‹ Lettres (volume 2)Chapitre 31 sur 163 · A LA MÈRE FRANÇOISE-GASPARDE DE LA GRAVE · texte numérisé non relu

A LA MÈRE FRANÇOISE-GASPARDE DE LA GRAVE

SUPÉBIEURE A BOURGES

Divers éclaircissements au sujet des confesseurs extraordinaires. — Les Supérieures doivent traiter ensemble avec une douce charité.

[Annecy], 10 septembre 1638.

Ma très- chère et ronne fille,

Enfin nous voici sur notre départ pour Turin dans quatre jours : accompagnez-nous de vos prières, et toutes nos chères Sœurs aussi, je vous en supplie, ma chère fille. Nous espérons n'y demeurer que deux mois, Dieu aidant; sa très-sainte volonté soit faite!

Pour ce que vous me dites, ma chère fille, quand la Constitution dit : « On demandera un confesseur auquel toutes se confesseront » , s'il est indifférent qu'ils viennent deux; il s'est ainsi pratiqué durant la vie de notre Bienheureux Père; car ne voyez-vous pas que la fin de la Constitution est accomplie, qui est que les Sœurs qui n'auraient pas confiance au confesseur ordinaire en aient un extraordinaire à qui découvrir leurs cœurs ; il n'y a donc point de difficulté à cela. Il est très-vrai qu'il est très-bon de ne changer ces confesseurs-là que le moins qu'il se peut; mais comme nous voulons observer notre Règle, ces Religieux aussi, comme de raison, veulent observer la leur. Il faut donc tâcher d'obtenir des Supérieurs que, quand ils les

changeront, ils nous en donnent qui aiment et connaissent l'Institut. Et croyez-moi, ma chère fille, qu'il le faut connaître, et que bienheureuses sont les âmes qui se tiennent humblement ramassées dans l'esprit qu'elles ont reçu de leur Bienheureux Fondateur, qui avait le Saint-Esprit. — Quant à l'union avec cette bonne Mère, j'ai déjà écrit; et certes je remarque que lorsque les Supérieures ont quelque affaire à démêler ensemble, elles ont plus d'humanité, [de sentiments humains et terrestres], que notre saint Fondateur ne requérait. Tâchez, ma chère fille, que de votre côté l'union et vraie douce charité subsistent.

Je vous conjure, ma très-chère fille, de faire mettre ordre à votre hydropisie; je sais que c'est un mal qui, étant pris à son commencement, l'on y peut remédier. Je vous supplie de le faire soigneusement et franchement, pour l'amour de Notre- Seigneur et encore pour ma consolation ; car vous êtes bien ma chère fille, et je suis votre très-humble et indigne Sœur que vous savez être toute vôtre de cœur.

[P. S.] Nous vous supplions de faire les prières ordinaires pour une de nos chères Sœurs, décédée à Thonon.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MDLXXXVI

A MONSIEUR NOËL BRULART, COMMANDEUR DE SILLERY

A PARIS

Sollicitudes pour la santé de la Mère Lhuillier. — Conseils de direction. — Départ des Sœurs fondatrices du monastère de Turin.

vive -j- jésus!

[Annecy], 13 septembre 1638.

Mon très-hoaoré et très-aimé Père,

Il m'a fait grand bien d'avoir de vos lettres, car je n'avais eu aucune nouvelle de Paris depuis celles que la bonne Mère de Loudun nous apporta. Béni soit éternellement notre bon Dieu

Ai\NÉE 1638. S5

de tout ce qu'il lui plaît faire en nous et de nous! A Lui seul soit la gloire du bien que la chère Mère de Loudun dit avoir vu en ce cher monastère! Il est vrai, mon très-cher Père, qu'il y a des âmes de rare perfection, et que tout y chemine avec paix et observance, grâce à la divine Bonté.

Je suis bien en peine, mon vrai Père, des infirmités qui accablent ainsi notre très-chère Sœur la Supérieure de Paris; car il faut avouer que cette âme est d'un grand honneur et utilité, non-seulement à sa maison, mais à tout l'Institut, Dieu lui ayant donné un esprit de charité universelle pour le bien de toutes les maisons. Sa divine Bonté nous la veuille conserver, s'il lui plaît! Je suis bien de votre sentiment, mon très-cher Père, qu'il la faut décharger au bout de son triennal, et cependant commettre une Sœur pour faire les fonctions qu'elle ne pourra pas faire, lui donnant tout le repos qu'il sera possible; surtout il la faut soulager au parler. Il y a de capables et très-vertueuses filles dans le monastère; d'autres qui en sont [prêtées] dehors; il faut choisir ce qui est pour le mieux.

• Je vois, mon très-cher Père, que votre zèle au service de notre divin Sauveur, et de sa glorieuse Mère notre sainte Maîtresse, vous fournit continuellement des nouveaux désirs et desseins de perfection et dévotion; à la vérité, c'est une grâce fort spéciale que d'être tout dédié à l'honneur et service du Fils et de la Mère. Il me semble, mon très-cher Père, puisque vous désirez que je vous die simplement mes sentiments, que c'est toujours très à propos de faire examiner nos inspirations à quelque digne serviteur de Dieu, qui nous connaisse et auquel nous ayons confiance : voilà ma pensée, et que les vœux doivent être bien pesés et ne s'en pas trop charger. La glorieuse Vierge vous fera connaître comme elle veut que vous lui fassiez cette entière offrande et dédicace de vous-même ; je l'en supplie de tout mon cœur, car notre bonheur gît à connaître les sacrés desseins et vouloirs de notre bon Dieu sur nous et à les accom-

8i> LETTRES DE SAINTE CHANTAL.

plir. Vous n'oubliez jamais d'exéculer vos desseins de charité, mon très-cher Père : Dieu les acceptera agréablement et les rendra d'un mérite infini à votre chère âme, et nous en demeurerons de plus en plus vos obligées; car j'avoue que c'est une grande consolation et commodité à une maison religieuse d'avoir une messe assurée et à heure certaine. — Oh! Dieu soit béni, qui conserve à son Eglise le très-vertueux et digne prélat, Mgr de Sens, et l'y maintienne longuement pour sa gloire! Ce me sera grande consolation de savoir ses sentiments et les vôtres sur notre mémoire et sur la béatification de notre Bienheureux Père. [Un papier collé sur la fin de la page rend une dizaine de lignes tout à fait indéchiffrables.']

Enfin, mon très-cher Père, il faut partir demain pour le Piémont ' ; peut-être ne passerai-je pas la cité d'Aoste ; la fondatrice viendra là prendre les Religieuses. Je ferai encore mes efforts afin qu'elle se contente de cette année; mais, au moins, j'espère en Dieu de [rentrer] ici à Noël. Nous menons notre Sœur qui était Supérieure en la petite maison, et trois sages et solides Religieuses professes, avec deux novices, dont l'une est domestique. Priez bien pour nous, mon vrai Père, car nous sommes vôtres de cœur, et Dieu soit notre amour! Avec votre congé, je salue la chère Mère de Loudun; j'attends bien de ses nouvelles. Je suis, mon très-honoré et bien-aimé Père, votre, etc.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

1 Pressée par les instances de Madame Royale qui lui avait écrit pour la supplier d'aller en personne présider à la fondation de Turin, sainte J. F. de Chantai partit le 14 septembre 1638. Elle était accompagnée des Sœurs M ad. -Elisabeth de Lucinge, M. -Françoise de Corbeau, M. -Madeleine Faber, Jeanne-Augustine Macbet, M.-Philiberte de Saint-Innocent et Jeanne- Bénigne Gojos, novice domestique. Cette dernière, extraordinairement prévenue de la grâce, était, après la Bienheureuse Fondatrice, le plus riche trésor qu'Annecy envoyait à Turin. (Histoire manuscrite de ta fondation de Turin.)

LETTRE MDLXXXVII

A LA SOEUR MARIE-ANTOINETTE TESTE DE VOSERY

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