A LA SOEUR ANNE, MARGUERITE DE LA LUXIÈRE
A DRAGUIHXAN
Demeurer tout abandonnée à Dieu avec une entière conflance.
vive -J- JÉSUS !
[Annecy, 1638.]
Il est vrai, ma très-^chère fille, que Dieu m'a donné, ce me semble, une grande connaissance de votre àme, qui m'est très-précieuse. Je crois que vous n'avez à faire qu'à patienter doucement dans vos peines. Tenez votre àme en repos dans le parfait abandonnement de vous-même en Dieu, vous remettant à sa merci, et demeurez là avec une entière confiance. C'est une grande grâce que d'avoir la paix, comme vous l'avez , emmi toute cette guerre que vous soutenez. Croyez que Dieu vous aime bien, et j'ose vous en assurer. Soyez donc en repos sur votre salut, vous confiant aux divins mérites de Notre-Seigneur.
LETTRE MDLXXVIII
A LA SOEUR MARIE-SUZANNE DURET
ASSISTANTE A DRAGUIGN'AV
L'âme qui aspire à l'union divine doit se borner à regarder Dieu et à le laisser Caire ,
vive -[• JÉSUS !
[Annecy, 1638.]
Ma très-chère fille,
J'ai lu votre lettre avec grande consolation. Quand Dieu daigne parler à une âme, il faut que toute créature cesse : je vois cette grâce en vous par la divine miséricorde. Ce que vous avez à faire, c'est que tout cesse en vous par cette unique pratique de regarder Dieu et le laisser agir en vous selon son bon
plaisir. Qu'il vous donne du doux ou de l'amer, de la satisfaction ou de l'insatisfaction, il vous soit tout un : amusez-vous aussi peu à l'un qu'à l'autre; mais arrêtez-vous à Lui seul, suivant fidèlement et simplement les lumières du bien qu'il vous montrera dans chaque occasion; laissez-le faire, et vous verrez comme II vous dépouillera, sans vous en laisser autre soin que celui de la correspondance. Sa divine Bonté vous maintienne en ce train jusqu'à l'extrême perfection de son saint amour. Je vous prie, tenez votre esprit en joie et en courage, et vous verrez combien Dieu est doux. Recommandezmoi à sa Bonté qui suis de cœur tout à fait vôtre.
[P. S.] Ma fille, j'ai vu notre bon Père le Chartreux : il se porte bien, et chez vous aussi. Nous avons peine de bien démêler vos lettres. Je suis vôtre de cœur.
Conforme à l'original garde aui Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDLXXIX
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUTIN
SUPÉRIEURE A THOXON
La Sainte la reprend de sa trop grande dureté sur elle-même.
vive -J- jésus!
[Annecy. 163S.]
J'ai été sensiblement touchée de la nouvelle de votre maladie; mais je ne puis vous taire que j'ai été fâchée d'apprendre que, faute d'avoir pris quelques soulagements dans les premières atteintes de votre mal, vous vous soyez mise au danger où vous êtes. J'ai un pressentiment que dans trois ans je dois quitter ce monde; mais Dieu veuille que vous les duriez au train que vous allez. Je loue et remercie notre débonnaire Sauveur de vous avoir conservée, et je le supplie de vous laisser longtemps en cette vie pour sa gloire et pour le bien de
notre Institut; que s'il ne lui plaît pas, sa très-sainte volonté soit faite !
Pour vous, hélas! quel bonheur, ma chère fille, [c'eût été] de sortir de cette misérable vie dans les lumières et les sentiments où vous étiez! Je ne suis pas marrie que vous fussiez sans mémoire de moi, puisque cet oubli provenait de votre occupation intérieure en Dieu et en sa sainte Mère. 0 Dieu! que vous recevez de grâces de leurs infinies bontés! Mais, hélas! chère fille, parmi la jouissance de tant de miséricordes, redoublez vos prières pour moi, puisqu'il plaît à cette souveraine sagesse de redoubler mes angoisses, mes impuissances et mes pauvretés dans mes effroyables peines, afin qu'il plaise à sa divine Bonté de me soutenir, en sorte que je ne l'offense point.
LETTRE MDLXXX