‹ Lettres (volume 2)Chapitre 55 sur 163 · ARCHEVÊQUE DE BESANÇON · texte numérisé non relu

ARCHEVÊQUE DE BESANÇON

Assurance do soumission et de profond respect. — Sœur M. -Agnès de Bauffremont sera reçue avec plaisir au premier monastère d'Annecy. — La Mère M.-Marg. Michel a été calomniée; estime que saint François de Sales faisait de sa vertu.

VIVE j JÉSUS !

[Aunecy, 1639.]

Monseigneur,

Votre débonnaireté, reconnue de tout le monde, dont nous recevons de si paternels témoignages, me donne confiance de vous offrir notre très-humble et filiale obéissance, avec des infinies actions de grâces pour tant de bonté, de saint zèle et de paternelle affection qu'il vous plaît, Monseigneur, témoigner en toute occasion aux filles de celui dont votre piété chérit si hautement et tendrement la mémoire et sainteté. Je ne puis vous témoigner les véritables ressentiments que j'en ai, Monseigneur; mais j'assure Votre Seigneurie Illustrissime que Dieu a imprimé en mon âme une très-profonde révérence et dilection filiale envers elle, et un très-grand désir d'avoir quelque occasion de lui témoigner l'absolue autorité qu'elle a sur moi, par la promptitude et fidélité de mon obéissance à vos commandements. S'il vous plaît, Monseigneur, me faire la grâce de m'en imposer, je les estimerai précieux.

Ma Sœur la Supérieure de Besançon m'écrit le désir que votre bonté a que ma Sœur, sa chère cousine1, soit en ce monastère [d'Annecy]; autrefois elle a eu quelque volonté d'y venir, maintenant elle n'en parle plus. Et selon que je connais son esprit, la proposition ne lui en doit pas être faite de notre part, cela mettrait en son esprit des pensées contre, ce me

1 Sœur Marie-Agnès de Bauffremont, qui était encore à Fribourg avec la Mère M.-Marg. Michel.

semble; mais si jamais elle nous en signifie la moindre inclination, je vous assure, Monseigneur, que nous la tirerons à nous et de tout notre cœur. Cependant, je crois que Votre Seigneurie en doit demeurer en repos, ce n'est pas une âme pour faire une mauvaise action. Je sais qu'elle aime sa vocalion, et singulièrement notre Bienheureux Père, et qu'elle y vit plus contente que jamais et fait bien. 11 est vrai qu'elle est attachée à la Supérieure par grande affection; et certes, Monseigneur, c'est encore ici son conseil bonnement [plusieurs mots illisibles]. Elle a toujours eu une grande charité pour cette chère Sœur, que Dieu a fait passer par des grandes difficultés et peines intérieures, et ne fallait pas un cœur moins maternel et vigilant que le sien pour lui aider à passer les mauvais pas.

Votre douceur, Monseigneur, qui a autrefois honoré de sa bienveillance cette pauvre Mère [M. M. Michel] , me permettra bien, je l'en supplie, de lui en dire ma pensée, puisque je pense que Dieu le veut, et que, si elle est déchue de la bonne estime que l'on a eue d'elle en vos quartiers, Monseigneur, c'est comme je crois avec beaucoup moins de sujet que l'on ne pense; car j'ai peine à croire qu'une fille qui s'est dédiée à Dieu dès son enfance, qui a persévéré au bien tant d'années, s'en départe [jamais]. Nous l'avons eue céans longues années; notre Bienheureux Père l'aimait et estimait grandement, et disait qu'il y avait quelque chose de divin en cette âme. Elle a gouverné céans grand nombre de novices, sous la conduite de ce Bienheureux; elle y a été assistante en l'absence de la Supérieure, avec une générale satisfaction; elle a gouverné trois monastères (celui de Besançon est le dernier) avec une grande édification et régularité. Notre confesseur, qui fut à Frihourg l'an passé, dit qu'il n'y vit que du bien. Tout cela, Monseigneur, me fait tirer cette conséquence, qu'au fond il n'y peut avoir tant de mal, mais que, comme c'est un cœur complaisant et cordial, la nécessité où elle se trouve et le désir qu'elle a de réussir en son entreprise, l'a

fait épancher au dehors, plus peut-être que la retenue et modestie de notre vocation ne requiert, et cela pour gagner les affections et être aidée en ses besoins ; en quoi certes elle a très-grand tort et se trompe en sa prudence humaine ; car un grain de confiance et résignation en la sainte Providence nous peut seul aider, et pourvoir en un moment plus d'affection à nous faire du bien, que toutes nos industrieshumaines en mille années. J'avoue aussi, Monseigneur, qu'elle s'est montrée trop sensible en ces petits tracassements temporels qu'elle a eus avec feu la pauvre Mère de Besançon; mais tout cela, Monseigneur, ne vous doit pas tenir en peine pour ma très-chère Sœur [votre cousine]... Je demeure avec un très-profond respect, Monseigneur, etc.

Conforme à une copie gardée aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MDCXXX

A MONSIEUR LE MARQUIS DE PIANESSE

A SL'SIi

Douleur de la Sainte en apprenant la maladie de madame Matbilde; prières fuites

pour elle.

vive ■{- jésus!

[Annecy, 1639.J

Monseigneur,

Nous venons d'apprendre que Votre Excellence est auprès de notre Irès-honorée dame Mathilde, votre digne Mère et la noire très-chère et très-aimée. Monseigneur, je sais et je vois les épreuves que notre souverain Seigneur a fait de la fidélité de votre tout bon cœur. Mais quand sera-ce, me disait une fois notre Bienheureux Père , sur une occasion de voir trancher la tête à feu mon fils pour les misérables actions du monde [les duels], quand sera-ce, me disait ce grand Saint, que nous témoignerons à Dieu notre inviolable fidélité, qu'en ces occasions si âpres et si dures à la nature? Oh! Monseigneur, j'ai ferme con-

fiance que Celui devant lequel vous avez dépouillé voire àrae de tout intérêt et affection humaine, pour la remettre en cette parfaite nudité dans le sein de son éternelle Providence, vous soutiendra de sa toute-puissante main, et vous confortera de ses saintes et intimes consolations, vous faisant savourer la douceur incompréhensible de l'union parfaite d'une âme avec le bon plaisir de son Dieu; c'est le bonheur que mon âme souhaite à la vôtre très-chère, qui m'est précieuse. Et ne doutez point que nous ne fassions de continuelles prières pour la très-chère malade; car Dieu sait l'amour et l'honneur que nous sentons pour elle, et le désir que nous avons de sa santé, mais surtout de son bonheur éternel. Je prie Dieu de départir à Vos Excellences l'abondance de ses plus riches grâces, et à tout ce qui vous appartient, demeurant en tout respect et de cœur sincère, Monseigneur, votre très-humble, etc.

LETTRE MDCXXXI

A MADAME LA DUCHESSE DE MONTMORENCY

A MOULINS

Rcs;;eclueuse affection. — Félicitations de son rétablissement. — Oratoire; de

saint Joseph.

vive -j- jksus!

[Annecy], 12 août [1630]

Madame, J'ai eu un si grand accablement d'affaires dès notre retour de Turin, que bien que j'aie pensé à vous écrire, je n'en ai su bonnement prendre le temps, et votre bonté m'a prévenue, dont je la remercie très-humblement, vous assurant, Madame, qu'entre toutes les amitiés que Dieu m'a données, il n'y en a point que j'estime et désire que Dieu me conserve tant que la vôtre toute précieuse, dont votre débonnaireté m'a voulu honorer et gratifier, et me donner des assurances en des termes tels que je n'y pense point sans une particulière consolation. El je vous con-

jure, ma très-chère Madame, de me continuer cette grâce, surtout par quelques saintes aspirations à noire doux Sauveur pour mon bonheur, vous assurant, Madame, que si ce que vous me proposez pouvait arriver, j'en recevrais un contentement indicible, pour jouir encore une bonne fois de l'honneur de votre chère et très-utile conversation ; mais je suis en un âge où je n'ose me promettre six mois de vie, ayant soixante-huit ans et la charge d'une famille de quarante-cinq filles. Je me trouve quelquefois dans des faiblesses qui me font douter si j'achèverai mon triennal; en tout, la très-sainte et très-adorable volonté de Dieu soit faite.

Je bénis son infinie Bonté de vous avoir affranchie de tant de douleurs et incommodités corporelles. Sa Providence, je m'assure, a de grands desseins sur vous, ma très-honorée Madame, pour sa très-grande gloire. Et le glorieux saint Joseph vous est donc un puissant et débonnaire Protecteur. Je le remercie de tout mon cœur de la santé qu'il vous a obtenue. Ma très-chère Madame, recommandez-moi, je vous supplie, à sa sainte intercession. Votre prudence n'aurait garde de vous laisser tromper en l'ornement de son oratoire. Celui qui donne le fait à son gré l.

Le doux Jésus parachèvera, s'il lui plaît, la grande œuvre qu'il a commencée en votre chère âme, la portant jusqu'à l'extrême perfection de son saint amour. C'est le souhait de celle qui en toute sincérité et respect demeure de tout son cœur, Madame, votre très-humble, etc.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Ne vers.

1 Voici comment l'Histoire de la fondation de Moulins explique celte réponse de la Sainle : « Madame de Montmorency, ayant oblenu uneguérison miraculeuse par l'intercession de saint Joseph, fit bâtir dans notre jardin une si belle chapelle que nos Sœurs en eurent de la peine, à cause de la simplicité recommandée par le Coutumier. Mais notre Bienheureuse Fondatrice résolut ce scrupule en approuvant la générosité de la princesse», par les lignes qu'on vient de lire.

un. 11

LETTRE MDCXXXII

A MONSIEUR NOËL BRULART, COMMANDEUR DE SILLUKY

A TARIS

Remercîments pour la promesse d'établir des Prêtres de la Mission dans le diocèse

de Genève.

VIVE •}- JÉSUS

[Annecy, 1639.]

Noire bon prélat a grands sentiments de la charité que votre bonté veut faire aux âmes de ce diocèse ' ; certes elle est grande, mon très-cher Père, et pour la gloire de Dieu. Ce diocèse étant si étendu et dans plusieurs lieux bien inaccessibles, il est besoin qu'il y ait des hommes qui aient des cœurs apostoliques. Oh! quelle précieuse couronne Noire-Seigneur prépare à voire chère âme pour tant et de si grandes œuvres de vraie et solide piété! J'en ai des sentiments inexplicables, et envers la bonté de la souveraine Providence sur vous et sur ce cher diocèse. Je le supplie d'accomplir ses hauts desseins en vous. Je suis toujours plus, votre, etc.

J'ajoute ce mot pour vous dire qu'au reste, plus nous considérons cette sacrée inspiration que la souveraine Providence de notre bon Dieu a versée dans votre digne cœur, pour l'établissement de ces bons ouvriers en ce diocèse, plus nous en sommes ravis, Mgr de Genève, moi, et tous ceux qui entendent parler de la charité de notre cher Père et pasteur, laquelle se perfectionnant dans le ciel, vous a obtenu cette chère et précieuse pensée pour le salut peut-être d'un million d'âmes dans son cher troupeau ; car cet évèché étant si étendu, si nombreux en peuple, et si voisin de la malheureuse Genève, ce secours y était tout à fait nécessaire. Ah I mon vrai et très-cher Père, que vous êtes

1 Sainte J. P« de Chantai avait elle-même suggéré au commandeur de Billery la pensée de faire celte bonne œuvre.

heureux d'avoir été choisi de Dieu pour de si grandes œuvres ! Vos desseins, vos affections, vos biens, vos peines et toutes vos actions, et tout ce que vous êtes est tout employé à cette souveraine gloire de Dieu et salut des âmes rachetées de son sang, et au bien et conservation de notre petite Congrégation. Or je m'assure, mon très-cher Père, en la bonté de Dieu, qu'elle sera une couronne de gloire autour de votre tête ; je le désire du fond de mon âme, qui ne veut point être ingrate envers son tout bon et vrai Père, moyennant la grâce divine.

Je dis à notre bon M. Vincent que je crois que son zèle et piété lui feront faire cet établissement de ces bons Pères, si solidement que jamais il ne puisse être anéanti, ni par la disette des hommes, ni [par elle] des moyens qui pourraient arrivera sa Congrégation. Je m'assure, mon vrai Père, que vous ferez, sur la fermeté de cet établissement, tout ce qui se pourra humainement, afin que le salut des âmes en soit perpétuel. Je suis ravie d'admiration quand je vois le grand bien que ce dessein comprend pour les pauvres âmes. Dieu l'établisse selon son bon plaisir, et vous comble de plus en plus de l'abondance de toutes ses grâces ! Loué soit son très-saint Nom, mon très-cher et vrai Père !

LETTRE MDCXXXIII

A SAINT VINCENT DE PAUL

A PARIS

La Sainte se réjouit de l'arrivée des Prêtres de la Mission, et s'informe de ce qui est nécessaire à l'ameublement de leur maison.

vive ■{• JÉSUS !

Au reste, mon très-cher Père, ce m'est une consolation extrême d'espérer d'avoir ici de vos chers enfants; notre tout bon et cher Père M. le commandeur de Sillery nous l'a promis. N'est-il pas

incomparable en sa charité, et nous très-obligées à la divine Providence de nous avoir donné un tel appui? Bénie soit-elle éternellement! Vous nous manderez bien , mon très-cher Père, tout ce qui sera requis de faire et de savoir pour la consolation de ce bon serviteur de Dieu. Je supplie sa douceur infinie de vous conserver longuement pour sa gloire et l'utilité de la sainte Église. Conservez-moi eu votre souvenir devant Dieu et en votre affection paternelle, puisque je suis de tout mon cœur quoique indigne, etc.

[P. S.] Mon cher Père, quand je considère les fruits que ces deux bons ouvriers feront en ce grand et nombreux évèché, j'en suis ravie, et m'assure de votre piété et zèle en la divine gloire, (jue vous ferez faire cet établissement si solide, qu'il ne puisse jamais déchoir , ni pour la disette d'hommes ni de moyens qui pourrait arriver en votre Congrégation. Faites-nous aussi savoir comme il faut les lits et autres ameublements nécessaires à vos bons Pères.

LETTRE MDCXXXIV {Inédite)

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