‹ Lettres (volume 2)Chapitre 37 sur 163 · SUPÉRIEURE A THON0N · texte numérisé non relu

SUPÉRIEURE A THON0N

Conseils de direction.

Turin, 24 novembre 1638

Ma très-chère fille ,

Je me suis quasi dépitée contre vous, lisant les premières lignes de votre lettre, voyant que toujours vous voulez trouver des sujets en vous, pour tracasser et ennuyer votre esprit, et même l'intimider, si vous pouviez. Devrai, si Dieu ne vous favorisait de tant de grâces et saintes lumières comme sa Bonté fait, vous tomberiez bas. Je vous ai toujours tant prêché de ne vous point regarder; je vous prie de le faire, ma très-chère fille , et regardez seulement notre bon Dieu qui vous favorise tant, car je vous dis que j'aimerais mieux ce qui se passe en vous que d'être ravie. Suivez toujours très-simplement les attraits de ce très-débonnaire et souverain Maître, et tenez votre esprit en joie et en courage, sans lui permettre de recevoir aucun ennui ni appréhension de quoi que ce soit. Ayez soin de ne rien faire qui gâte votre santé, et cela par simple obéissance. Je salue nos chères Sœurs, je bénis Dieu du progrès qu'elles font en son amour ; je les conjure de faire ferveur pour cela, et prie Dieu les aider de sa grâce et vous combler de ce saint amour pur. Je salue tous ceux et celles que je dois et que vous jugerez à propos, surtout nos dames, que Dieu console et soit béni.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Soleure

LETTRE MDXCVI (Inédite)

A LA SOEUR MARIE-ANTOINETTE TESTE DE VOSERY

ASSISTANTE AV PHEMIER MONASTÈRE d'anXECY

User de ménagement envers le prochain. — Messages.

vive -j- jksus!

[Turin], 25 novembre 1638.

Je vous dis derechef que si l'on peut changer ma Sœur L. D. à cause de l'ennui qu'en reçoivent les filles et qu'elle ne les avance point, que ce sera un grand coup, mais qu'il faut bien recommander à IVotre-Seigneur et le faire adroitement, afin qu'il n'altère point cette chère âme et qu'elle ne pense qu'il vienne de moi et de peu d'affection , ce que Dieu sait qui n'est pas. Enfin faites selon que vous jugerez pour le mieux. Je salue en tout respect M. le doyen, le Père Prépavin, s'il est là, M. M. et tous les bons amis et amies; mais surtout nos trèschères Sœurs, à part ma Sœur M. F. [Humbert], A. M. [Rosset], M. M [de Mouxy], M. A. [Fichet], J. M. [deMongeny], et le reste que je prie Dieu bénir de sa très-sainte grâce et tout spécialement votre chère âme. J'ai si mal à un œil que je ne peux écrire.

Conforme à l'original gardé au* Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MDXCVII (Inédile)

A LA MÊME

Elle recommande les malades aux soins de la Sœur infirmière. vive -J- jésus!

[Turin, 1638.]

Ma très-chère fille, Notre Sœur Jeanne-Thérèse [Picoteau] vous répondra. Vous direz à notre chère Sœur l'infirmière que je la prie d'envoyer appeler M. Bérard [médecin], quand elle en verra de la néces-

site en ses malades, que je lui recommande de tout mon cœur. Elle sait bien ce qu'il leur faut; qu'elle le fasse en toute liberté, selon la sainte cbarilé que Dieu lui a donnée. Quand il sera besoin que M. Bérard entre, au moins qu'elle vous le dise franchement : quand il suffira qu'elle lui parle seulement au parloir, qu'elle le fasse aussi, le tout avec congé. Bonsoir, ma très-chère fille, et à toutes nos Sœurs. Je prie Dieu vous bénir toutes, et que sa Bonté vous exauce quand vous me recommanderez à sa miséricorde. Dieu soit béni et sa sainte Mère. Amen.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Anuecy.

LETTRE MDXCVIII

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLO.YAY

SUPÉRIEURE A ROURG EX BRESSE

C'est un grand bonlieui' de connaître sa misère ; combien on doit estimer l'humiliation. — Admirables conseils de charité; oublier et dissimuler les torts du prochain. — On doit cacher soigneusement dans son cœur le baumedti mépris.

vive -J- JÉSUS !

[Turin], 27 novembre 1(338.

Ma toute très-chère et rien-aimée fille, 0 Dieu! quel bonheur de bien voir et connaître notre vraie néantise et pauvreté, pourvu que, comme vous, nous soyons toutes à Dieu, et toutes à notre saint Institut! Certes, ma fille, je désire que nous n'ayons jamais autre richesse; car cette disposition nous fera posséder le seul unique trésor du ciel et de la terre, notre très-débonnaire Sauveur. Qu'il veuille à jamais, par sa douceur infinie, tout ce qu'il lui plaira pour nous! Que s'il fallait désirer quelque chose (dont sa bonté nous garde) , certes, ma très-chère fille, il me semble que ce devrait être des humiliations et souffrances pour ce divin Sauveur ^ et encore

comme le plus assuré partage qui nous puisse arriver en celle vie. Oh! vraiment, je suis tout à fait marrie de ces petites sécheresses dont vous m'écrivez de la Mère de Lyon que j'ai toujours vue vous porter un respect et amour très-grands, accompagnés d'une estime incroyable. Mon Dieu! serait-elle fille à se laisser aller à l'impression de quelques-unes de ses Sœurs qui s'étaient bandées contre vous? Je ne le pense pas; mais vous savez son naturel qui est rude et sec, bien que je lui aie toujours connu un très-bon cœur. Or nonobstant, ma très-chère fille, qu'il lui puisse arriver de ne pas vous écrire comme elle doit, je vous conjure, au nom de Notre-Seigneur, et par la douceur de notre Bienheureux Père et de son saint Institut, de n'en rien témoigner ni dedans ni dehors à qui que ce soit, ni de lui écrire ou faire écrire que dans la véritable douceur, charité et confiance qui doit régner entre nous. Dieu requiert cela de vous pour votre propre bien et perfection et pour l'édification du prochain; car si quelqu'un remarquait de l'altération entre vous, cela serait de mauvaise odeur. Si donc elle continue à s'échapper en ses rudesses, vous, ma fille, qui êtes sa Mère, remontrez-lui maternellement, ou plutôt encore, tâchez de l'excuser à vousmême et de supporter cela doucement, sans en rien témoigner du tout, je vous le répète; car il est important que cela ne soit pas connu que vous en ayez du ressentiment et en fassiez des plaintes. Aussi peu faul-il lui faire connaître sa faute par votre silence; oh! non, je vous supplie, écrivez avec toute douceur et bonté cordiale, comme si de rien n'était. Je vois bien qu'il est inévitable que votre nature ne ressente ces petites sécheresses-là d'une âme que vous avez si bien servie; mais c'est en ces occasions où il faut la soumettre, et faire régner la vraie vertu qui est en vous. Je suis marrie que vous ayez cessé d'écrire; je vous conjure qu'en celte occasion la vertu de Dieu répare tout cela, et la faites surnager à toutes les raisons et considérations humaines et naturelles. Je sais bien que votre volonté et attrait

106 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.

est de vivre au-dessus de tout cela : Dieu vous en fasse la grâce

et de porter vos peines d'esprit selon son bon plaisir!

Il y a tantôt trois ans que Dieu m'a chargée d'une peine qui m'est plus douloureuse que chose qui me pût arriver, ce me semble. Prions bien Dieu qu'il nous tienne de sa sainte main, afin qu'éternellement nous le bénissions, accomplissant son bon plaisir; et cependant regardons Dieu et le laissons faire, ne nous arrêtant jamais à vouloir regarder nos peines : c'est l'unique remède. J'ai un grand désir, aussi bien que vous, de passer ce peu de vie qui me reste en obéissance et souffrance, si c'est le bon plaisir de Dieu; car en tout je désire qu'il me fasse la grâce de ne pouvoir ni vouloir jamais que ce que sa sainte Providence voudra pour moi; faites, je vous prie, envers sa Bonté qu'il m'octroie cette grâce. Je vous écrirai le plus souvent que je pourrai; car vous savez bien que vos lettres me sont chères et l'amour de votre bon cœur précieux, et que sans réserve je suis toute vôtre.

[P. S.] Ala très-chère fille, il est vrai que, selon la fausse opinion du monde, il y a quelque ombre de confusion de vous avoir fait sortir de Lyon, comme on a fait, et je l'ai fort ressenti et ressens quand j'y pense; mais selon la nature seulement. Car au reste, vous et moi, qui ne sommes qu'une en Dieu, devons chérir le don précieux que Dieu nous a fait de cette occasion et la cacher dans notre sein, sans l'éventer ni en parler, afin que ce baume de mépris parfume tous nos cœurs de son odeur sainte , la très-sainte humilité ; c'est l'intention de notre bon Dieu, qu'il soit béni! Amen.

Conforme à l'original garde aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MDXCIX

A MONSIEUR NOËL BRULART, COMMANDEUR DE SILLERY

A PARIS

Comment on doit allier les devoirs de son emploi avec le soin de sa perfection.

VIVE f JÉSUS !

[Turin, 1638.]

Mon très-honoré et très-cher frère,

Dieu soit béni, qui nous a fait enfin recevoir vos lettres du 4e de septembre, qui ont été si longtemps par chemin. J'en étais avide; aussi mon oœurles a reçues avec joie et consolation.

Le récit que vous me faites de l'état où vous trouvez votre esprit au retour de vos visites, me fait ressouvenir des plaintes que notre Bienheureux Père me faisait du sien, quand il était sur la fin de celles de son diocèse. « Hélas! disait-il, ma pauvre âme est si maigre, défaite et abattue de tant de tracas, qu'elle me fait grand'pitié ; je m'essayerai au premier temps de la voir, restaurer et remettre en son train, moyennant la grâce de Dieu; je la prendrai tout doucement, afin de ne la pas effaroucher. » Voilà un exemple pour vous, mon très-cher frère, de cette âme que vous révérez et aimez uniquement, laquelle, après quelques mois de repos en sa maison, sans toutefois laisser rien en arrière des affaires et exercices de sa charge, retournait à cette bénite visite avec allégresse et courage; et cela a duré environ six ans, se consolant de se quitter soi-même, son repos et avancement spirituel, pour s'employer aux affaires de la gloire de Dieu et bien des âmes, à quoi sa vocation l'obligeait, exposant et abandonnant ainsi tout ce qui le concernait à la merci de la miséricorde de Dieu. Et en cette manière il a connu qu'il n'avait rien perdu en ce trafic, mais beaucoup gagné, puisque notre richesse consiste en l'accomplissement de sa divine volonté, et que nous ne gagnons jamais tant que lorsque nous quittons nos propres intérêts pour ceux de Notre-Seigneur.

Or je vois bien, mon très-cher Père, que votre àme est résolue de rendre à Dieu en celte occasion ce qu'elle voit lui devoir, et sa Bonté ne manquera point de vous éclairer et faire connaître jusqu'à quel point II veut que vous employiez votre personne, et où il faudra aussi que vous la soulagiez, car c'est la vérité que la délicatesse de votre complexion requiert un soin et soulagement très-grands; et je crois que pour ce point vous devez avoir quelqu'un avec vous, qui ait l'œil à cela, et à qui vous défériez; autrement vous pourriez ruiner votre santé, car je sais qu'aux œuvres de Dieu vous agissez ardemment.

L'affaire de votre Ordre, après les visites, ne vous tiendra pas si attaché, que vous ne vaquiez à tout. Pour celle de notre Bienheureux Père, quand vous jugerez qu'il la faille relever et reprendre, l'on suivra vos avis. Je voudrai toujours et à yeux clos faire ce que votre cœur paternel approuvera. Pour nous, vos très-humbles et obligées filles, nous ferons force communions et prières pour vous et les sacrés desseins que Dieu vous met en main, afin que tout réussisse à sa très-grande gloire, et que votre chère personne nous soit conservée longues années; c'est le désir de celle que Dieu vous a donnée. Dieu vous fasse un grand Saint, et soit à jamais béni!

LETTRE MDC

A U\TE SUPERIEURE DE LA VISITATION

VIVE -}- JÉSUS

Je suis bien mauvaise, mais je ne le suis pas encore à ce point que de vous donner une pénitence; car certes je vous crois si bonne et si pure en vos intentions, que vous faites toutes choses

1 Dans l'édition de la Mère de Blonay celte lettre porte la date du A juillet, ce qui prouve évidemment qu'elle est composée de plusieurs originaux;

droitement. Je bénis et remercie l'infinie Bonté des grâces qu'elle a conférées à nos Sœurs en leurs solitudes, la suppliant de leur faire la grâce de réduire le tout en effet , et de les maintenir en la bonne union que Noire-Seigneur a répandue entre elles.

Il faut s'humilier, ma très-chère fille, sur la louange des hommes et référer le tout à Dieu. Aussi il faut recevoir les contradictions de la main de Dieu et dire avec le bon Job : « Si nous avons reçu les biens du Seigneur, pourquoi n'en recevronsnous pas les maux? » Dieu réparera tout cela, ma fille, car II sait que vous avez besoin de cette place pour voire accommodement. C'est bien fait de recourir à Dieu et à ses Saints dans nos afflictions; nous en serons toujours consolées. — Vous fîtes fort bien de ne point mettre dehors celte fille sur le soupçon de la peste; et il me semble que les filles, quoique prétendantes, lorsqu'elles sont parmi nous et qu'elles sont bonnes, ne doivent point être mises dehors, bien que le mal les y prenne : la charité le requiert ainsi. Certes, je loue bien l'affection que nos Sœurs ont de se servir les unes les autres; néanmoins, si le mal venait grand, il faudrait prévoir à faire quelque petit bâtiment en quelque endroit de la maison où vous êtes, si elle n'a point de lieu écarté pour les mettre. — • Que vous faites bien, ma fille, de purger votre maison des esprits qui ne sont pas propres 1 Au reste, il faut avoir un grand zèle pour les maisons que Dieu commet à votre soin ; mais il faut que ce zèle se pratique avec humilité et douce charité. Ayez un grand support, et reprenez les manquements sans les exagérer.

car, dès les premières lignes, il esl question des grâces reçues pendant les retraites annuelles, lesquelles ne se font qu'aux mois d'octobre et de novembre,etvers le milieu delaleltre, on trouve intercalée la circulaire adressée aux Supérieures pour leur présenter le Coulumier. Cette circulaire, datée du 4 juillet, étant à sa place respective, il résulte que la présente lettre est raccourcie de moitié. Des cas analogues se retrouvent fréquemment dans l'édition de la Mère de lilonay.

— Je vous conjure, si vous m'aimez, comme je sais que vous faites, que vous et vos Sœurs ayez un soin persévérant à me recommander à la divine miséricorde, mais je vous demande cette charité par aumône.

Enfin, ma très-chère Sœur, j'espère que Dieu me fera encore la grâce de vous communiquer dans quelque temps le livre des Vies de nos Sœurs défuntes, les Fondations, les Méditations pour nos solitudes annuelles, tirées des écrits de notre Bienheureux Père, les Petites Coutumes de cette maison, et plusieurs points notables qui ont été omis dans les Entretiens imprimés, que je fais ramasser exactement dans le manuscrit que nous avons céans; car je désire intimement que les Filles de la Visitation nourrissent leurs âmes de ce bon et suave paiu; et, pour cela, ne rien oublier de tout ce que nous avons de notre Bienheureux Père et de l'Institut. Notre chère Sœur Françoise- Madeleine de Chaugy travaille à tout cela fort soigneusement, et j'y tiens la main et le revois tant que je puis; c'est pourquoi, ma fille, j'ai besoin de mon loisir. Vôtre, etc.

LETTRE MDCI

A MOXSEIGXEUR BEXOIT-THÉOPHILE DE CHEVROX-VILETTE

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