SUPÉRIEURE A THONON
Tendre sollicitude poirr cette Supérieure.
Ma très-chère fille, ce n'est que pour saluer très-chèrement votre tout bon cœur, et le conjurer de bénir Dieu avec nous de toutes ses miséricordes. Recommandez-moi bien à sa Bonté que je salue avec nos bonnes dames.
Voyez-vous, je n'ai loisir d'écrire; mais si vous faites bien ce que je vous dis dans ma dernière lettre, vous serez toujours plus ma chère fille, que j'aime uniquement. Je salue toutes nos Sœurs. Dieu soit loué, ma très-chère fille, et vous bénisse toutes. Amen.
Je vous ai songé cette nuit avec un visage pâle et défait, comme l'on vous a dépeinte. Certes, ma chère fille, je ne puis avoir consolation de cela : si vous vous amendez, je pardonnerai tout, sinon, de vrai, je demeurerai en mon mécontentement, et d'autant plus que je vois que même vous n'obéissez pas à M. votre Supérieur, en ce qu'il vous commande pour votre soulagement. De vrai, cela n'est pas selon la vertu, bien que
sous beau prétexte. — J'ai reçu votre sacrifice; je l'offrirai demain à Notre-Seigneur à la sainte communion, Dieu aidant, avec le mien. Je supplie la divine Bonté de consumer l'un et l'autre au feu de son pur amour, et que jamais nous ne reprenions ce que nous avons donné.
Ma vraie très-chère fille, que j'aime certes uniquement, je vous conjure d'avoir de la santé, que je désire plus que la mienne propre. Nous sommes revenues heureusement, grâce à Dieu, que je supplie vous combler de son saint amour. Mille saints à toutes nos chères Sœurs et à nos dames. — 1er octobre.
Cette letlre est formée de quatre post-scriptum ajoutés par la Sainte à différentes lettres que des Sœurs d'Annecy adressaient à la Mère de Rabutin en cette année 1639.
LETTRE MDCXLVI
A LA SOEUR LOUISE-DOROTHÉE DE MARIGMY
A MONTPELLIER
Estime pour la Mère M. A. de Habutin. — Il est dangereux de recevoir des Religieuses d'un autre Ordre.
vive -f- JÉSUS !
[Annecy], A octobre 1639.
Ma très-chère fille,
Ce mot est pour vous saluer par celte bonne occasion de ce bon Monsieur, frère de Monseigneur, et pour vous dire que, grâce à Dieu , nous nous portons bien. Il y a trois ou quatre jours que nous sommes de retour d'un petit voyage que nous avons fait à Thonon , où j'ai reçu grande consolation de voir l'avancement que ces chères Sœurs ont fait sous la bonne conduite de cette jeune Mère. Dieu donne grande bénédiction à sa conduite. C'est une âme vraiment humble; et, pour cela, la grâce de Dieu habite en elle, et fait par elle ce saint ouvrage.
Je ne réponds pas à vos dernières, parce que les vôtres précédentes me disaient presque les mêmes choses, sinon le changement qui était survenu à ces Religieuses que vous avez de ce
prieuré. L'on voit par là comme il est dangereux de nous mélanger avec des Religieuses d'un autre Ordre; c'est une grande charge dans un monastère. Je n'ai rien à vous dire sur cela ; car je trouve que vous vous y êtes bien comportée. Donc, ma très-chère fille, celle que je vous ai écrite par un jeune homme parisien , fort assuré, et qui était la réponse de la vôtre précédente, répondait aussi à tout ce que la vôtre dernière disait, excepté ce susdit point. Ce m'est bien du contentement de savoir toujours un peu de vos nouvelles, mais je m'aperçois que les lettres se perdent bien par les chemins. Priez toujours bien Dieu pour la sainte paix , à ce qu'il plaise à notre bon Dieu nous la donner, si c'est son bon plaisir. Je me recommande à vos prières, et vous assure que je suis de tout mon cœur d'une entière affection, ma très-chère fille, votre trèshumble, etc.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCXLVII (Inédite)
A LA SOEUR JEAXXE-FRAXÇOISE POXSILLIOX
1 TURIN
Encouragement à servir Dieu avec allégresse et générosité. — Messages.
vive -J- JÉSUS !
[Annecy], 12 octobre [1639].
Il faut que de ma propre main et de tout mon cœur je vous dise que vous êtes ma très-chère fille et bien-aimée filleule ', à qui je souhaite une grande générosité et sainte allégresse d'esprit. Oui, ma fille, il la faut avoir pour faire et souffrir
1 Cette Religieuse, à qui la Sainte donne le titre si affectueux de filleule, n'était autre que la comtesse Provane de Leyni, née Ponsillion. Pendant plusieurs années elle avait vécu dans le monde comme n'étant pas du monde,
tout ce qu'il plaira à ce bon Dieu vous envoyer, et ne faut plus pleurer cette chétive marraine et indigne, mais bien prier Dieu pour elle. Oh! que je suis contente de savoir votre cher cœur renouvelé en paix et vigueur pour le saint amour. Conservez bien ce cher sentiment divin; ne vous étonnez point de vos défauts, embrassez votre abjection et ne vous laissez jamais abattre, mais relevez toujours votre cœur dans ce doux Cœur de notre souverain Bien , le divin Jésus , qui soit éternellement béni et glorifié de nos âmes. Amen.
Quand vous écrirez à la très-bonne signora votre chère mère, saluez-la étroitement de ma part; je l'aime et l'estime plus que je ne puis dire et ses chers petits-enfants, que je prie Dieu bénir et leur conserver leur bonne grand'mère, la comblant de son saint amour. — Je vous prie , ma chère filleule , de saluer tendrement de ma part toutes nos bien-aimées novices; certes, je les porte toutes dans mon cœur comme mes filles très-chères, auxquelles je souhaite sincèrement toute sainte perfection, surtout celle de la sainte douceur, obéissance et allégresse d'esprit. Et, vous embrassant toutes, professes et novices, avec les plus tendres affections de mon cœur, je demeure toujours de toutes, ma très-chère fille, votre très-humble, etc.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Sorésine (Lombardie) ,
et dès que la mort de son époux lui eut rendu la liberté, elle confia ses enfants aux soins de leur grand'mère et sollicita une dernière place dans la maison du Seigneur. Admise à la Visitation de Turin, la généreuse veuve se livra sans mesure à la grâce, et se distingua par la pratique de toutes les vertus, surtout par une abnégation portée jusqu'à l'héroïsme. Sainte J. F. de Chantai l'assura que sa fille alors âgée de quatre ans la rejoindrait un jour dans le cloître, ce qui s'est réalisé en la personne de Soeur Gertrude- Elisabeth Provane de Leyni , qui fut une des grandes Supérieures du monastère de Turin.
LETTRE MDCXLVIII
A MOMSIEUR TRUITAT