A AIX EX PROVENCE
Bon témoignage que les Sœurs d'Arles rendent de leur Supérieure; elles s'opposent à ce qu'on avance sa disposition. Les difficultés survenues seront soumises au jugement de la Mère de Saint-Michel.
vive -{- JÉSUS !
[Annecy], 13 juin [1639].
Ma très-chère fille, Je viens de recevoir une lettre de plusieurs Sœurs d'Arles, comme aussi de M. le grand vicaire d'Arles, lequel avec une grande sincérité me raconte l'état auquel il trouva le monastère quand il fit la visite [canonique], me disant naïvement les défauts de la Supérieure; mais certes leur jugement est bien différent et celui des Sœurs aussi, à ce que Mgr l'archevêque, M. Ailhaud et vous nous avez écrit, car tous ensemble ne jugent
pas qu'il y ait sujet de déposer ma Sœur la Supérieure, et les Sœurs me mandent nettement que si l'on s'ingère de le faire qu'elles s'y opposeront, ce qui leur serait aisé à faire, puisque l'on ne peut pas déposer une Supérieure qu'à la requête du Chapitre ; et je vous envoie une copie de ce que nous en avons trouvé écrit de la propre main de notre Bienheureux Père. Je suis bien marrie de voir que cette affaire ici s'évente et fait éclat, et se ferait plus grand s'il se faisait de la sorte que vous l'éerivez, dont il s'en faut bien garder; ce serait une mauvaise brèche à l'Institut.
J'écris à ces Messieurs et à nos Sœurs ma pensée sur ce sujet , qui est la même que je vous écrivis, que, ma Sœur Anne-Louise étant là, elle conférerait avec les Sœurs, et que ce qui serait requis pour la gloire de Dieu et le bien de cette maison-là on le fit, et que nous recevrions de bon cœur nos deux Sœurs si elles nous étaient renvoyées. Mais, mon Dieu, ma très-chère fille, comme s'accorde ceci? L'on m'a écrit, je veux dire M. Ailhaud ou vous, qu'il n'y avait que trois ou quatre Sœurs au plus qui fussent pour la Mère, et l'on m'écrit qu'elles sont dix-huit ou dix-neuf pour [elle]. Voyez-vous, ma très-chère fille, si jamais vous vous trouviez en telles occasions, arrêtez-vous au dire des bonnes et vertueuses, bien qu'elles fussent en petit nombre, et non jamais aux esprits mal faits et préoccupés. Or bien, en toutes choses il faut toujours demeurer en la parfaite charité, et conduire cette affaire avec grande douceur, sagesse et droiture. Et comme j'ai déjà écrit, quand notre Sœur Anne- Louise de Marin sera là, elle prendra une entière connaissance de l'état de l'affaire avec les Sœurs et Supérieurs, et ils concluront ce qu'ils jugeront être le plus expédient à la gloire de Dieu et à la paix de ce monastère; et je m'assure que Mgr l'archevêque sera content que l'on procède de la sorte. Quant à la Supérieure [F. -Angélique Garin], elle se soumettra à tout, et nous, à la recevoir, si l'on nous la renvoie ; et je vous prie, ma vin 10
Irès-chère fille ? d'agréer el faire agréer à Mgr l'archevêque que les choses se passent ainsi doucement. Que si notre Sœur de Saint-Michel , je veux dire Anne-Louise de Marin, ne peut aller là et que le monastère n'agrée pas, comme je l'appréhende, noire Sœur [Anne-F.] Bourgeat, il faudra derechef entendre les Supérieurs et les Sœurs, car il faut conduire cette affaire par l'ordre convenable. Voilà, ma très-chère fille, ce que j'ai cru vous devoir dire : votre bon cœur, qui connaît le mien et le vrai amour que je lui porte, le recevra utilement, je m'en assure. Dieu conduise tout à sa gloire et vous comble des grâces du Saint- Esprit! Je suis toute vôtre. — 13 juin.
Conforme à une copie gardée aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCXXIV {Inédite)