A LA MÈRE HÉLÈNE-ANGÉLIQUE LHUILLIER
SITÉfilEIRE AL' PREMIER MONASTÈRE DE PARIS
La Sainte lui sait bon gré de n'avoir pas ajouté foi à des rapports malveillants, au sujet de la fondation projetée à Saint-Denis.
vive -'- jésus!
[Turin], 12 janvier 1639.
Ma très-chère fille,
Mon Dieu! que je vous sais bon gré de me dire que l'on peut avoir exagéré au rapport que l'on vous a fait des murmures de X. . . sur votre fondation ', car je m'assure que c'est de cœur. Et voilà, ma fille, comme il faut faire avec nos Sœurs, toujours les excuser, et ne pas croire tout ce que l'on dit quand il est mal ; comme aussi les choses rapportées se grossissent grandement. Or, si vous pouviez, sans intéresser ceux qui ont rapporté, faire savoir à N. . . cela , lui demandant s'il est vrai , car je crois qu'elles vous avoueront la vérité. [Le reste est illisible.]
Conforme à une copie gardée au premier monastère de la Visitation de Paris.
1 II s'agit de la fondation de Saint-Denis, pour laquelle la Mère H. A. Lhuillier rencontra de nombreuses difficultés, qu'aplanit la puissante intervention de la reine Anne d'Autriche. Le 30 juin 1639, un petit essaim sorti du premier monastère de Paris, sous la conduite de la Mère Françoise- Elisabeth Pbelippeaux de Pontchartrain, alla commencer cette ruche bénie, où se pratiquèrent de grandes et sublimes vertus. Aussi saint Vincent de Paul, premier Supérieur du monastère, disait-il : « Je ne respire que Dieu quand j'entre dans cette maison, parce que je vois l'Institut dans sa première ferveur. Je n'ai jamais fait de visite dans d'autres monastères où j'aie reçu plus de contentement, ni trouvé plus de régularité. » Sainte J. F. de Chantai ayant passé à Saint-Denis lors de son dernier voyage, en 1641, s'exprimait à peu près dans les mêmes termes : « J'ai eu un parfait contenlement, dit-elle, d'avoir trouvé cette petite communauté dans la pureté, l'innocence, la simplicité et ferveur primitives de l'Institut. » (Histoire inédite de la fondation de Saint-Denis.)
LETTRE MDCVII
A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION
Vanité de tout ce qui passe. — Décès des Supérieures de Marseille et de Digne. — Peu d'esprits sont capables de mettre la paix où est la guerre.
VIVE f JÉSUS !
[Turin, 1639.]
MA BOiW'E ET CHÈRE FILLE,
Votre déplaisir d'être longtemps sans savoir de nos nouvelles me donne de la consolation, en ce qu'il m'est un témoignage de votre véritable dilection : mais certes, ma fille, l'assurance en est gravée dans mon cœur. Béni soit Dieu qui purifie votre imagination; c'est une grande grâce, comme aussi cette claire vue de votre néant, et de tout ce qui est en ce monde. « Tout ce qui est sous le soleil n'est que vanité » , dit le Sage. Dieu veuille donner celte lumière à tous ceux qui vivent en ce monde ; mais surtout aux âmes religieuses, qui ne s'appliquent pas assez à considérer et estimer cette vérité du néant! Plus vous me parlez selon vos sentiments, plus vous me consolez. Je vous prie donc, ma très-chère fille, n'ayez jamais de réserve pour cela ; car vous ne sauriez m'écrire, ni parler avec trop de franchise.
Il est vrai, j'ai ressenti et ressens toujours, quand j'y pense, la perte que l'Institut a faite en notre pauvre défunte Mère Péronne-Marie de Châtel. La mienne est si grande qu'il n'y a que Dieu qui la sache; mais c'est sa douce Providence et main paternelle qui a donné ce coup : son saint JVoni soit béni ! Voilà encore deux bonnes touches du trépas de ces chères Mères de Marseille et de Digne. La divine Bonté veuille être notre soutien, et nous fasse abonder et croître en humilité, confiance en Lui , douce charité et sincère simplicité. Ah! ma fille, faut-il encore vivre longtemps et dans les épines? Que cette vie est dure, mais douce en la divine Bonté! Je remercie Notre-Seigneur,
qui me donne l'amour de votre cœur, et de celui de vos chères, filles. Mais je vous prie qu'on ne m'estime point tant; qu'on ne prie point pour ma santé; qu'on laisse cela à Dieu. Impétrez de sa bonté et miséricorde la grâce que je vive et meure en son saint amour, crainte et entier accomplissement de sa trèssainte volonté ; mais je vous supplie que cette prière soit journalière chez vous. Oh! que je suis touchée quand je vois tant d'humanité entre les serviteurs et servantes de Dieu, et si peu d'humilité! Il faut que d'ores en avant [dorénavant] nous soyons fort attentives à bien faire choix des Supérieures; car il y a fort peu d'esprits capables de mettre la paix où est la guerre, et de relier ce qui se détruit. Croyez que souvent la prudence humaine fait bien du mal à la charité, et le faux zèle à la douceur. Votre, etc.
LETTRE MDCVIII