AU MÊME
Le Père dom Juste est préconisé évoque de Genève. — Achèvement des affaires de la fondation. — Prochain retour en Savoie.
VIVE -J- JÉSUS.'
Turin, 28 mars [1639J.
Mon très-honoré et très-cher Père,
Il faut donc boire le calice et demeurer ici jusqu'à Pâques, et de bon cœur, puisque c'est la divine volonté; le Père dom Juste le conseille ainsi , auquel Votre Révérence m'a envoyée. Il est bien préconisé évêque de Genève, bien qu'il ne veuille pas encore le publier qu'il n'ait ses Bulles pour se faire sacrer, et c'est humilité; car il dit qu'il appréhende de se voir en cet habit d'évêque. Il vous salue très-chèrement et vous honore, chérit et estime grandement. Il n'a cessé d'écrire à Rome dès qu'il eut reçu le commandement du Pape de ne plus résister, afin d'accélérer l'affaire; mais c'est une mort que les longueurs de ce lieu-là, aussi bien que celles d'ici.
Enfin les affaires de cette fondation sont au point, grâce à Dieu, que l'on rendra la sentence devant Pâques pour la possession de ce béni temporel, et la fulmination de la Bulle; car 1 un dépend de l'autre. Il ne fallait pas une moindre affection et diligence que celle du très-vertueux M. Pioton pour solliciter et faire venir là oii on en est. Certes, je crois bien que sa présence et la mienne y ont bien aidé ; que s'il vient de nouvelles diffi-
cultes, elles seront d'une nature que nous n'y pourrons plus rien, et elles seront seulement quelques nouvelles longueurs, si que, Dieu aidant, je puis assurer que nous partions incontinent après Pâques '. Je me recommande à vos saintes prières, et prie notre bon Dieu vous donner ses plus précieuses grâces, et demeure en tout respect, mon très-honoré Père, votre trèshumble, etc.
LETTRE MDCXV
> >' ADAME MATHILDE DE SAVOJ K
A TURIV
Hommage de respectueux dévouement
VIVE •{• JÉSUS
[Pignerol], '27 avril 1639
Madame et très-chère Mère,
Je n'ai pas eu loisir de quasi respirer dès que je quittai Voire Excellence, et, à faute de plus grand papier, agréez que je salue votre incomparable bonté et celle de M. notre digne marquis, en ce billet, et que je vous assure derechef tous deux que je vous porte dans mon cœur, avec le plus grand respect et tendre dilection qu'il m'est possible. Vous m'êtes et serez toujours précieuse en mes petites prières, à ce qu'il plaise ànotre bon Dieu de vous conserver et protéger en tous les hasards de cette
1 Les premiers bruits de la guerre qui allait éclater en Piémont obligèrent la Bienheureuse Fondatrice de hâter son départ. Elle quitta Turin le mardi de la semaine sainte, 19 avril 1639, emportant non-seulement les regrets de ses filles, mais encore ceux de Madame Royale, de Madame Mathilde, et de toutes les personnes qui l'avaient connue. Chacun proclamait sa sainteté, se recommandait à ses prières, ou réclamait l'honneur de lui faire cortège. Après avoir passé huit jours au monastère de Pignerol, le pas de Suze étant fermé, elle prit la route du Dauphiné, visita le monastère d'Embrun, et rentra à Annecy sur la fin de mai. (Histoire de la fondation de Turin.)
AMNKE 1039. 129
vie, dont le temps présent me tient en douleur; mais j'espère que Dieu vous gardera tous deux, et ce qui vous est de plus cher. J'en supplie sa Bonté de toutes les forces de mon âme. Quant à Madame Royale, je n'oublie point les besoins de ses pauvres Etals. Baisez de ma part, je vous supplie, sa chère main, et me tenez toujours dans votre cœur; car je suis, etc.
LETTRE MDCXVI
A LA MÊME
Arrivée de la Sainte à Chambéry. — Promesse d'un continuel sou'enir devant Dieu pour le marquis dé Phinesse exposé aux dangers de la guerre.
VIVK f JÉSUS !
[ChamMry, 1639.J
Madame aotre très-honorée et très-chère Mère,
Nous voici, par la divine miséricorde, arrivées heureusement et en santé à notre maison de Chambéry, non sans avoir couru fortune de tomber dans un précipice ; mais la divine Providence nous en préserva. Bénie soit-elle éternellement ! Enfin, Madame, cette misérable vie est partout pleine de croix, de malheurs et d'afflictions. Le pauvre Piémont en est maintenant le théâtre. Hélas! que les grandeurs, les plaisirs, les honneurs et les richesses de ce monde sont frivoles, inconstants et de peu de durée! Que bienheureuse est l'àme à qui cette vérité est bien imprimée dans le cœur! car, par ce moyen, elle s'élève joyeusement et avec grande facilité en l'amour et au seul désir des biens éternels, dont l'espérance certaine adoucit l'aigreur des calamités de ce monde, qui sans cela se rendraient insupportables.
Oh Dieu! Madame, que la souveraine sagesse de notre grand
Père céleste est adorable et admirable, car elle fait tirer de tous
ces malheurs temporels des richesses spirituelles à ses enfants^
par la patience, douceur et résignation avec laquelle ils portent
vin. 9
leurs travaux. J'ai consolation de penser que Votre Excellence et celle de M. votre fils possèdent ce bonheur, jouissant d'une sainte paix dans vos âmes, tandis que tout est en trouble par la guerre. Il est vrai que pour vous, ma très-honorée Mère, je sais bien que votre cœur maternel ne peut être exempt des douleurs d'une vive appréhension sur la personne de cet unique fils, incomparable en vertu et débonnaireté. Et véritablement, quand cela se présente à mon esprit, j'en ressens une grande peine. Mon recours est à Dieu, vous présentant tous deux à sa Bonté avec une affection très-tendre; car, ma très-chère dame, je ne vous saurais dire combien vos personnes me sont précieuses ; le cher fils encore plus intimement m'est présent devant Dieu, pour les continuels hasards où je sais qu'il est. La divine Bonté le conserve avec vous, Madame, et la chère madame la [jeune] marquise, et toute la bénite famille, Je salue en tout respect Vos Excellences, attendant toujours l'honneur et la consolation de vous voir en notre petit Annecy, où je vous désire de tout mon cœur; et, après vous avoir souhaité les plus grandes grâces du saint amour de Dieu , je demeure, de Votre Excellence, Madame, très-humble, etc.
LETTRE MDCXVII
A LA MERE MADELEINE-ELISABETH DE LUGINGE