‹ Lettres (volume 2)Chapitre 65 sur 163 · SUPÉRIEURE A BESANÇON · texte numérisé non relu

SUPÉRIEURE A BESANÇON

Dieu nous donne les biens et les maux avec une égale bonté. — L'amour de l'abjection est la crème de l'bumilité. — Eviter tout examen inutile.

vive -j* jésus!

[Annecy, 1639.]

Ma très-chère fille,

Quelle consolation de voir le changement que Dieu a fait en vous ! Voilà les fruits de la sainte patience et résignation qu'il vous a fait pratiquer dans les angoisses et les tentations dont la divine Providence a voulu vous exercer et épurer comme l'or dans la fournaise. Bénie soit éternellement cette infinie Bonté ! C'est une grande douceur, ma très-chère fille, de se trouver dans

1 Pendant toute sa vie, la Mère Belin expérimenta combien est vraie la parole de sainte Tbérèse : Le privilège des amis de Nôtre-Seigneur ici-bas est d'y souffrir beaucoup. Des premières reçues à la fondation de Besançon, elle marcha vaillamment à la conquête du pur amour, et en 1639 les suffrages de la communauté l'appelèrent à remplacer la Mère Mad.-Séraphine Maréchal. Cette élection prématurée devint le signal des peines les plus accablantes. Le Christ, se détachant un jour de la croix des processions, tomba entre ses bras et lui dit au fond du cœur : « Ma fille, tu n'auras plus que moi, mais je serai ta force!... » Mgr l'archevêque, prévenu contre cette digne Supérieure, empêcha sa réélection et l'envoya au monastère de Gray. L'air doux, silencieux, rabaissé, de l'innocente persécutée suffit à sa justification, et bientôt les Sœurs fondatrices de Salins obtinrent la grâce de l'associer à leur mission. Après avoir admiré en sa conduite l'assemblage de toutes les vertus monastiques, elles l'élurent Supérieure en 1049 et la réélirent en 1658. La Providence, dans ses secrets conseils, n'avait

le calme après un si rude orage, pourvu que l'esprit soit toujours disposé à recevoir avec indifférence l'amer comme le doux, en regardant la très-sainte volonté de Dieu ; car, ma fille, Il nous donne l'un et l'autre avec un égal amour; et bien souvent les travaux, avec une toute spéciale grâce et profit de nos âmes.

Votre oraison est totalement bonne, sainte et solide; il ne faut que tenir votre esprit affermi en cette douce et tranquille attention de simple regard en Dieu. Selon le récit que vous me faites de votre disposition, de vos sentiments et pratiques, je trouve que tout cela va parfaitement bien. Il ne faut que persévérer fidèlement dans le désir de l'humilité et l'amour de votre abjection, qui en est la crème et plus solide pratique; c'est un grand trésor et une grâce qui attire en l'âme toutes les autres grâces et Dieu même, qui se plait avec les petits. Demeurez là, ma fille, et soyez inviolable en la pratique de cette sainte vertu, sans pointiller autour d'elle ni examiner s'il y a de la subtile vanité là dedans. Non, je vous prie; s'il vous en paraît quelque chose, déniant les actes à telles subtilités et recherches de votre amour propre, ne faites rien, pas même semblant de les voir; et laissez le soin à notre adorable Sauveur de vous purifier de cela et de toutes les autres petites imperfections dont notre nature

permis cette espèce de réparation à l'égard de la Mère Belin, que pour donner à son àrae de nouveaux traits de ressemblance avec Jésus, Homme de douleurs. Mais persuadée que toute créature peut devenir, messager du vouloir divin, instrument salutaire et efficace pour opérer le travail de vie et de mort que l'Esprit-Saint requiert de l'âme désireuse de la sainteté, elle regarda Dieu et laissa faire... Sa plus douloureuse angoisse dut être la privation de la communion journalière qu'elle faisait depuis quatorze ans... A Belley, où son frère était évèque, tout changea de face : Dieu bénit son gouvernement, et lui fit goûter la manne promise aux victorieux.

De retour à Besançon, la Mère Belin y parut consommée en sainteté, brillante comme un diamant taillé par des mains habiles. La croix avait opéré cet heureux effet en l'âme de la vénérable Religieuse, qui, le 12 mars 1695, alla présenter au Seigneur l'hommage de soixante-trois années de fidélité à son divin service. [Année, Sainte IIIe volume.)

est chargée. Prenez le seul soin de regarder sa Bonté, selon votre attrait, faisant le bien à mesure que sa Providence vous le montrera en chaque moment, sans vous charger davantage; la sainte simplicité étant uniquement propre à votre voie, c'est ce qui est cause que vous avez peine à réfléchir, ce qu'il vous faut absolument retrancher. Vous faites bien de ne guère communiquer votre intérieur; peu de personnes entendent ce chemin et voie si simple. Obligez-moi, ma chère fille, de me recommander souvent à la divine miséricorde; je vous en supplie et toutes nos Sœurs que je salue, étant tout entièrement votre, etc.

LETTRE MDCLIV {Inédite) A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAU MONT

SUPÉRIEURE A PIGNBHOL

Compassion pour une âme faible.

vive f jésus!

[Annecy], 15 novembre [1639].

Mon Dieu ! vous me dites en deux mots l'esprit de notre Sœur N. N'est-ce pas misère que cet aveuglement de propre estime? Dieu la guérisse! Mais je suis encore plus touchée de notre pauvre Sœur, quand je me souviens des bonnes dispositions de cette âme-là et des grâces que Dieu lui a faites; car sa candeur, sincérité et observance étaient remarquables, et s'acquittait très-bien de tout ce à quoi on l'employait, bien que toujours avec ce naturel lent et froid. Pour les comptes, nous n'avions point de Sœur qui les dressât mieux. Mon Dieu! ma toute chère fille, que cela me touche le cœur, quand je vois des âmes déchoir ainsi ! Il s'y trouve encore un bon fond, mais dans un esprit si abattu que cela me fait grande pitié. Je sais que votre bon cœur n'oublie rien pour l'aider à se relever; les témoignages de votre amour cordialement maternel lui profiteront beaucoup. Certes, je la fais un peu piquer par N.; mais vin. 13

dites, ma toute chère Sœur, penserez-vous qu'en une autre maison, elle pût se mieux relever et servir? Au moins, m'est-il avis que difficilement trouverait-elle une Mère qui la pût si bien ni si utilement aider que vous.

Vous voyez que mon esprit recherche, car cette âme me fait compassion de la savoir ainsi inutile et de fâcheuse humeur. Dieu, par sa bonté, en ait pitié et lui donne ce qui lui est nécessaire! Mais surtout je supplie son infinie douceur de vous conserver, ma vraie très-chère fille, et vous combler des grâces de son saint amour, et toutes nos Sœurs, que je salue avec vous, et suis de cœur invariablement et absolument toute vôtre.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Pignerol.

LETTRE MDCLV

A MONSIEUR TRUITAT

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