SON FRÈRE. ANCIEN ARCHEVÊQUE DE DOIRGES, A PARIS
Il est jugé nécessaire que la Sainte aille présider à la fondation de Turin. — Nouvelles calomnies contre l'Institut.
VIVE -j- JÉSUS !
[Annecy], 17 janvier 1638.
Mon très-honoré et très-aimé seigneur,
Je supplie le divin Sauveur de nos âmes de remplir la vôtre très-chère des sacrés mérites de sa sainte enfance. Quelle plus digne et agréable [étrenne] vous puis-je donner au commencement de cette année, que je vous souhaite être pleine de toutes bénédictions et saintes consolations!
Je suis bien aise de vous resavoir résidant à Paris, mon trèscher seigneur, croyant que ce sera à la gloire de Dieu et à l'utilité et repos de plusieurs. Déjcà nous en recevons le fruit, par la lettre que votre bonté a obtenue de Mgr le Nonce. Je vous en remercie très-humblement, mon très-cher seigneur. J'espère en la bonté de Dieu que cette bourrasque ne durera pas, et que nous en tirerons profit, moyennant sa divine grâce. Il faut bien être un peu étaminé. — Quant à ce qui est de notre passage à Turin, les puissances de delà le veulent si absolument, que je ne sais comme l'on s'en pourrait exempter; mais ce qui nous touche, c'est que l'on juge qu'il est tout à fait nécessaire pour le bien de notre Institut, tant à cause de ces
calomnies que pour faire effort de nous maintenir là dans la sainte liberté que nous avons, touchant la conduite extérieure, que l'on dit être fort différente de celle de deçà. Or, le Père dom Juste sait bien que je n'y puis pas séjourner que quelques mois, et l'on m'assure que l'on ne prétend que cela aussi, et que je ne suis nullement comprise dans le nombre des Religieuses qui sont destinées pour la fondation, que c'est par licence particulière que l'on permet que nous y allions pour retourner. Or néanmoins, mon très-cher seigneur, votre avis me sera utile; car j'ai déjà écrit au Père dom Juste que je n'irai point que l'on ne m'envoie licence d'une pleine liberté pour retourner quand je le jugerai à propos. En effet, puisqu'il a plu à Dieu que je me sois laissé recharger de la conduite particulière de cette maison [d'Annecy], pour la consolation de nos bonnes Sœurs, je ne puis pas faire un grand séjour à Turin. Pour ce qui est des autres monastères, ils auront autant de facilité à m'écrire là, et moi à leur répondre, qu'ici, à cause des courriers qui y vont d'ordinaire; et je m'assure qu'ils ne m'oublieront point là non plus qu'ailleurs pour prier Notre-Seigneur, si la providence de Dieu ne m'y arrête par la mort, ce que je ne pense pas toutefois. Sa sainte volonté soit faite!
J'espère que le plus grand séjour que je ferai sera de quatre ou cinq mois, ou six au plus, et que Dieu nous fera la grâce, qu'après un peu de soumission, nous obtiendrons les mêmes libertés dont jouissent maintenant nos bonnes Sœurs d'Avignon, que j'ai vues par deux fois avec fort peu moins de liberté pour le parloir que nous en avons; car, pour ce qui est de l'observance intérieure et conduite de tout le monastère, nos Sœurs sont absolues, ce qui est le meilleur pour nous; car ces bons Italiens ne pensent qu'à la clôture, et à vouloir que l'on ne parle à ceux de dehors qu'avec leur licence. Cela est la moindre chose qui nous puisse fâcher. Cependant nous achèverons ici notre hiver, et entendrons ce que le bon Père dom Juste nous
dira sur ce que nous lui avons écrit de nos pensées, et craintes qu'il nous retienne. Mon très-honoré seigneur, aimez bien toujours votre pauvre vieille sœur, et priez le bon Dieu d'accomplir en elle sa sainte volonté. Je le supplie de faire abonder en vous les plus riches grâces de son saint amour, auquel je suis et serai à jamais de tout mon cœur, etc.
\P. S.] Monseigneur, depuis cette lettre écrite, le Père dom Juste m'a mandé que Mgr le Xonce de Turin avait avoué d'avoir écrit contre nous à Rome, et cela accroche notre fondation. Je laisse tout au soin de Notre-Seigneur, qui prendra en main notre défense. Us disent que nous donnons l'absolution à nos Sœurs d'une partie de leurs péchés, et les envoyons au confesseur pour le reste. Cela est une risée ; Dieu pardonne à qui l'a inventé l.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Lyon.
LETTRE AIDXXXVIII