AU NONCE APOSTOLIQUE DE TURIN
A TOBIN
Envoi d'une lettre du Nonce de Paris. — Humble prière de dissiper les préventions répandues contre l'Institut.
vive f JÉSUS !
[Annecy, 1638.] MOXSEIGXEUR,
Puisqu'il a plu à votre débonnaireté que je me sois donné l'honneur de lui écrire une fois, sur le sujet de la calomnie que l'on nous a imposée auprès de Votre Seigneurie Illustrissime,
1 On a peine à croire que des calomnies aussi absurdes aient pu trouver quelque croyance dans les esprits; elles s'évanouirent, il est vrai, ruais ce ne fut qu'après avoir donné le temps à sainte J. F. de Chantai et à ses filles de recueillir les fruits précieux de la patience et de l'amour du mépris.
je la supplie très-humblement me permettre encore de le faire, en lui envoyant la lettre de Mgr le Nonce de Paris, lequel a été prié de Messeigneurs les archevêque? nos Supérieurs de s'enquérir vers qui bon lui semblera de notre manière de procéder touchant la liberté de conscience pour les confessions, afin qu'il lui plût en rendre témoignage à Votre Seigneurie, comme font aussi plusieurs personnes de divers lieux, de grande probité et qualité, qui nous ont confessées longtemps ou connues particulièrement, lesquelles je m'assure, Monseigneur, que votre piété croira, s'il lui plaît, en faveur de notre innocence. Et comme le zèle de Votre Seigneurie l'a porté à communiquer l'avis qu'elle avait reçu pour remédier au mal, s'il y eût été, qu'aussi sa charité le presse de justifier un Ordre qui, par la grâce de Dieu, est très-innocent, épuré de tel abus, et lequel par ce moyen demeurera très-obligé à Votre Seigneurie , et à prier la souveraine Bonté pour sa prospérité. Que s'il juge qu'il soit besoin d'autres preuves, je m'assure que Messeigneurs les prélats de France les rendront au Saint-Père et à la Congrégation de Messeigneurs les Réguliers, puisque le sujet est important à la gloire de Dieu et au bien d'une Congrégation qui, grâce à la divine Bonté, a toujours rendu une bonne odeur partout où elle a été établie. Je demande en toute humilité votre sainte bénédiction, et suis votre, etc.
LETTRE AIDXXXIY
A MONSIEUR NOËL BRULART, COMMANDEUR DE SILLERY
A PARIS
Les calomnies répandues contre la Visitation obligent à ajourner la fondation de Turin. — Eloge des monastères d'Annecy et de Paris.
VIVE J JÉSUS.'
[Annecy, janvier 1638.]
Mon Dieu, mou très-honoré et très-cher Père, qu'il y a longtemps que je n'ai reçu de vos chères et aimables lettres 1 Mais
je ne le dis pas par reproche; non certes, car je sais bien que vous avez été grandement occupé en vos visites, et que votre tout bon cœur paternel ne m'y a point oubliée devant Dieu. Hélas! que j'en ai besoin de vos saintes prières, mon trèscher Père! Secourez-m'en bien, je vous supplie; car outre la grande perte et privation que je porte pour le trépas de feu notre bonne Mère Supérieure, il m'a fallu, pour satisfaire à l'obéissance et au désir de nos Sœurs, me laisser recharger de la conduite particulière de ce premier monastère, si, qu'avec les affaires qui nous viennent continuellement de nos maisons , je vous assure, mon très-cher Père, que j'en ai autant que j'en puis porter. Dieu veuille tout prendre à soi pour sa plus grande gloire.
L'on m'écrit que votre cœur tout bon et paternel est en peine sur notre passage à Turin, craignant que l'on ne m'y retienne; mais assurément je n'irai qu'avec le Bref d'assurance d'en pouvoir revenir quand je voudrai. Je ne suis nullement comprise dans la licence des Religieuses destinées à la fondation; cela nous fera passer notre hiver en repos, car il faudra du temps pour dévider cette fumée. Mais voyez, mon tout bon et cordial Père, ce que la souveraine Providence permet ! Elle tirera sa gloire et notre utilité de tout ceci sans doute. Cependant, nous attendons ce qu'opérera la lettre de Mgr le Nonce de Paris et les attestations de tant de personnes de qualité et \mots illisibles]. Il dit à un confesseur de l'une de nos maisons que l'on se cachait de lui pour cela, mais que l'on avait beau faire, qu'il serait bien force de lui parler, et que si les Religieuses allaient sans son aveu, qu'il les ferait retourner; et dit certaines paroles contre le Père dom Juste, lui attribuant ce secret, car il a certaine pointe contre lui. Mon bon et très-cher Père, je vous dis ainsi toutes nos petites affaires, il m'en fait grand bien. Je les laisse toutes entre les mains de notre bon Dieu. Je sais bien, et en ai la confiance, que tous ces mauvais bruits s'en iront en