‹ Lettres (volume 2)Chapitre 154 sur 163 · FRAGMENTS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS

LETTRE MCMLXVIII

Vous m'avez donné un bon sujet de confusion de m'avoir demandé mon oraison. Hélas! ma fille, ce n'est que distraction et un peu de souffrance pour l'ordinaire; car que peut faire un pauvre chétif esprit rempli de mille sortes d'affaires, que cela? Et je vous dis confidemment et simplement que, il y a environ vingt ans, Dieu m'ôta tout pouvoir de rien faire à l'oraison avec l'entendement et la considération ou méditation, et que tout mon faire est de souffrir et d'arrêter très-simplement mon esprit en Dieu , adhérant à son opération par une entière remise, sans en faire les actes, sinon que j'y sois excitée par son mouvement, attendant là ce qu'il plaît à sa Bonté de me donner. Voilà comme je satisfais à votre désir, mais à vous seule ces trois dernières lignes ; quand nous nous verrons, nous dirons le reste, si Dieu le veut.

vin. 43

LETTRE MCMLXIX

0 Dieu! ma très-chère fille, que les filles sont dangereuses quand elles se laissent préoccuper de leur propre sens; elles ne sont pas capables de l'innocence, simplicité et bonne foi de celles qui agissent par cet esprit et ne regardent que Dieu et le bien des âmes.

Ma fille, quand Messeigneurs nos prélats désirent quelque chose de nous qui n'est pas essentiel , après leur avoir humblement représenté nos coutumes, il nous faut soumettre : car ce nous est un grand bonheur d'avoir leur bienveillance. Il y a bien de la différence entre les prélats qui n'ont point de connaissance de nos affaires, et ceux qui en veulent avoir, et qui daignent prendre soin de nous. Pendant la vie de notre Bienheureux Père et de feu Monseigneur son successeur, nous n'eussions rien osé faire d'important sans le leur communiquer, parce qu'ils nous étaient non-seulement prélats, mais vrais pères. Où l'on a de tels évêques, les Pères spirituels n'ont pas grande affaire, quoique toujours il en faut avoir un et le traiter cordialement; mais c'est notre centre que la conduite de nos bons prélats.

LETTRE MCMLXX

J'écris parce que vous le voulez à N. .. ; mais désormais, ma fille, il me faudra dispenser de telles écritures : les maisons se multiplient, nos affaires aussi, et mon âge commence à me rendre excusable. Vous croiriez difficilement la multitude de lettres qui nous arrivent; et puis je me souviens que notre Bienheureux Père disait que ses paroles ne faisaient pas des miracles; et moi sans comparaison, puis bien dire avec un véri-

table sentiment, que mes paroles, étant bien éloignées de l'efficace des siennes, n'en font pas non plus. Je vous supplie donc, ne me laissez plus écrire par les filles en particulier, si les choses ne sont extraordinaires. Pour les témoignages d'affection et choses semblables, il nous le faut témoigner devant le bon Dieu, plus que sur le papier. Dites à ces chères Sœurs qui m'ont écrit que je les aime de tout mon cœur, qu'elles prient Dieu pour moi, et que désormais nous avons plus besoin de faire que d'apprendre. Je les salue cordialement, et quand vous verrez Monseigneur (que je tiens pour mon père et que j'honore en cette qualité), prenez sa sainte bénédiction pour moi et pour cette famille, nous recommandant à ses saints sacrifices, et croyez-moi d'une affection inviolable, votre, etc.

LETTRE MCMLXXI

Ayez un grand courage, ma fille , et priez votre Père spirituel de maintenir votre Institut jusqu'aux moindres petites choses, surtout ce qui est des Règles et Constitutions. Voilà donc mon sentiment, ma très-chère fille, qui, à mon avis, sera conforme au vôtre. Mais, voyez-vous, je désire que dorénavant quand vous me demanderez avis de quelque chose, vous formiez votre jugement dessus, et puis que vous me le mandiez; car mon très-cher seigneur et Bienheureux Père faisait ainsi avec moi, et si je juge bien des choses, je le tiens de lui comme toute autre grâce (si aucune il y en a en moi) et le tout procédant de la divine miséricorde.

LETTRE MGMLXXII

Ma très-chère fille, je vous assure qu'il m'a fait grand bien de savoir de vos nouvelles. J'espérais bien toujours en Notre- Seigneur que la tempête qui semblait se préparer sur vous se terminerait en une douce pluie. Si Dieu permet que vous soyez davantage affligée, faites de cette croix l'usage que la divine Bonté en prétend. J'espère que ce grand Maître fera connaître à Messieurs vos Supérieurs quelle est la sincérité du procédé des Filles de la Visitation.

LETTRE MCMLXXIIl

Je vois, ma chère fille, que pour la conduite vous avez une petite épine dans le pied, qui vous pique bien; ce n'est pas trop de n'en avoir qu'une , car le mal en est tant plus aisé à souffrir et l'on a tant plus de loisir pour le panser. Il faut toujours avoir quelque croix à souffrir, au commencement, au progrès et à la fin , car cette vie en est toute parsemée. J'espère que Notre-Seigneur nous fera la grâce d'en tirer de l'utilité.

LETTRE MCMLXXIV

Ne permettons jamais à nos esprits de désirer rien de contraire à nos Règles, ni de nous faire accroire que nous puissions nous en détourner ni à dexlre ni à sénestre, puisqu'en vérité nous ne le saurions faire ; bien que l'on peut quelquefois relâcher quelque chose selon le besoin. La charité et la nécessité sont les vraies Règles d'un cœur qui est bien à Dieu et à son Institut.

LETTRE MCMLXXV {Inédite)

Page 1