SUPÉRIEURE DE LA COMMUNAUTÉ DE CHAMPL1TTE RÉFUGIÉE A GRAV
Bon état du monastère de Thonou. — Les malheurs du temps et l'autorisation de l'archevêque de Besançon justifient l'élection de la Mère H. F. Belin.
vive f jésus!
Thonon, 28 septembre [1639].
Ma tkès-chère fille, Avant que partir de notre monastère de Thonon, il faut que je vous fasse ce pelit billet pour saluer chèrement votre bon et cher cœur. J'ai été extrêmement consolée de voir la bonne con-
duite de la bonne petite Mère [de Rabutin] que vous connaissez, mais c'est Dieu qui conduit avec bénédiction par elle; car ce monastère a fait un changement nonpareil de bien en mieux ; et son saint Nom en soit béni et glorifié éternellement!
Je viens de recevoir une lettre de ma Sœur [Hélène-F« Belin] Supérieure de Besançon, laquelle me fait clairement voir son cœur et sa conduite ; car elle me parle avec une naïveté trèsgrande. Je ne puis douter que ce ne soit Dieu qui l'ait choisie pour la conduite de cette rnaison-là, bien qu'il serait à souhaiter qu'elle eût l'âge marqué en nos Constitutions; mais nous sommes en un temps si calamiteux qu'il ne serait pas à propos d'aller chercher des Supérieures hors de son monastère. Et c'est le sujet pourquoi Mgr l'archevêque de Besançon a permis qu'elle fût proposée. Il faut espérer que Dieu suppléera à ce défaut, puisque c'a été la nécessité qui l'a fait faire, et non pourtant aucune persuasion ni menée, et je connais par ses lettres une très-bonne conduite et une prudence et sagesse très-grandes, surtout en l'affliction de la contagion qui s'est prise en leur monastère. C'a été par le commandement de Mgr leur prélat, quoique bien à leur corps défendant pour ne le pas faire; mais il était tout à fait expédient pour éviter un1 mal plus grand. Je vous prie, ma chère fille, d'avoir grande union avec elle, par vos petites communications, et aussi avec la Mère de Fribourg; car je désire que ma grande fille fasse cela, pour faire, par ce moyen, que l'union se maintienne entre vous.
Ma toute très-chère fille, que mon chétif cœur chérit sincèrement, Dieu vous rende toute selon son Cœur divin et toutes vos chères Sœurs. Ma fille, priez bien toutes notre doux Sauveur qu'il me reçoive dans le sein de sa miséricorde au partir de cette vie, et que ce qui m'en reste soit tout employé selon son bon plaisir. Amen. Dieu soit béni! Je suis toute vôtre.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCXLIV
A MONSIEUR LE MARQUIS DE PIANESSE
A TURIN
Consolations sur la mort de Madame Matbilde de Savoie. — Abandon à la divine Providence au milieu des tribulations de la vie. La Sainte recommande le monastère de Turin à sa protection.
Vive f jésus!
[Annecy, 1639.]
Monsieur, J'ai reçu avec une sensible douleur de cœur la nouvelle du départ de Madame Malhilde, votre très-chère mère1, et ne regarde point vos afflictions qu'avec tendresse, admirant les voies de Dieu sur vous, lesquelles j'adore et révère avec vous d'une entière soumission à la très-sainte volonté de notre grand et très-miséricordieux Père céleste. J'honorais avec une trèsforte affection la très-vertueuse défunte ; mais, laissant à part les sentiments naturels causés par son absence visible, j'ai en mon âme une grande consolation de la savoir au port assuré de la bienheureuse éternité. Oh! que la grâce qu'elle a reçue de l'immense bonté de Dieu est grande! Et toutes choses considérées, je dis encore une fois de tout mon cœur: Oh! qu'elle est heureuse! et que nous avons bien sujet de nous réjouir de la félicité qu'elle possède, en espérance ou en effet!
1 « Madame Matbilde de Savoie étant tombée gravement malade à Suze, où elle avait suivi la cour, demanda elle-même les derniers sacrements (dit Y Histoire de la fondation de Turin) , et serrait fréquemment sur son cœur le petit crucifix dont notre Vénérable Mère lui avait fait présent, disant : « Ma «■ Mère et mes filles me porteront au ciel. Dieu sait que je les aime de tout « mon cœur, et que je n'ai pas eu de plus grand plaisir que de les servir et « assister. » Celle généreuse fondatrice les recommanda à Madame Royale et à M. le marquis de Pianesse, son fils, entre les bras duquel elle mourut le 7 septembre 1639. Peu auparavant elle avait envoyé à notre Vénérable Mère quelque petit présent de dévotion, lui protestant qu'elle mourait sa fille et sa Religieuse au rang des Sœurs domestiques, et que son amour plus fort que la mort passerait à l'éternité bienheureuse, qu'elle espérait obtenir par ses prières. »
Sitôt que j'eus reçu votre lettre, Monsieur, j'écrivis et fis écrire de ma part à tous nos monastères généralement, suppliant de faire offrir l'adorable sacrifice avec une communion générale pour le repos de cette chère âme, qui m'a intimement obligée es témoignages qu'elle m'a rendus de sa précieuse amitié; elle me sera toujours présente en mes pauvres prières. Et pour vous, Monsieur, je désirai, dès l'honneur que j'eus de votre connaissance, que votre âme et la mienne ne fussent qu'une en Dieu par une intime union à sa très-sainte volonté, que je connais être votre régente et souveraine gouvernante. Nous voici bien au temps et dans les occasions de jeter fixement notre regard en elle, et lui témoigner notre invariable fidélité en la pratique de cet incomparable document, qui est au chapitre du neuvième livre de V Amour divin : « Es-tu pris dans les filets des tribulations? Hé! ne regarde point ton aventure; regarde Dieu et le laisse faire. » Certes, Monsieur, il n'y a que ce seul refuge parmi tant d'orages; mais heureuse l'âme qui demeurera dans le saint tabernacle en repos et confiance, attendant le secours de la souveraine Providence, qui ne manque à ceux qui espèrent en elle !
Je ne suis pas sans peine de nos pauvres Sœurs de Turin, en cas que la paix ne se fasse point, car leur maison est toute à la batterie, à ce que l'on nous dit. Votre Excellence, qui sait les affaires du monde, leur donnera, s'il lui plaît, les conseils qu'elle jugera leur être nécessaires ; je l'en supplie très-humblement. Que si la souveraine douceur de notre bon Dieu vous donnait une sainte paix, hélas! que de bonheur et de sujet de le bénir! Je ne douterais nullement, Monsieur, que votre bonté ne pourvût avec un soin et dilection toute paternelle à l'affermissement de leur établissement et à leur consolation ; j'aurais mon entier soulagement de ce côté-là. Notre débonnaire Sauveur ait pitié de nous, et vous conserve et protège en tous vos besoins et affaires.
Il me semble, Monsieur, que vous témoignez de désirer garder le crucifix que nous avions envoyé à feu madame voire mère ; il est tout vôtre, et ne laissera d'être mien demeurant nôtre entre vos mains. Gardez-le donc, je vous prie, et croyez que mon àme vous chérit et honore avec toute l'affection qui lui est possible. Ne m'oubliez jamais devant Dieu, et croyez que vous m'y serez toujours présent, vous souhaitant incessamment les richesses du saint amour. Je demeure en tout respect, Monsieur, votre, etc.
LETTRE MDCXLV (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-A1MÉE DE RABUTIN