‹ Lettres (volume 2)Chapitre 35 sur 163 · A LA MÈRE ANNE-MARIE DE LAGE DE PUYLAURENS · texte numérisé non relu

A LA MÈRE ANNE-MARIE DE LAGE DE PUYLAURENS

SITÉRIECRE A POITIERS

Avis relatifs à une acquisition. — Charité des Sœurs de Paris. — Regret de ne pouvoir secourir le monastère de Poitiers. — Motifs pour lesquels la Mère de Blonay a dû quitter Lyon; éloge de cette Supérieure. — Réclamer au monastère de Moulins la pension de Sœur M. A. de Bigny.

vive -j- jésus!

[Turin], 8 novembre 1638,

Ma très-chère fille,

Ce divin Sauveur règne en nous! Votre messager ne nous a pas trouvée à Nessy, car nous sommes à Turin. Il y a près de deux mois que nous en partîmes. Ma Sœur l'assistante m'écrit qu'elle lui avait donné courage de venir passer ici; mais il le perdit, à ce que m'a dit celui qui nous a apporté vos lettres, que nous reçûmes hier; et incontinent j'écrivis à nos Sœurs les Supérieures de Paris, le mieux que je sus, pour les exciter de vous assister, selon votre désir. Je sais qu'elles sont si bonnes qu'elles le feront si elles le peuvent. Je leur enverrai cette lettre, n'ayant point d'autre moyen de la vous faire tenir. Je prie celle de la ville de vous l'envoyer promptement. Ecrivez-leur avec les meilleures raisons et affections qui vous seront possibles.

A la vérité, ma très-chère fille, de la sorte que vous me dépeignez votre besoin et les commodités de cette maison, avec l'avantage d'y gagner les loch et amortissements, il n'y a rien à douter que vous ne fassiez très-bien de l'acheter si vous pouvez, et qu'il ne faille que vous fassiez tous les efforts possibles pour cela, et d'autant plus que Mgr votre évèque le désire et le vous conseille. Cela était suffisant sans que vous prissiez la peine d'envoyer un messager exprès pour en avoir mon sentiment; car, ma très-chère fille, en ces choses, dont je ne puis juger que sur votre jugement, et qui ne regardent pas l'Institut, vous devez toujours faire ce qui vous semble le mieux, avec l'avis du

Supérieur et de vos Sœurs. Or, je pense que, puisque Mgr de Poitiers vous conseille si fort de ne perdre cette occasion, et que, comme vous dites, il a de bonnes pensées pour vous, il sera très-bon qu'il voie que vous n'oublierez rien de tout ce qui sera en votre pouvoir pour suivre son conseil, et peut-être que cela l'excitera à vous aider ou à vous cautionner.

Je crois que vous devez écrire fort au long à nos Sœurs les Supérieures de Paris tout ce que vous pourrez, pour les moyens de leur assurance et remboursement de ce qu'elles vous prêteront; selon que je les connais, je crois qu'elles vous assisteront. Toutefois, je sais qu'elles ont des dettes, surtout au faubourg; ne sais-je si elles trouveraient crédit? mais il faut que vous les sondiez toutes deux. Certes, la saison est maintenant et partout si difficile pour avoir de l'argent, que chacun a besoin d'en avoir ce qu'il lui faut; toutefois, ces grandes villes-là abondent, si aucun lieu le fait. Certes, si nous avions le moyen, nous vous aiderions de bon cœur; mais Dieu sait que nous sommes dans l'impossible, et que si nous avions de quoi, nous avons quatre monastères autour de nous : la seconde maison, Pignerol, Saint-Amour, et celle-ci, qui ont de grands besoins, et faut faire par-dessus ce que l'on peut, quasi : Dieu, par sa bonté, y veuille pourvoir! Celle-ci est fondée de deux mille livres; mais tout y est si cher! et a fallu acheter chèrement une maison qui nous surcharge; mais il y a apparence que cette fondation sera fort à la gloire de Dieu : il y a force prétendantes. Pour nos Sœurs de Lyon, je ne pense pas qu'elles vous puissent aider; au moins n'a-t-on rien su tirer d'elles pour nos pauvres Sœurs de Saint-Amour, qui sont dans la peine, et les faut aider sans cesse.

Pour ce trouble de Lyon, c'est la vérité qu'il m'a donné bien de la douleur, car cette maison, qui avait toujours fleuri en observance et bonne odeur dedans l'Institut et devant chacun, la voir en tel délustrement envers chacun; et, qui pis est,, troublée et travaillée au dedans parle défaut de conduite et les

mauvais conseils que deux ou trois Sœurs, que l'on a rappelées, donnaient à la Supérieure, parce qu'elles n'aimaient pas ma Sœur de Blonay, qui ne les élevait pas dans les charges comme elles le désiraient, au moins on le pense; et ont fait en sorte que la pauvre Mère de Sainle-Colombe, qui est toute bonne, simple, mais de fort petit esprit, entrât en une si forte jalousie contre ma Sœur de Blonay et si grande aversion, parce que les Sœurs l'aimaient, et qu'en une grande maladie qu'elle eut, elles avaient témoigné tant d'amour pour elle et tant d'appréhension de la perdre , que cela fit résoudre ces bonnes Sœurs de persuader à la Mère de faire des menées pour faire sortir ma Sœur de Blonay, disant que les filles y étaient si attachées que cela leur nuisait. Enfin, sous le prétexte de changer d'air, on la fit aller à l'Antiquaille; puis, nos Sœurs de Bourg l'élurent, qui a été une conduite de Dieu sur cette pauvre maison-là.

Certes, la maison de Lyon continua en son affliction; car la Mère n'a point du tout de conduite [talent pour gouverner], et ses partisanes faisaient feu contre notre Sœur de Blonay. Et la communauté, qui témoignait sa douleur de l'avoir perdue et de voir le mauvais état de leur maison, demanda enfin de parler à Mgr le cardinal, lequel informé de la vérité, et étant retourné là plusieurs fois pour voir ce qui se devait faire , voyant enfin que cette maison n'était pas conduite du bon esprit, et que la Mère n'avait la capacité de le faire, la fit déposer et changer toutes les officières; de sorte qu'elle se tient maintenant en sa cellule, bien penaute, et ses adhérentes encore plus. Le reste de la maison est tout remis, et même chacune de ces pauvres déposées tâche de faire le mieux qu'elle peut : elles ont une maîtresse Supérieure, qui a bien eu sa part de la douleur pour le départ de notre Sœur de Blonay1. Voilà en abrégé l'histoire,

1 La faute que commit la Mère M. -Marguerite de Sainte- Colombe est du

, nombre de celles qui inspirèrent à saint Bernard ces consolantes paroles :

« Une chute n'est-elle pas un bien, lorsque nous en devenons plus humbles

qui nous apprend qu'il faut bien choisir les Supérieures, et ne point prendre de jalousie contre] les déposées, qui ont travaillé et fait les maisons par l'aide de Dieu, lorsque les filles les reconnaissent et leur rendent leur devoir, surtout à celles qui ont le mérite, la vertu et la sagesse pour se maintenir dans leur devoir, comme faisait notre chère Sœur de Blonay, qui est véritablement une âme sainte, droite, et toute pleine de bonté. Elle a bien fort ressenti l'affliction de ses pauvres filles de Lyon, et porté avec grande douceur et charité les mépris et tracasseries que ces trois ou quatre lui ont faits, et j'ai été consolée de la voir avec tant de paix et de conformité au bon plaisir de Dieu, erami toute celte persécution. Bienheureuse est l'àme qui est fondée en Dieu et en la sainte humilité, les vents de tempête ne l'ébranlent point! Croyez que cette bonne Mère est vertueuse, quoi que l'on vous en die. Plût à Dieu que je le fusse autant! Je vous en dis trop; car il faut fermer cette lettre pour ne perdre l'occasion de la poste, qui part aujourd'hui. Vous pouvez prendre six petites filles1. Dieu vous assiste, par sa bonté, à acheter celte place : faites ious vos efforts pour

et plus vigilants? N'est-ce pas Dieu même qui soutient celui [qui tombe, et qui se fait son refuge lorsqu'il lui fait trouver un asile clans rhumilité?» La Mère de Sainte-Colombe sut recueillir cet avantage de sa faiblesse pendant les deux années qu'elle vécut encore à Bellecour. Ne voulant que Dieu seul pour confident et consolateur des peines qui résultèrent de la sortie de la Mère de Blonay, se réjouissant même d'avoir à partager les ignominies du divin Maître, elle pénétra dès lors si avant dans les mystères de la douloureuse Passion, qu'il ne lui fut plus possible de souhaiter autre bonheur que la croix et le Calvaire. Ainsi expérimenta-t-elle la vérité de ces autres paroles de saint Bernard : « Le juste tombe sur la main du Seigneur, en sorte que, par une merveilleuse disposition de sa bonté, le péché même qu'il commet le conduit à une nouvelle justice, selon cet oracle de l'Apôtre : Nous savons que tout tourne à bien à ceux qui aiment Dieu. »

La Mère de Sainte-Colombe décéda le 15 mai 16-40, âgée de trentecinq ans. (Archives de la Visitation d' Annecy .)

1 Pour le petit habit.

vin. 7

cela, et écrivez bien à nos Sœurs, afin qu'elles n'appréhendent pas de demeurer chargées de ce qu'elles vous prêteront. — Notre Sœur M. -Angélique [de Bigny] nous demande sa pension; elle ne se souvient pas de la peine que nous avons à rouler et de l'assurance qu'elle me donna que nous ne la payerions que la première année, et que ses parents la payeraient, et que même ils lui donneraient quatre ou cinq mille livres. Je lui vais écrire : certes, nous avons bonne volonté, mais les forces nous manquent. Elle sait bien les charges de la maison de Nessy : elles sont grandes; si Dieu n'y donnait bénédiction, elle succomberait. Je vais écrire à Moulins, qui pourvoira à la pension, si les parents ne la payent. Ma fille, je suis vôtre, d'une affection invariable. Dieu vous comble de grâces. Amen.

Ci.'iiformc à une copie de l'original gardé à la Visitation de Poitiers.

LETTRE AIDXCII

A MOXSEIGXEIR J. J. DE XEICHÈZE

SO.V NEVEU, Klï.olE DE CHALOX

Recommandation en faveur du Père dom Cerisier.

VIVE 7 jksus!

Turin, 13 novembre [1638] .

Monseigneur, J'ai tant de confiance en votre bon naturel que je me tiens comme assurée que vous m'accorderez la très-humble demande que je vous fais de donner à dom Philibert de Cerisier, parent de feu notre Bienheureux Père, l'institution du prieuré de Chesne en Savoie, valant de revenu environ vingt- cinq pistoles, sur lesquelles il faut lever une portion congrue pour un curé, ayant ledit Cerisier le placet de Madame Royale, par la faveur de M. N., abbé de Chizery, seigneur de grand mérite, et qui nous a assistées et grandement obligées en une affaire qui nous était très-importante, et peut toujours nous beaucoup aider par

son crédit auprès de Madame Royale, laquelle sans doute ne révoquera son placet pour tout autre qui le puisse demander, étant sa volonté qu'il vaille pour ledit Père de Cerisier qui, avec dispense, a pris l'habit de Saint-Benoît, et ensuite il a eu sa nomination de vicaire général de Nantira, et, en même temps, a été mis en possession de l'économie dudit prieuré par le sénat de Savoie, n'ayant jamais été en commende.

L'affaire étant en cet état, favorisée de Madame Royale, et portée de ce révérend seigneur, M. l'abbé de Chizery, je ne doute nullement, Monseigneur, que vous n'y joigniez avec contentement votre agrément et institution; et je vous e» supplie derechef et de tout mon cœur, et croyez que vous m'obligerez, par ce moyen, plus que je ne puis dire. Je sais que ceci est assez pour vous faire faire tout ce qui ne serait point contre Dieu, tant je suis assurée de voire bonté pour celle qui est de cœur, en vous souhaitant les plus saintes bénédictions de Notre-Seigneur, votre très-humble et obéissante tante, fille et servante en Notre-Seigneur.

De Turin, 13 novembre. — Il n'y a que huit jours que je vous ai écrit par Paris.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Thonon.

LETTRE MDXCIII {Inédité)

. LA SOEUR MARIE-ANTOïNETTE TESTE DE VOSERY

ASSISTANT]! AU PREMIER MOVASTÈHE d'aNNEGV

Affaires d'intérêt.

vive f JÉSUS.'

Turin, 21 novembre lfiTîf.

Ma très-chère FILLE,

C'est sans loisir et pour vous dire seulement que le Père dom Juste désire que vous donniez, à celui qu'il vous écrit, les quinze pislolcs qu'il réserve ici pour ses petits besoins. Lorsqu'il aura

reçu le Bref de sa proclamation pour l'évêché, qu'il recevra bientôt de Rome, et puis les Bulles viendront après, il vous les rendra quand il sera par delà et qu'il aura reçu quelque chose de l'évêché. Il m'a dit que vous pourrez donner à plusieurs fois lesdites pistoles. Il vous marquera cela. C'est un grand bonheur à l'évêché de Genève d'avoir un si bon prélat.

Vous devez faire que ma Sœur la Supérieure du deuxième monastère écrive à la Mère de Lyon pour avoir les douze cents écus qu'il doit; et si M. le doyen trouve bon qu'on en prenne quelque chose pour achever l'église, on le fera. Ma Sœur la Supérieure de Lyon m'écrivit avant notre départ de Nessy qu'elle avertirait celle de l'Antiquaille pour les payer. Je pense que vous feriez bien d'écrire à notre Sœur de Paris pour savoir quand elle fournira les deux cents écus. Il y aura trois ans à Pâques que le terme qu'elle avait demandé sera fini.

Je salue tous ceux qu'il faut. Dieu répande ses richesses sur tous et soit éternellement béni! Nos Sœurs vous diront une autre fois des nouvelles. — Jour de la sainte Présentation de Notre-Dame, Mère et Protectrice,

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Aunecy.

LETTRE MDXCIV

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