Estime qu'inspire M. Marcher; son prochain retour à Annecy. — Conseils de charité.
vive f jésus!
[Décembre 1641.]
Ma très-chère Mère et ma vraie fille uniquement bien-aimée, Je commence à vous écrire par les chemins : ces billets sont les fruits du voyage, car vraiment je n'ai pas le loisir de respirer, quand je suis dans nos maisons. Enfin nous sommes parties de Paris, où certes j'ai reçu grande consolation de la bonté de nos Sœurs et de leur bonne observance. Elles m'ont témoigné un amour et désir de profiter de notre entrevue tout extraordinaire. Tout allait bien, mais j'espère en Dieu que tout ira encore mieux; et, à le dire à vous, ma Mère et ma très-chère fille, il était expédient de faire ce voyage, et je crois que Dieu l'a voulu pour plus de bien que nous ne voyons. Les autres monastères de Melun et Montargis se ressentent du bonheur d'être sous la conduite de Mgr de Sens. IVevers va bien : notre passage a déjà servi et servira encore, comme j'espère.
J'ai eu la grâce de voir fort particulièrement Mgr de Sens, allant et retournant de Paris, étant venu exprès de Sens à notre rencontre. C'est un grand et ferme pilier de l'Église, qui, à mon avis, n'est pas au bout des persécutions; car il n'est pas homme à plier sous le faix des contradictions ni à se rendre à ce qui serait tant soit peu contre la très-sainte Eglise et sa con-
science. Faites fort prier pour l'Eglise et pour ce bon prélat. J'ai vu aussi Mgr de Châlou qui veut vivre tout à Dieu, avec un peu de splendeur pourtant. M. Vincent est un saint, et ne se peut dire comme Dieu redouble son esprit sur lui et sur ses enfants.
Gr sus, ma très-chère Mère ma vraie fille, nous voici enfin arrivées à Moulins très-heureusement le 2 de ce mois, et en parfaite santé, après avoir séjourné à Nevers dix ou douze jours, Dieu l'ayant [permis] pour le bien et consolation de ces chères âmes qui en ont fait, et dès notre premier passage, un profit incroyable. C'est une bonne famille, et où il y a nombre de filles d'espérance. Enfin, ma très-chère fille, il semble que Dieu a donné des bénédictions tout extraordinaires à ce voyage par les fruits qui en paraissent : et voilà comme ce souverain Maître fait ce qu'il lui plaît, par de bien pauvres et chétifs instruments.
Notre très-bon M. Marcher, qui sait toutes choses les plus particulières, vous les dira; car c'est une chose extraordinaire que la confiance , estime et affection que tous les monastères lui ont et témoignent. Ils admirent sa grande discrétion, sagesse et retenue, et avec cela sa franchise et son zèle à dire ce qu'il faut, et qu'il pense être pour le bien de l'Institut et des maisons qui l'approchent. Chacun en voudrait bien avoir un semblable. Madame du Bouchage, que vous connaissez, désire qu'il l'aille conduire jusqu'à Lyon. Nous ne pouvons pas lui refuser cette courtoisie, et je crois que Monseigneur trouvera très à propos qu'il passe à Nessy pour aller porter de nos nouvelles plus amplement , et rendre un peu de devoir à son église et à sa petite bergerie : il lui fâche de nous quitter, mais cela me semble raisonnable. II ne fait rien ici qu'un autre ne fasse facilement : vous le renverrez quand vous le jugerez à propos; mais de tout l'hiver il ne me semble pas qu'il fût nécessaire. Quant à notre retour et où nous passerons, je laisse tout cela à Monseigneur et à vous.
Je n'ai point trouvé de lettre de M. Pioton : j'en suis marrie , car je voudrais bien savoir ce qui s'est passé à ce Fribourg.
Si le bon M. Pioton n'était instruit de l'habileté de l'esprit de M. M. , je ne m'étonne pas qu'il ait trouvé que tout va bien. Mais, ma très-chère fille, lui pardonnerez-vous sa liberté d'ouvrir les paquets que les Supérieures m'écrivent sans lui faire voir son tort? M. Pioton aura-t-il coulé cela avec sa douceur? Je le trouve bien important, car cela peut être suivi de fâcheux effets. Hélas! mon Dieu, ma Mère, gagnez quelque chose sur cet esprit-là, s'il y a moyen, car elle a de bonnes conditions, et si elle pouvait s'affranchir des autres ce serait un grand bien.
Notre Sœur la Supérieure de Lyon m'écrit aussi que vous n'écrivez point. Hélas! ma très-chère Mère, je n'ai eu jamais l'intention de comprendre la Supérieure de Lyon au nombre de ses filles, quand je vous priai de ne leur écrire que lorsqu'elles le feraient; certes, cela n'édifie pas, et je vous conjure, ma très-chère fille, d'écrire au plus tôt à la Mère de Bellecour quelque cordiale excuse, rejetant le sujet de votre silence sur ce que je vous avais écrit de ne point écrire aux Sœurs de Bellecour qu'en réponse, et que vous aviez pensé que je l'y comprenais. Enfin, ma très-chère fille, il faut regarder Dieu et l'édification du prochain, tâcher toujours de faire notre devoir selon cela, et supporter doucement que l'on ne le fasse pas envers nous; car enfin le tort leur demeurera et nous pratiquerons la vertu. Je vous dis ma pensée comme à ma propre âme, vous chérissant comme cela, vous le savez, ma vraie très-chère fille. Je suis bien consolée du contentement que nos Sœurs vous donnent. Mon Dieu! que cette troupe m'est chère! Je la salue tendrement. Dieu la bénisse! — 9 décembre '.
Conforme à l'origiual gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
J Pour se rendre compte des retouches que la Mère de Blonay a fait subir aux Lettres de sainte J. F. de Chantai, il suffit de comparer celle-ci, qui est une reproduction exacte de l'original, avec l'épitre 120e du IIP livre de l'édition de 1644.
LETTRE MDCCCLII