A LA MÈRE FRWÇOISE-GASPARDE DE LA GRAVE
SUPÉRIEURE A ROURGIÎS
Le choix des confesseurs extraordinaires doit être approuvé par l'évêque. — Il faut avoir beaucoup de confiance aux Pères Jésuites. — Remerciement pour un secours donné aux Sœurs de Saint-Amour.
VIVE f JÉ.SUS !
Annecy, 17 jantier 1638.
Ma très-chère fille,
Je supplie notre divin Sauveur de vous faire abondamment part des sacrés mérites de sa sainte Naissance. Je vous prie, ma fille, ne faites point tant de souhaits ni de prières pour ma conservation; priez seulement la divine Bonté qu'elle me fasse la grâce d'accomplir parfaitement sa très-sainte volonté.
Si ce que vous me dites avoir répondu au Père provincial a été fait avec grande humilité et douceur, cela est bon; mais il eût été encore meilleur de ne lui pas faire tant de répliques, car il eût suffi, pour ce point des confesseurs extraordinaires, de lui dire : Mon Père, il nous est dit dans nos Constitutions
que nous demanderons à Messeigneurs les évêques ou pères spirituels un confesseur extraordinaire de trois en trois mois, pour confesser toutes les Sœurs. Et lorsque l'on ne nous peut pas donner ceux qu'ils nous ont ordonné de prendre, nous devons recourir à eux pour en avoir un autre; c'est pourquoi Votre Révérence ne trouvera pas mauvais si nous n'acceptons pas ceux que nous ne vous avons pas demandés. Ni vous aussi, ma très-chère fille, ne devez pas trouver mauvais, s'il ne vous donne pas les Religieux que vous désirez; car, de même que vous connaissez vos filles, aussi connaît-il ses Religieux, et quel emploi il leur doit donner. Enfin il faut grandement honorer la parole de notre Bienheureux Père, lequel a dit qu'il désirait que l'on eût soin de s'entretenir avec ces bons Pères, en observant les règles. Il faut aussi témoigner une grande confiance à ce bon Père provincial; et s'il arrive qu'il vous dise quelque chose qui ne soit pas de nos observances, il ne faut sinon lui représenter doucement, et faisant cela, il demeurera fort édifié et consolé, car je sais qu'il est fort affectionné à notre Institut. Au reste, ma très-chère fille, vous et nos chères Sœurs m'avez grandement consolée de voir la charité que vous avez faite à nos pauvres Sœurs de Saint-Amour. Croyez que notre bon Dieu en saura bien récompenser votre communauté. J'ai écrit à nos Sœurs Jde Nevers si, à votre exemple, elles pourraient faire la même charité. — Pour celte Sœur de Troyes que l'on vous a présentée, peut-être ne l'aurez-vous pas; mais, soit que vous l'ayez ou non, vous m'avez fait un très-grand plaisir d'avoir fait une réponse si cordiale à ma Sœur la Supérieure de Paris, pour ce sujet-là. Elle m'en a témoigné les grands sentiments de reconnaissance que son cœur en a eus, et l'affection que cela lui a donnée de servir votre maison , lorsque les occasions s'en présenteront. — Or sus, ma toute chère fille, vivez toute à Dieu avec l'esprit de parfaite douceur et humilité, et qu'il règne en toutes vos actions, surtout en la conduite de votre chère famille,
que je salue avec vous très-chèrement, en suppliant Notre-Seigneur de les bénir d'une parfaite observance, paix et union cordiale entre elles. Je suis vôtre, ma fille, vous le savez bien, de tout mon cœur.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDXXXVII
A MONSEIGNEUR ANDRÉ FRÉMYOT