‹ Lettres (volume 2)Chapitre 56 sur 163 · A LA MÈRE JEANNE-FRANÇOISE DE CHALLES · texte numérisé non relu

A LA MÈRE JEANNE-FRANÇOISE DE CHALLES

SUPÉRIEURE fi CHAUBBR1! '

Conseils pour le choix des Sœurs qui doivent être proposées à la prochaine élection, et le changement des oflicières.

VUE y JKSI'S!

Annecy, M août [1639].

Ma très-chère fille,

Voilà notre bon M. Marcher qui s'en va auprès de vous, mais un peu plus tôt que vous ne désiriez. — Quant aux propositions

1 Admise au monastère de Chamhéry dès 1624, mademoiselle de Challes y reçut plus tard le voile des mains de sainte J. F. de Chantai, qui voulut aussi lui donner son nom. Tout ce qui n'est pas Dieu ne m'est rien, telle était la devise de la nouvelle Religieuse ; mortification de soi-même et charité pour le

que vous me faites, je crois vous y avoir déjà répondu; il est bien fâcheux quand les lettres se perdent. Je vous répète que vous devez être remise sur votre catalogue, et vous disposer à porter plus courageusement le fardeau, si Notre-Seigneur a destiné que vous soyez réélue. Je ne sache point de Sœur dans votre maison qui soit encore propre à être proposée que vous et ma chère Sœur Anne-Françoise [Bertrand de la Perrouse]. Soit sur l'une ou sur l'autre que le sort tombe, j'espère que Dieu donnera sa bénédiction et sera Lui-même le conducteur. Notre chère Sœur M. -Julienne a, de vrai, bien les conditions; mais, étant si infirme de corps, je ne pense pas qu'elle eût la force de subsister à la peine qu'il faut pour une si grande communauté. Vous pourrez donc, avec vous et ma Sœur Anne-Françoise, mettre sur votre catalogue ma Sœur la déposée d'Aix. Pour ma Sœur Françoise-Gasparde [Favier], elle ne doit pas y être mise. S'il est besoin d'en rendre capable M. Maurice, vous lui direz tout simplement que, bien que cette chère Sœur soit très-bonne et très-vertueuse, que néanmoins l'expérience a fait voir que Dieu ne lui a pas donné les talents pour la conduite.

prochain, sa pratique continuelle. « Nous devrions arracher la paupière de nos yeux pour couvrir, si nous pouvions, les défauts de nos Sœurs » , disaitelle souvent. Ses rares vertus la firent choisir en 1637 pour succédera la Mère M. J. Favre, qui sembla lui avoir transmis le secret de guérir toutes les douleurs, et de faire goûter les plus sévères maximes évangéliques. Le monastère de Besançon jouit ensuite du bienfait de son religieux gouvernement ; mais l'élection de 1649 la rappela à Chambéry, où elle devait encore porter pendant douze ans le fardeau de la supériorité. La Mère Jeanne-Françoise, qui avait commencé et poursuivi l'œuvre de sa perfection dans le travail et le dévouement, dut la consommer clans la souffrance intérieure. Une vive impression de la sainteté de Dieu et de sa propre faiblesse la fit entrer dans ce redoutable purgatoire de l'âme, dont tant de Saints ont expérimenté les rigueurs, et qui rend si sensible la vérité de cette parole de l'Apôtre : « Noire Dieu est un feu consumant. » Après avoir élé purifiée comme l'or dans le creuset, le 5 décembre 1669 elle fut jugée digne d'entrer dans la structure de la céleste Jérusalem. [Année Sainte, XIIe volume.)

La maison d'Aoste est en tel état, que l'on ne la peut remettre

en l'état qu'elle devrait être.

Pour le changement de vos officières, c'est à celle qui sera élue à juger de ce qui sera bon d'être fait. Je pense pourtant que vous ferez bien de faire assistante ma Sœur Francoise- Gasparde. — Pour ce que vous devez à ce monastère, vous savez ce que je vous en ai écrit : pour les intérêts, il n'en faut point parler- pour le principal, j'espère aussi que Notre-Seigneur permettra que l'on ne le vous demandera pas, sinon que cette maison devienne bien pauvre et la vôtre bien riche, et que, par ce moyen, vous rendiez le réciproque. — Pour les coulpes que vous devez dire à votre déposition, c'est par exemple : Monseigneur ou mon Père, je dis très-humblement ma coulpe de n'avoir pas servi nos Sœurs avec assez de soin; je ne leur ai pas donné assez de confiance de s'adresser à moi dans leurs besoins; j'ai été aussi trop facile à parler sans nécessité au silence de la nuit. Voilà, ma fille, pour vous condescendre, que je vous marque comme il faut dire. C'est à vous de choisir ainsi quatre ou six des fautes à quoi vous connaîtrez avoir plus ordinairement manqué. Ma fille, M. Marcher vous dira le surplus, et moi, que de cœur je suis toule vôtre. Dieu soit béni et vous bénisse et toutes nos chères Sœurs, et les deux chères germaines. Quand enverrons-nous prendre notre tourière, et combien faut-il pour son hiver? Dites-le-moi.

Ma très-chère Sœur, je vous recommande grandement le paquet de Turin; remettez les lettres de madame la marquise de N. à M. Marcher, afin qu'il prenne la peine de les donner lui-même.

Conforme à une copie de l'original gardé* à la Visitation de Chambéry.

LETTRE MDCXXXV

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