‹ Lettres (volume 2)Chapitre 64 sur 163 · SUPÉRIEURE AU DEUXIÈME MONASTÈRE DE PARIS · texte numérisé non relu

SUPÉRIEURE AU DEUXIÈME MONASTÈRE DE PARIS

Satisfaction que la Sainte a reçue du bon état de la maison de Thonon. — Rédiger la relation d'un miracle opéré par saint François de Sales. — Mort de Sœur A.-Marg. de la Luxière.

[Annecy], 19 octobre [1639].

Ma toute très-chère fille,

La douceur de votre affection touche mon cœur, qui réciproquement vous chérit plus que nous ne saurions dire , et toute votre bénite famille,, entre laquelle la chère Sœur A.-Marg. [Guérin] m'est aussi bien chère. Je vous assure, ma très-chère fille, que je suis tant accablée de la multitude de lettres qui m'arrivent, des affaires, et meshui de la vieillesse, que j'ai peine à fournir, encore que j'aie trois Sœurs qui m'aident. Outre cela j'ai été absente un mois. J'ai visité notre cher monastère de Thonon où j'ai reçu entière satisfaction de la vertu et bonne

conduite de ma Sœur M. -Aimée de Rabutin. C'est une âme faite, à mon avis, au gré de Notre-Seigneur ; mais, las! pour me donner le contre-poids, je l'ai trouvée tout infirme. Le saint Nom de Dieu soit béni, et fasse toujours et en tout sa très-sainte volonté en nous. Ma fille très-chère, je vous conjure que vous et toutes nos bonnes Sœurs , vous m'obteniez cette grâce de sa divine Bonté, que je vive et meure en sa grâce et bon plaisir ; et laissez-lui un peu faire de ma vie ce qu'il lui plaira.

Que ce nous a été une grande consolation que de savoir ce qui est arrivé à M. votre bon confesseur, par les mérites de notre saint et bienheureux Père ! Bénie soit l'infinie bonté de Dieu qui glorifie son Serviteur, et nous fasse la grâce d'être fidèles à ses saintes instructions. Tenez main à faire recueillir ce miracle. Je crois que celui de la guérison de la dame abbesse qui l'obtint en votre église le sera. Il en est arrivé un à Chambéry; et ici une damoiselle s'en est allée en bonne santé, qui était malade il y avait deux ans.

Que vous faites bien de ne point vous empresser pour les fondations. Je crains que nous n'ayons plus de maisons que de Mères; il en est mort une très-bonne qui était de céans '. — Je crois que vous recommandez bien à Dieu l'affaire du Visiteur. Ma toute chère fille, je suis tout à vous de cœur. Dieu vous comble de grâces et toutes nos Sœurs que je salue.

Conforme à une copie gardée au deuiième monastère de la Visitation de Paris.

i Sœur Anne-Marguerite de la Luxière, décédée à Draguignan le 8 août 1639.

LETTRE MDCLI

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY

SUPÉRIEURE .1 BOURG EX BRESSE

Désir de la bienheureuse éternité. — Nouvelles des Sœurs de Turin. — Entretenir de charitables relations avec les deux monastères de Lyon.

vive -J- jrésus !

[Annecy], 1er novembre [1639].

Ma très-chère fille,

Ce divin Sauveur soit éternellement béni de la sainte gloire et félicité dont II fait jouir ses Saints! car c'est aujourd'hui leur grande fête. Hélas! et quand sera-ce, ma bien-aimée fille, que nous participerons à leur sainte félicité? Mon Dieu! que notre pèlerinage est long! et que cette vie serait ennuyeuse si l'on n'y trouvait le très-saint bon plaisir de Dieu, que je supplie vouloir être toute notre consolation, en cette vie et en l'autre, par une très-parfaite obéissance à tout ce qu'il lui plaira faire de nous et de toutes choses. Vous vous plaignez toujours de n'avoir point de nos nouvelles, et il me semble qu'il est vrai que je ne manque point de répondre à toutes celles que je reçois de vous; mais votre affection toute parfaite pour moi vous a toujours donné cette avidité. Or je vais maintenant prendre la voie de Belley pour vous écrire; nous verrons si elle réussira mieux, vous nous le ferez savoir.

Hélas! je ne vous sais que dire de nos pauvres chères Sœurs de Turin, sinon que parmi le déluge des canons et mousquetades qui les environnaient , et des continuelles alarmes de guerre, Dieu les a conservées, bien qu'elles aient eu à leur part soixante boulets de canon. Dieu a préservé leurs personnes et elles sont demeurées dans une grande paix, toujours dans la disposition d'être tuées. Je veux espérer de la divine Bonté et de la protection de la très-sainte Vierge et de nos saints Protecteurs, que ce bonheur leur sera continué, ainsi que de tout mon

cœur j'en supplie notre divin Sauveur, et vous supplie que vos Sœurs avec nous et celles de votre voisinage les aient en grande recommandation.

Je voudrais que vous m'eussiez envoyé cette lettre piquante. Voyez-vous, ma chère fille, il faut dissimuler tout cela, et ne lui donner aucun signe que vous sachiez ce qu'elle ne vous dit pas, afin qu'il ne lui semble pas, et aux autres, que vous les vouliez tenir en tutelle et toujours gouverner. Ce n'est pas votre intention, je le sais bien; mais je vois que l'on se rend si douillet qu'il faut bien peser ce que nous disons. Croyez-moi en ce que je vous dis : ne traitez ensemble que de cordialité , et vous gardez d'échapper une seule parole par écrit , ni à qui que ce soit, qui ne soit totalement détrempée dans l'esprit de vraie douceur et ne ressente la parfaite union et cordialité. Vous faites excellemment de ne penser ni de parler de retourner en Bellecour. Il y a du temps d'ici à la fin de votre triennal; nous verrons d'ici là ce que Dieu disposera et requerra de vous. Mais cependant, donnez-moi ce contentement de nourrir et cultiver la paix avec les deux maisous de Lyon, sans empressement, mais tout simplement et cordialement : vous m'entendez bieu. — Mon Dieu ! serait-il bien possible qu'il ne se trouvât point de fille chez vous pour vous succéder? Cela est fâcheux d'être toujours à pain quérir; et à Saint-Amour, n'y en a-t-il point?

Or sus, il faut finir, ma toute vraie et très-chère fille; vous savez ce que je vous suis, toute vôtre et de cœur invariable. Dieu soit notre tout, et soit éternellement béni et loué de nos âmes, et sa sainte Mère en son rang, et tous nos bénis Saints , et notre débonnaire Père , avec nos bonnes chères Mères et Sœurs! Hélas! je les supplie qu'ils nous protègent et nous aident. Dieu soit béni! Amen!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MDCLII

A MONSIEUR LE MARQUIS DE PIANESSE

A TURIX

Combien est précieux à la Sainte uu souvenir que lui a fait remettre feu Madame Mathilde de Savoie. — Promesse de prières.

VIVE f JÉSUS !

[Annecy, 1639.]

Monsieur,

Vos lettres me sont toujours très-chères et à grande consolation; mais je supplie très-humblement Votre Excellence de n'user plus d'aucune excuse envers moi, pour quoi que ce soit, NJotre- Seigneur ayant mis une certaine confiance en mon âme pour la vôtre , qui m'affranchit de tout soupçon , de toute défîauce envers vous, Monsieur, quoi qu'il puisse arriver. Je tiendrai bien cher ce que Votre Excellence m'a envoyé par l'ordre de feu madame votre très-vertueuse mère : ce me sera un gage précieux du souvenir et bienveillance qu'elle me témoigna dans un détroit où l'on s'oublie volontiers de toutes créatures. Elle savait bien (ce qui est vrai) que je l'honorais parfaitement. Il n'est point besoin que vous m'envoyiez des«crucifîx. Je me sens obligée à Votre Excellence que vous veuilliez garder celui qui était à la bonne défunte.

Assurez-vous , Monsieur , qu'il n'y a créature au monde qui me soit plus précieuse devant Dieu que Votre Excellence , surtout maintenant que je vous sais dans les périls si grands et qui causent souvent des atteintes dans mon cœur. Dieu , par son infinie miséricorde, vous tienne sous sa sainte protection! Il est évident que souvent II vous sert de bouclier, et je veux espérer que sa Bonté vous continuera sa sainte lumière, toujours et en toutes choses, surtout en l'affaire si importante que vous nous recommandez pour connaître sa divine volonté, et vous donnera la grâce de l'accomplir; car je sais que cela est

la grande et unique ambition de votre cœur, que je supplie la souveraine Bonté de combler des trésors de son amour. Ne m'oubliez point en vos prières, je vous supplie , et me faites l'honneur de me tenir toujours, Monsieur, pour votre, etc.

LETTRE MDCLIII

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