‹ Lettres (volume 2)Chapitre 38 sur 163 · ARCHEVÊQUE DE TARENTAISE, A ÏIOLTIERS · texte numérisé non relu

ARCHEVÊQUE DE TARENTAISE, A ÏIOLTIERS

Le monastère de Turin est définitivement établi. — Eloge de madame de

Chevron.

VIVE -j- JÉSUS.'

Turin, 3 décembre 163S.

Monseigneur, Nous voici enfin en la jouissance de la maison que nous avons acquise. Dieu a fait voir sa bonté envers nous par la fermeté que Madame Royale a eue à conduire celte affaire avec une douce force , de sorte que Mesdames les Infantes ont cédé aux propositions toutes de respect et de soumission que nous leur faisions, et sont demeurées contentes, à ce qu'elles nous

ont fait dire, avec assurance de la continuation de leurs bonnes grâces. Certes, la raison et l'équité étaient de notre côté.

Le jour de la Présentation, M. l'archevêque nous donna le Très-Saint Sacrement et liberté de chanter publiquement les Offices, ce que nous n'avions pas encore fait, Il nous a aussi donné licence de faire venir nos deux professes, que nous avions laissées à Aoste pour le temps que je serais ici, et plaira de nous y laisser de bon cœur, à ce qu'il témoigne, jusquà ce que nous puissions repasser les monts sans nous trop hasarder, notre Supérieur m'ayant aussi écrit d'attendre un temps commode pour cela. Il fait si froid en ce pays que nous en sommes tout étonnées.

Le nombre de nos prétendantes croit. Nous donnerons l'habit à trois, bientôt; mais il reste encore quelque chose à faire pour les formalités touchant le temporel, que Mgr l'archevêque fait expédier. Je suis tout étrangère à tant de formalités; mais le bon seigneur le fait pour notre assurance, car il nous aime fort paternellement.

J'ai parlé à Madame Royale de la fondation que Votre Seigneurie Illustrissime désire à Moutiers. Elle témoigne toute bonne volonté ; mais depuis, toutes ces brouilleries sont arrivées, si, que l'on n'a rien fait. Je pense, Monseigneur, que si votre bonté lui en témoignait son désir et l'utilité des àtnes, avec la nécessité de donner moyen de retraite à celles qui voudraient se consacrer à Dieu, votre diocèse étant dépourvu de monastère propre à cela , je crois, dis-je, Monseigneur, que cela avancerait bien l'affaire, et y rendrait Madame encore plus affectionnée. Nous attendrons votre volonté avant que d'en reparler.

Notre Père dom Juste attend de Rome la réponse sur les informations que Mgr le Nonce y a envoyées. Il nous tarde bien qu'elle soit venue, car sans doute ce sera un bonheur incroyable à ce pauvre évêché de Genève d'avoir un si bon et vertueux prélat. — Nous avons eu l'honneur de voir quelquefois la bonne madame de Cbevron : nous la voudrions bien voir plus souvent,

car j'ai demandé à Mgr l'archevêque le congé pour la laisser entrer; mais elle est fort infirme. J'ai de la consolation de voir en cette chère dame tant de vertus et d'affection pleine de révérence et confiance qu'elle a pour vous , mon très-cher seigneur, et pour tout ce qui regarde la maison de Chevron; en quoi je l'ai louée, étant vraiment digne de louanges pour cela. Dieu veuille que toutes les veuves conservassent tel respect et affection à la mémoire de leur mari!

Monseigneur, priez toujours notre bon Dieu pour moi , qui vous honore si parfaitement, et vous souhaite le comble des grâces célestes. Toutes nos Sœurs saluent en tout respect Votre Seigneurie Illustrissime, de laquelle je suis et de cœur, Monseigneur, votre, etc.

[P. S.] — Je voulais écrire à notre M. de Sales, mais je ne puis; je le salue avec désir de savoir si sa besogne avance.

LETTRE MDCII (Inédite)

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