‹ Lettres (volume 2)Chapitre 153 sur 163 · A LA SOEUR FRANÇOISE-DOROTHÉE LONGIS · texte numérisé non relu

A LA SOEUR FRANÇOISE-DOROTHÉE LONGIS

AU PREMIER MONASTÈRE d'aXXECY *

Conseils à une âme que Dieu visite par des peines intérieures.

VIVE f JESUS !

Ma très-chère fille, Croyez-moi, je vous prie, ne vous mettez plus en peine de votre peine ! C'est une vraie affliction qui nous est imposée de

1 Sainte J. F. de Chantai a fait elle-même un magnifique éloge de cette

Dieu, duquel la bonté permet à notre ennemi de nous inquiéter de mauvaises pensées, de craintes effroyables et de fâcheuses imaginations, afin que les douleurs et peines que nous ressentons nous soient un feu de tribulation où Dieu nous épure comme l'or dans la fournaise, ainsi qu'il a fait à ses fidèles serviteurs pour accroître leurs mérites. Ne pensez donc plus que ce soit une mauvaise disposition ; au contraire, c'est une grâce, croyez-le bien; et partant, ce que Dieu veut de vous en cet état, c'est une entière soumission à cette souffrance, avec une continuelle remise et abandonnement de vous-même à sa sainte

Religieuse en assurant qu'elle n'avait jamais connu d'àme plus semblable à la sienne. Comme la Bienheureuse Fondatrice, Sœur Françoise-Dorothée dut passer la plus grande partie de sa vie « dans les angoisses spirituelles qui rendent l'amour extrêmement pur et net; car, étant privé de tout plaisir par lequel il puisse être attaché à son Dieu, il nous joint et unit à sa Bonté immédiatement, volonté à volonté, cœur à cœur, sans aucune entremise de contentement ou prétention ». Comprenant que le Seigneur voulait élever une âme si éprouvée jusqu'aux hauteurs de la sainieté, la Bienheureuse Fondatrice ne négligea rien pour lui aider à gravir la route ardue qui y conduit. Pendant un certain temps, elle consacra même une heure chaque jour à la fortifier, et sur son lit de mort lui donna encore une dernière preuve d'affection, en confiant pour elle ce message à la Mère de Blonay : « Dites à notre chère fille Françoise-Dorothée qu'elle demeure dans l'assurance que je lui ai donnée; qu'elle chemine en paix dans la voie où Dieu la conduit et le plus joyeusement qu'elle pourra. » Et dans une autre lettre elle ajouta : « Dites seulement et secrètement à la petite Sœur Françoise-Dorothée que je la porte dans mon cœur joyeusement comme une âme que je sais être chère à Dieu : qu'il la bénisse ! » Les monastères de Castellane et de Soleure, gouvernés dans la suite par cette fervente Religieuse, expérimentèrent qu'elle avait reçu, avec la dernière bénédiction de sainte J. F. de Chantai, une ample participation à ses vertus et à son esprit de force et de sagesse. Rentrée à Annecy, elle y goûta les consolations divines à proportion des amertumes qui avaient inondé son âme, et le 10 février 1683 s'endormit paisiblement dans le Seigneur, en présence de Mgr d'Arenlhon d'Alex, qui s'écria après l'avoir assistée à ce dernier passage : « La mort perd dans mon esprit tout ce qu'elle a d'affreux, quand je vois mourir les Filles de Sainte-Marie. » [Année Sainte, IIe volume.)

volonté, ou par des actes ou par des paroles, quand vous le pourrez facilement, ou par un simple acquiescement, ou bien simplement en touchant vos résolutions. Ne disputez ni ne regardez jamais volontairement ce qui se passe en vous ; au lieu de cela, retirez-vous en Dieu, sans regarder comme vous y êtes; enfin surtout, point de réflexions. Tenez-vous joyeuse, nonobstant les angoisses, vous divertissant avec vos Sœurs. Ayez une grande fidélité à fuir toute apparence de mal et à faire le bien que vous connaîtrez, surtout de l'observance, et vous assurez que Dieu vous tient de sa main; je l'en supplie, et c'est de tout mon cœur.

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