‹ Lettres (volume 2)Chapitre 36 sur 163 · A LA SOEUR JEANNE-FRANÇOISE MARCHER · texte numérisé non relu

A LA SOEUR JEANNE-FRANÇOISE MARCHER

A THOXOIV '

Avantages des souffrances endurées avec paix et humilité.

vive f jésus!

[Turin, 1638.]

Ma três-chkre fille, Béni soit éternellement notre bon Dieu qui vous a visitée en sa douceur dans votre solitude, pour vous préparer aux souffrances que vous me marquez dans la vôtre, qui sont grandes ,

1 Pendant ses cinquante ans de vie religieuse, la conduite de Sœur Jeanne-

certes, mais qui vous doivent être précieuses pour le respect de la divine volonté et de l'amour qui vous les envoie. Bénies soient les âmes qui cheminent dans la voie de la croix, pourvu qu'elles s'y soumettent humblement et se tiennent en paix parmi cette guerre, opérant tout le bien que la lumière leur montre î Voilà, ma chère fille , en peu de paroles, ce que vous devez faire, et tenir votre âme en cette joie. Votre bonne Mère entend bien les chemins, suivez fidèlement ses conseils. Dieu nous en fasse la grâce, ma chère fille, et nous donne sa sainte bénédiction. Je suis en Lui toute vôtre.

Françoise Marcher, première professe du deuxième monastère d'Annecy, fut un commentaire incessant de cette parole : « La vraie Fille de la lisitation doit être une hostie vivante, et n'avoir de regard sur soi-même que pour détruire tout ce qui s'oppose au règne du pur amour. » La Mère de Lucinge seconda merveilleusement le travail de la grâce dans cette âme affamée de justice et de sainteté. Prêtée en 1638 au monastère de Thonon, alors si pauvre qu'on y vivait à la façon des anachorètes, elle y pratiqua jusqu'à l'héroïsme les vertus de charité, de prudence, de mortification. Après six ans de supériorité au deuxième monastère d'Annecy, elle fut élue à celui de Seyssel. C'est là que Jésus l'attendait pour l'inonder de « la rosée dont son chef divin fut comme emperlé dans la nuit de sa Passion ». Grâce à une lumière divine, l'humble Religieuse ne vit dans les humiliations, souffrances et abjections , « que de petites gouttelettes distillées de la chevelure précieuse de son Époux » . Elle sut aussi les recueillir avec une pieuse avidité aux maisons de Bourg en Bresse et de Saint-Amour qu'elle gouverna successivement. Lors de sa réélection à Bourg en 1 677, chacun put s'apercevoir que l'Esprit-Saint avait achevé son œuvre de sanctification en cette digne Mère. La crainte, la tristesse, ni les autres passions humaines ne soulevaient plus d'orages dans les régions où la grâce l'avait élevée : le bruit de la tempête retentissait jusque-là, mais il ne pouvait troubler la paix et la joie dont son âme surabondait dans l'attente des biens éternels. Le 20 février J685 la mit en possession de cet héritage conquis par les mérites et la mort du Sauveur. (Année Sainte, IIe volume.)

LETTRE MDXCV (Inédite)

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUTIN

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