‹ Lettres (volume 2)Chapitre 32 sur 163 · ASSISTANTE AU PREMIER MONASTERE D* ANNECY · texte numérisé non relu

ASSISTANTE AU PREMIER MONASTERE D* ANNECY

Il n'est permis de sortir du monastère que pour des occasions très-importantes. — Supporter les faiblesses qu'on ne peut corriger.

vive -J- JÉSUS !

Turin, 5 octobre 1638.

Ma très-chère fille,

Ce divin Sauveur soit béni! J'ai certes été touchée de voir l'étonnement et l'alarme que vous vous êtes donnés de notre passage ici, puisque de si longtemps la chose était résolue jusqu'à en faire le voyage. Oh bien! il faut une autre fois être mieux sur nos gardes et mettre si bien nos cœurs au ciel, que les événements de cette vie ne les étonnent ni troublent point. M. Marcher va demain à Pignerol; à son retour, il ne tardera pas à partir, alors il vous portera toutes nos nouvelles. Cependant je vous dirai que je ne trouve nullement à propos que vous sortiez de la maison, nonobstant les désirs de ma Sœur la Supérieure du second monastère [d'Annecy] ; car je n'y vois autre

1 « Cette Religieuse, née à Chambéry d'une famille plus avantagée de noblesse que de biens temporels » , avait été reçue en 1625 au premier monastère d'Annecy. Sainte J. F. de Chantai se plaisait à la nommer son bras (jauclie, à cause de la grande capacité dont elle était douée pour les affaires. Sœur M. -Antoinette ne s'occupait des choses de la terre que le cœur fixé au ciel, « car son grand attrait était de s'attacher à Dieu et de mépriser extrêmement tout ce qui ne tend pas à Lui. Elle demeura assistante durant le voyage que notre digne Mère fit pour la fondation de Turin, et prit alors, comme elle a fait aux maisons de Besançon, de Thonon et à la seconde de cette ville, où elle a été Supérieure, un soin infatigable pour l'observance exacte. Tant de saintes actions l'ont heureusement conduite à sa fin, après qu'elle eut passé trente ans au service très-fidèle, très-religieux et très-utile des quatre communautés qui l'ont possédée successivement. » [Livre des Vœux du premier monastère d'Annecy. — Année Sainte, Xe volume.)

besoin que celui de sa consolation et la disposition de leur

verger, qu'un jardinier peut faire. Je ne puis avoir ce sentiment.

La novice blanche eut tort bien grand de rapporter ce que la maîtresse lui dit, à ma Sœur F. P. ; et cette petite a fait voir là qu'elle n'est pas encore trop bien fondée en la mortification , non plus que notre Sœur M. -Agnès. Quand tout nous rit et réussit selon nos inclinations, nous sommes de braves filles; mais le contraire nous abat. Or cela est pardonnable aux novices, mais certes non pas à celle qui doit leur montrer le chemin de la vraie vertu. 0 misère humaine! misère humaine! Cependant, il faut faire aux unes et aux autres tout ce qui se peut poulies faire cheminer, et supporter le reste doucement et humblement, car nous sommes aussi fragiles. Que ce billet soit commun à ma Sœur de là-haut et à vous. Je salue toutes nos Sœurs. Je ne puis davantage écrire. Je suis vôtre.

[P. S.] Ma chère fille, je vous prie de ne communiquer à nos maisons les appréhensions que vous avez que l'on ne me retienne ici; car elles sont sans fondement. Un mot de notre Sœur de Thonon.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MDLXXXVIII

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