A LA MÈRE MARIE-PHILIPPE DE PÊDIGON
Sl'PlillIEURE A CHftROLLES
Désir de recevoir de ses nouvelles. — Promesse de quelques secours.
VIVE f JÉSUS.'
[Annecy, 1638.]
Ma très-chère fille,
Il y a si longtemps que nous n'avons de vos nouvelles que votre pauvreté m'en fait désirer, et vous prier de me mander bien au long comme vous êtes : si vous êtes accommodées en votre logement, si vous êtes en clôture en vos jardins, et si vous avez de quoi rouler et avoir le bien nécessaire, et si vous ne recevez point de filles. Il m'est venu un fort désir que nos bonnes Sœurs de Paray vous donnassent deux de leurs Sœurs avec leurs dots, qui fussent raisonnables, pour vous aider un peu, et je leur en écris avec toute l'affection qu'il m'est possible, comme aussi je suis après pour vous procurer quelques petites charités vers les maisons de bonne volonté. Mais je vous assure, ma très-chère fille, que chacun est tant accablé des misères du temps que l'on a peine à rouler. J'espère en la divine Bonté que vivant dans nos observances, en jetant dans son sein toute votre confiance, que sa paternelle Providence vous pourvoira pour le nécessaire, faisant de votre côté ce que vous pourrez. Jésus! hé! que sa bonté jette ses yeux de miséricorde sur vous et vous comble de grâces, avec nos bonnes Sœurs, que je salue avec vous, vous conjurant toutes de me recommander à notre divin Sauveur, et de me donner de vos nouvelles *. Je suis de cœur votre, etc.
1 Voici comment Y Histoire de la fondation de Charolles raconte l'extrême détresse du monastère : « On aura peine à croire qu'un morceau de pain et du lard gros comme une noisette étaient pour les Religieuses un gros dîner;
LETTRE MDLXXXII (Inédite)
A LA MÈRE FRANÇOISE-EMMANUELLE DE VIDONNE DE NOUVERY
SUPÉRIEURE A MONTPELLIER
Assurance de maternelle affection. — Message pour la Sœur déposée.
vive f Jésus!
Annecy, 28 août [1638].
Ma très-chère fille,
Ce petit billet n'est que pour vous saluer chèrement, et pour vous assurer que nous avons reçu les vôtres datées du 20 juin, sur lesquelles je ne vous réponds rien , parce que je vous ai répondu sur tout cela par les dernières que je vous ai écrites, par la voie d'un jeune homme fort assuré, qui s'en allait en vos quartiers. Je n'ai reçu aucune de vos lettres, à quoi je n'aie toujours fait réponse. Je m'étonne fort de voir que nos lettres se perdent ainsi. Il faut bénir Dieu de tout. Je n'ai loisir de vous dire pour le présent autre chose, car l'on nous vient dire qu'il faut nos lettres, et néanmoins l'on nous avait promis un peu plus de temps. Il faut donc seulement dire que, Dieu merci, nous nous portons bien.
Je pensais aussi écrire un mot à ma très-chère Sœur L.- Dorothée [de Marigny], mais l'on ne nous en donne pas le temps. Dites-lui que je lui mande qu'elle s'est très-bien comportée en l'affaire de quoi sa charité me parle. La Providence divine est grande , il ne faut sinon nous confier pleinement en elle. — Je la salue chèrement et cordialement avec vous, et vous assure que vous êtes bien mes deux chères filles. J'ai grande consolation de vous voir vivre en union, et votre chère famille que je salue
les jours d'abstinence il n'y avait pas autre nourriture qu'une écuelle de lait bouilli. Un jour, voulant restaurer une pauvre malade qui avait eu un violent accès de lièvre, on ne put trouver qu'un bouillon de lentilles. Mais ces chères Fondatrices s'estimaient bien fortunées de suivre Jésus pauvre et souffrant, vivant ainsi abandonnées aux soins du Père céleste. »
aussi. Je prie Dieu qu'il vous comble de ses plus chères grâces et bénédictions. Je suis de tout mon cœur, ma chère fille, votre très-humble, etc. , toute vôtre de cœur sincère.
Conforme à l'original gardé à la Visitation de Montpellier.
LETTRE MDLXXXIII
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUT1N
SUPÉRIEURE A THOXON
Se contenter de demeurer en paix auprès de Dieu. — Une Supérieure doit travailler sans empressement à la perfection de ses filles.
vive f jésus!
Annecy, 5 septembre 1638.
Ma trés-chère fille,
Ce divin Sauveur soit la vie et l'amour de votre cœur! L'on ne peut éviter les surprises. J'excuse donc le sentiment que vous eûtes sur le passage de Piémont; mais, ma fille, je vous conjure de tenir votre âme en paix et confiance en Dieu. Que si sa Bonté veut qu'il se fasse, comme il y a de l'apparence , Il en tirera sa gloire et me ramènera, Mais, mon Dieu ! que je souhaite que par-dessus toutes vues et sentiments nous soyons toujours amoureusement, et humblement soumises à tout ce que sa Bonté veut et voudra à jamais faire de nous, et cela allègrement selon l'esprit.
Quant à votre occupation intérieure avec Dieu, elle ne peut être meilleure; mais je vois que vous vous tracassez toujours un peu, voulant faire quelque chose, et Dieu ne le veut pas. Quand votre esprit est arrêté auprès de Lui, ne devez-vous pas vous contenter? Cette divine infinité ne contient-elle pas tous les mystères sacrés de Jésus et de Marie? Ne veuillez donc rien rechercher et connaître que ce qu'il lui plaira vous en découvrir. Croyez-moi, je vous prie, tenez votre esprit tant au large et en joie qu'il vous sera possible.
Ne prenez point à cœur les fautes et inutilités des 611es. Dieu ne vous les a pas commises pour les rendre parfaites, mais seulement pour leur enseigner la perfection et leur devoir. Si elles vous croient, elles seront heureuses, sinon vous ne sauriez qu'y faire; car c'est à vous de planter et arroser et à Dieu de donner l'accroissement. Tirez de chacune ce que vous en pourrez avoir. Dites-leur ce qui est de leur devoir, selon leur portée. Ne les laissez pas croupir dans leurs défauts, sans les reprendre avec une douce force, car il en faut avoir, surtout pour celles qu'il faut ranger à la soumission et à la sainte modestie religieuse.
Si vous ne faites en vos trois ans tout le fruit que vous désireriez, j'ai confiance pourtant que Dieu vous en fera recueillir, et que vous verrez un grand changement dans ces âmes. Il faut avoir patience : Paris ne fut pas fait en un jour. Il faut aller pied à pied, et se contenter du peu que chacune vous pourra donner, et ne se point fâcher de ce que quelques-unes ne donneront rien. Enfin mettez ce que je vous dis dans votre cœur; qu'il suffise pour une bonne fois, et ne vous fâchez de rien. Faites doucement ce que vous pourrez par prières, remontrances , corrections et pénitences; et laissez à Dieu le reste, car il a plus d'intérêt que vous en ces âmes-là. — Bonsoir, ma toute chère et vraie fille, ne vous mettez nullement en peine du voyage de Turin : il se fera heureusement, Dieu aidant. Nous partirons environ le quinzième de ce mois. Priez bien Dieu qu'il me tienne de sa sainte main. Vôtre, etc.
Conforme à une copie gardée aux Archives de la Visitation d'.-lnnecy.
LETTRE MDLXXXIV
A LA MÈRE MARIE-MARGUERITE MICHEL