SUPÉRIEURE A FRIBOURG
Dispositions pour la fondation de Gruyères. — La clôture doit être rigoureusement observée. — Frocliain départ de la Sainte pour Turin.
VIVE -J- JÉSUS.'
[Annecy, septembre 1638.]
Ma très-chère fille,
C'est la vérité que cela est bien fâcheux de voir toutes ces petites tracasseries qui sont toujours entre vous et la Mère de Besançon. Je lui vais encore écrire, selon que Dieu me dictera, afin qu'elle tâche de s'ajuster avec vous et de vous laisser ma Sœur de Vallimbert, puisqu'elle vous est nécessaire, pour avoir la charge des Sœurs que vous laisserez à Fribourg; et vous pourrez être Supérieure en l'établissement que vous faites l.
J'ai vu ce Père Chartreux, lequel m'assure que ce lieu de Gruyères est un fort bon lieu, et que si bien vous ne m'en dites rien, c'est que vos lettres étaient déjà écrites, lorsque vous avez reçu les lettres de votre réception en ce lieu-là. Ma très-chère fille, je remets toute cette affaire en la bonne et sage conduite de Mgr votre très-digne prélat, et de vous; car n'ayant aucune connaissance de ces lieux-là je ne vous en saurais rien dire. Vous savez tout ce qui est de nos règlements : je vous prie, ma très-chère fille, de vous y tenir le plus exactement qu'il se pourra, et surtout que les Sœurs que vous emploierez es principales charges en soient vraiment capables, par la solide vertu et bonne observance. — J'ai vu tous les écrits que vous nous avez envoyés; je suis bien aise que vous soyez en lieu d'assu-
' Cet établissement se fit à Gruyères le 21 novembre 1638. La Mère M. -Marguerite Michel y conduisit elle-même les six Religieuses destinées à la fondation, et revint ensuite à Fribourg. Mais quinze ans plus tard, il fut jugé bon de transférer cette communauté de Gruyères à Langres, où elle a subsisté jusqu'en 1193.
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rance pour loger les filles que vous avez reçues. Quant à ce qui est de ma Sœur M. -Angélique, vous avez très-bien fait de ne la pas envoyer à Thonon ni en cette maison , car on n'eût pas manqué de la vous renvoyer dans son même équipage. Et je vous prie, ma fille, gardez-vous bien de permettre cela; car chacune a prou à faire à porter son fardeau, sans se charger de celui des autres. Vous voyez, ma très-chère fille, en cette bonne Sœur, combien il est bon de déférer au jugement de celles qui nous ont devancées. Feu notre très-chère Sœur Favre, comme un bon et sage jugement, n'avait nullement trouvé cette fille propre pour la Religion.
Pour ma chère Sœur M. -Désirée [Clément], je serais bien aise qu'elle ait la consolation qu'elle désire; mais, à présent qu'elle a le voile, il se faut bien garder de permettre ces allées et venues; car nous sommes déjà assez surveillées en ce qui est de la clôture. Il y a fort peu de temps que l'on a fait de grandes plaintes de nous à Sa Sainteté pour ce sujet-là; nous ne savons pas encore ce qu'il en arrivera. Voyez-vous, ma très-chère fille, il n'est pas permis que les Religieuses sortent de leur clôture que pour des occasions de grande nécessité et utilité pour le bien de leur Institut, et pour des choses qui sont grandement à la gloire de Dieu, et qui ne se peuvent faire autrement. Ce que vous avez à me communiquer se peut facilement dire par lettres, en les remettant à personnes assurées. Je sais que l'on a déjà fait plusieurs sorties qui n'étaient pas nécessaires, sous de petits prétextes.
Or sus, ma très-chère fille, il faut bien vous dire que nous voici proche le temps de notre départ pour Turin. Après avoir prou fait de résistance pour empêcher que j'y aille, néanmoins l'on n'a pas pu empêcher cela, et faut que nous sortions mardi prochain. Nous espérons de revenir dans deux ou trois mois : l'on nous donne toute espérance et assurance de nous laisser revenir. Je vous prie, avec toutes nos chères Sœurs,
de bien prier Dieu pour nous, afin que toute cette affaire s'accomplisse selon sa très-sainte volonté et pour sa plus grande gloire. Je prie sa très-douce Bonté qu'il vous comble de ses plus chères et précieuses grâces, avec toutes nos Sœurs que je salue avec vous, et vous suis d'une sincère affection , votre très-humble, etc.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDLXXXV