‹ Lettres (volume 2)Chapitre 34 sur 163 · ARCHEVÊQUE DE TARENTAISE, A MOUTIERS · texte numérisé non relu

ARCHEVÊQUE DE TARENTAISE, A MOUTIERS

Heureux commeucements de la fondation de Turin. — Difficultés survenues pour l'achat d'une maison. — Nomination du Père dom Juste à l'évêché de Genève.

vive f JÉSUS !

Turin, 28 octobre 1638.

Monseigneur,

Il est déjà trop tard pour rendre compte à Votre Seigneurie Illustrissime de notre voyage et arrivée ici. Tout cela s'est fait fort heureusement, grâce à Dieu; car Madame Royale, et chacun ensuite, a témoigné par ses caresses et faveurs grande satisfaction de notre venue, et l'on espère beaucoup d'utilité de cette fondation, pour la gloire de Dieu et le bien des âmes1. Nous avons un très-bon prélat, et qui nous rend des témoignages d'un amour et soin très-paternel. Nous avons reçu sa nièce, qui est une bonne demoiselle, et encore deux autres, qui sont de bons sujets. Madame notre fondatrice et M. le marquis son fils nous portent dans leur sein avec une tendre affection. Voilà beaucoup de biens et de sujets de bénir Dieu : ce que je fais de tout mon cœur, car à Lui seul en est due la gloire. Mais comme Votre Seigneurie Illustrissime sait, Monseigneur, jamais les bonnes œuvres ne se font sans contradictions et sans difficultés.

Nous avons acheté une maison très-propre pour bâtir et nous

1 On peut voir dans les Mémoires de la Mère de Chaugy, qui forment le premier volume de cetle publication, les témoignages de vénération que la Sainte reçut pendant le voyage d'Annecy à Turin. Les foules se pressaient sur ses pas pour recevoir sa bénédiction, on coupait ses vêtements, on gardait comme de précieuses reliques tout ce qui avait été à son usage, les évoques et les grands venaient la saluer, et tenaient à honneur de la recevoir dans leurs maisons. Madame Royale, à son tour, l'accueillit avec une grande joie, et promit toute sa protection au nouveau monastère, qui fut définitivement établi le 21 novembre 1638.

loger présentement; maintenant il se trouve que Mesdames les Infantes, qui nous avaient témoigné grande affection, la veulent pour bâtir les Pénitentes Converties, disant qu'il y a longtemps qu'elles l'ont fait marchander, ce que l'on dit être vrai : mais le marchand voulait en avoir une fois de plus, ou peu s'en faut, que ce qu'elles en voulaient donner, sur quoi la chose demeurait là. Et, ayant trouvé son compte avec madame Mathilde, il l'a vendue et veut que nous tenions marché, comme aussi il a reçu la plus grande partie de l'argent. Voilà-t-il pas qui est bien fâcheux?

L'on dit que Mesdames les Infantes ne sont fâchées que contre madame Mathilde, sachant bien que nous n'en pouvons rien, comme il est vrai. Nous leur avons fait faire des offres de la leur relâcher, si le prélat le trouve bon, en nous en donnant une autre, et tout plein d'autres propositions. Elles n'y veulent entendre, et jusqu'ici les deux partis témoignent de vouloir tenir bon, chacun en sa prétention. Je ne sais ce qu'il en arrivera : l'équité est de notre côté. Xous laissons faire Madame Royale, Mgr l'archevêque et les fondateurs, et demeurons en paix sur ce que Dieu en fera réussir. En tout sa trèssainte volonté soit faite, et son saint Nom soit béni! Amen.

Quant à l'affaire du Père dom Juste, Mgr de Mondovi lui a apporté parole de la part du Saint-Père qu'en toute façon il veut qu'il se charge de l'évêché de Genève, de sorte qu'à cela le bon Père s'est rendu entièrement. Mgr le Nonce a fait les informations, et promet de les envoyer au plus tôt. Certes, je le fais solliciter tant que je puis, et le bon M. le marquis de Lullin y tient bonne main. Quand l'affaire sera achevée, il veut proposer à Madame Royale la nécessité d'un coadjuteur. l/ous pouvez bien penser, Monseigneur, celui sur qui l'on jette les yeux '.

1 C'était sur Charles-Auguste de Sales, qui, quelques années plus tard, fut en effet nommé coadjuteur del'évéque de Genève.

92 LETTRES DE SAINTE CHAi\TAL.

Je pense que voilà toutes nos petites nouvelles. Dieu, par sa bonté, prospère les vôtres de ses plus chères bénédictions, Monseigneur, et vous donne un cordial souvenir de nos besoins dans vos saints sacrifices, puisque de cœur nous vous révérons chèrement, et suis en tout respect, de Votre Seigneurie Illustrissime, Monseigneur, la très-humble, etc.

[P. S.] Que votre bouté me permette, Monseigneur, de saluer ici humblement et cordialement M. de Sales, mon très-cher cousin.

LETTRE \IDXC (Inédite)

A LA SOEUR MARIE-ANTOIXETTE TESTE DE VOSERY

ASSISTANT!: AU PREMIER MONASTÈRE d'aWECY

Affaires. — Réception de deux postulantes. — Les Sœurs ne doivent pas parler à l'assistante hors la nécessité.

vive f JÉSUS !

[Turin, 1638.]

Ma très-chère fille,

Je n'ai point vu le messager de Poitiers, et vous ne me dites point si vous l'avez encore là, oui bien que vous lui avez donné un teston. Cela m'a fait résoudre de mettre aujourd'hui ces réponses à la poste avec celles que j'écris à Paris. Ma Sœur M. A. [de Bigny] me demande sa pension, disant qu'on lui a promis de la continuer et veut qu'on l'augmente. Certes, comme je n'ai souvenance de cela, et que je crus ce qu'elle me dit, que ses parents la lui payeraient et même lui donneraient une dot, je n'ai fait aucun compte ni pensée de la lui payer. Si vous avez quelque mémoire de cela, dites-le-moi, car je n'en ai point.

Vous pourrez donner l'habit à la prétendante quand on le jugera à propos, mais je trouve qu'en peu de temps elle doit donc avoir fait un grand changement; car votre précédente me disait qu'elle se prenait fort lâchement à la besogne. Je vous

laisse juger de cela. Pour ce qui est de sa dot, pourvu que les deux mille francs et les trois cents soient bien assurés, il y a de quoi se contenter. Pour la Catherine, je l'avais oubliée; si on la juge propre, qu'on la reçoive, mais j'aimerais mieux que ce fût à la petite maison, car il faut prendre garde de ne pas tant charger notre monastère. Dieu aidant, nous y retournerons et peut-être les Sœurs de Pignerol, car c'est le sentiment presque de tous ceux d'ici, du Père dom Juste et autres, que l'on rompe cette maison; outre qu'il me semble que cette fille n'est pas robuste pour le travail. J'en laisse toutefois le jugement à vous autres. Pour ce qui est du Père Prépavin, que j'aime grandement, nous ne pouvons rien résoudre qu'avec les Supérieurs.

Le Père dom Juste enfin est notre évêque l. Il faudra aussi avoir son avis. Il y a près de trois semaines que nous ne l'avons vu, que bien lui fâche et à nous. C'est à cause de la bataille qu'il a fallu soutenir de Mesdames les Infantes, mais Dieu a tout ajusté avec douceur. Nous irons, Dieu aidant, la semaine prochaine à la maison achetée.

Vous me dites que les Sœurs mangent votre temps à parler; excepté le compte des mois, ne les laissez point tant parler hors la nécessité, cela n'est qu'entretien d'amour-propre, auquel il est bon de ne pas complaire. Allez simplement avec Notre- Seigneur, ne réfléchissez pas pour voir comme vous faites avec Lui; mais, au lieu, regardez-le droilement et faites le bien qu'il vous montre. Je salue très-chèrement toutes nos Sœurs, le bon Père, M. Marcher, et tous les amis et amies. Dieu répande sur tous ses saintes bénédictions et soit loué et béni à jamais de nos âmes.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

1 II succéda à Mgr Jean-François de Sales; le siège de Genève était resté vacant depuis 1635.

LETTRE MDXCI

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