CONFESSEUR DES RELIGIEUSES DE LA VISITATION, A TURIN
Sollicitude pour les Sœurs de Turin. Reconnaissance des soins dont il les entoure.
vive ■{• jésus!
[Annecy], 15 novembre [1639].
Monsieur,
Je supplie notre très-débonnaire Sauveur de vous avoir en sa divine protection et vous conserver erarai tant de périls. Hélas ! Monsieur, que je suis en grande peine , et de nos pauvres Sœurs et de vous, que Dieu leur a donné pour leur bonheur en toute façon! et j'espère que cette douce et paternelle Providence aura soin de tous. Je l'en supplie incessamment, et qu'elle nous donne la force et la grâce de porter tous les événements de son bon plaisir, selon ce même bon plaisir, afin qu'éternellement nous le bénissions de ses miséricordes.
Ma Sœur la Supérieure ne se peut taire des grandes et utiles assistances qu'elles reçoivent de voire bonté, et me témoigne un contentement accompli de votre sage et pieuse conduite
en toutes choses, dont chacun reçoit édification, et toute la communauté très-grande consolation, et sujet de bénir Dieu de leur avoir donné un tel secours dans leurs besoins et un si vertueux confesseur. La divine Providence vous avait réservé pour cela, Monsieur. Je la supplie que ce soit pour longues années à sa très-grande gloire. Ne m'oubliez point en vos saints sacrifices, et croyez que je suis de cœur votre très-humble servante en Notre-Seigneur.
Conforme à l'original gardé au* Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCLVI (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUTIN
SUPÉRIEURE A THOXOV
Mesures à prendre pour se garantir de la peste.
vive -j- JÉSUS !
[Annecy], 21 novembre 1639.
Ma très-chère fille,
Je bénis le saint Nom de Dieu en toutes nos afflictions! Je sais que sa divine Providence vous tient en sa paternelle et spéciale protection ; c'est ce qui me console dans les appréhensions inévitables de vous savoir en lieu où est la peste, me confiant que cette infinie bonté vous préservera. Mais je vous dis de la part de Monseigneur et de tout mon cœur que vous soyez sur vos gardes le plus qu'il vous sera possible, et que, si quelque accident de mal arrive à vos Sœurs, bien qu'il ne soit pas découvert être de peste, que vous vous gardiez bien de les approcher, et ne manquez de prendre une fois la semaine de la thériaque et tous les matins de ce préservatif dont l'on vous envoie le mémoire. Mais , aurez-vous quelque Sœur généreuse qui franchement s'expose, si Dieu permettait qu'il y eût du mal chez vous, ce que j'espère qui n'arrivera pas?
Je suis bien en peine de ce que vous n'avez pas vos provisions
de blé et de vin; de les prendre ici, c'est chose impossible. M. Quêtant viendra vendredi ici; nous conférerons de tous vos besoins et des remèdes qui s'y pourront apporter, et croyez que nous ferons tout ce que nous pourrons, Dieu aidant.
Or, je ne puis répondre à vos lettres, par lesquelles je vois combien vous êtes chère à Dieu. Tenez-vous fort joyeuse et vos Sœurs aussi. Gardez-vous de vos tourières que je pense qu'il vous faudra envoyer à N. , afin de vous faire là quelques provisions, mais nous parlerons de tout à M. Quêtant; et pour l'entrée de votre prêtre, il faudra craindre M. Dunant. Ce porteur presse ; je me réserve pour l'homme de M. Quêtant. Ce n'est pas le temps de se mal nourrir. Prenez comme de la main de Dieu ce qui vous sera donné; je le supplie vous conserver et toutes nos Sœurs. Ne doutez pas que vous ne nous soyez fort présente devant Dieu, qui soit béni. — Jour des renouvellements.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCLVII (Inédite)
A LA SOEUR MARIE-MADELEINE DE GRANIEU
A GRFA'OBLK
C'est par une disposition de la Providence qu'elle a été envoyée au monastère de Grenoble. — Encouragements.
vive -J- jésus!
[Annecy], 29 novembre [1639].
Ma très-chère et biex-aimée fille, Je viens par ce billet saluer votre tout bon cœur et lui demander cordialement de ses chères nouvelles, m'assurant qu'elle me les donnera avec une entière confiance, puisqu'il est vrai qu'après la bonne Mère je ne veux pas céder à personne en affection et désir de votre vrai bien et repos, pour lequel, ma fille, je voudrais donner mes yeux si Dieu le requérait ainsi; et, avec sa grâce, croyez que je les donnerais de bon cœur, mais sa Bonté n'a que faire de moi pour parfaire sa sainte œuvre en
vous. 0 ma toute chère fille! je tiens que c'est par sa sacrée inspiration que madame votre très-vertueuse mère vous a attirée vers elle parmi nos chères Sœurs ', et que là, vous trouverez des soulagements et des remèdes impossibles à rencontrer ailleurs. Correspondez fidèlement aux desseins et dispositions de la très-douce Providence sur vous, faisant généreusement tout le bien que vous connaîtrez que sa sagesse désirera de vous, par les bons conseils qui vous seront donnés, et surtout soyez fidèle aux lumières intérieures que sa Bonté vous départira, car je sais qu'elles ne vous manquent pas. Nous ferons faire des prières particulières pour vous, ma très-chère fille, à qui mon cœur souhaite abondance de grâces célestes en cette vie et l'immortelle félicité en l'autre. Faites le même souhait pour moi, qui suis toute vôtre.
Je salue ma très-chère Sœur la Supérieure et nos bonnes Sœurs; je leur demande l'aide de leurs prières.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.
LETTRE MDCLVIII
A SAINT VINCENT DE PAUL
h r.iitis Espérance de voir saint Vincent de Paul faire un voyage à Annecy.
vive -J- jésus!
[Annecy, 1639.J
Ah! mon très-cher Père, serait-il bien possible que mon Dieu me fit la grâce de vous amener en ce pays? Ce serait bien la plus grande consolation que je puisse avoir en ce monde. Je suis persuadée que ce serait par une spéciale miséricorde pour mon àme qui en serait entièrement soulagée , à ce qu'il me semble, en quelque peine intérieure que je porte, il y a plus de quatre ans, et qui me sert de martyre.
1 Madame de Granieu avait obtenu que sa fille passât du monastère de Chambéry à celui de Grenoble.
LETTRE MDCLIX
A MONSIEUR NOËL BRULART, COMMANDEUR DE SILLERY
A PARIS
Souhaits de bénédictions. — De quel secours est à un pauvre prêtre la fondation de la messe quotidienne. — Avantage des Missions dans le diocèse de Genève.
vive f JÉSUS !
[Annecy], 12 décembre [1639].
Mon très-honoré et très-unique Père,
Ce billet vous trouvera dans la solennité de ces incompréhensibles mystères de notre Rédemption, et je vais en esprit dire à l'oreille de votre cœur tout dévot, mais avec toutes les plus cordiales affections du mien : 0 mon très-cher et vrai Père, qu'à jamais soyez-vous béni et comblé des sacrés mérites et saintes consolations de la divine enfance de notre doux et trèsdébonnaire Sauveur! Amen. Oh! que ces mystères sont suaves et adorables!
Mon très-bon et cher Père , j'ai confiance que vous ne m'oubliez jamais en vos saints sacrifices. Hélas! que j'ai de besoin d'en être aidée, afin que Noire-Seigneur m'octroie la miséricorde de vivre et mourir en sa grâce et bon plaisir. Il faut que je vous dise, mon très-cher Père, une consolation toute particulière que j'ai eue, considérant la douceur de la céleste Providence en l'emploi de vos charités, qui me fait connaître combien sa Bonté les a agréables. Sachez donc, mon trèscher Père, que la pension de votre messe de fondation est venue si à propos pour aider à sustenter et nourrir deux très-vertueux ecclésiastiques : un vieillard vénérable et son neveu , personnages de très-bonne maison et qui avaient des grandes commodités en Bourgogne. Us ont tout perdu et se sont réfugiés ici, où ils eussent pâti de très-grandes nécessités sans ce céleste secours ; car il semble que ce petit retardement de la fondation ne se fit qu'afin que ces bonnes âmes en fussent aidées , car ils
arrivèrent en même temps que vous nous le mandâtes. Je vous confesse, mon très-cher Père, que ce trait de la Providence m'a fort consolée, voyant le soin qu'elle a de ceux qui se confient en elle et se soumettent de bon cœur à sa très-sainte volonté, comme font ces vertueux ecclésiastiques. Le neveu dit les messes, car le bon vieillard est souvent malade. Je ne sus m'empêcher de vous dire cela, mon très-cher Père; je crois que votre bonté en sera consolée.
Je crois que vous aurez reçu nos dernières lettres, où je dis tout avec une entière soumission et confiance que votre incomparable charité et affection parfera l'affaire du Visiteur. — Je ne puis me lasser d'admirer les fruits que Dieu tire pour sa gloire et le bien des âmes, de la vôtre bénite et très-chère, mon vrai unique Père. Oh ! qu'il y a grand sujet d'en louer et remercier sa divine Majesté! Un Père de l'Oratoire fut, il y a quelque temps, en une certaine paroisse de ce diocèse : il dit que les âmes y sont en grandes bonnes dispositions et altérées du bien. Oh Dieu ! mon très-cher Père, il y en a six cents en ce diocèse, presque toutes catholiques. Eh ! quelle abondante moisson feront ces chers ouvriers ! et tout cela pour combler de plus en plus la trèsbonne âme de mon vrai Père de richesses spirituelles. Oui, sans doute ; car je ne crois pas qu'il se puisse faire une bonne œuvre, en fait de mission, qui embrasse et contienne tant de mérites que celle-ci. Dieu en soit glorifié éternellement, qui l'a si saintement inspirée à votre chère âme !
Par mes dernières, je vous ai tout écrit, mon très-cher Père, et ne pensais vous dire qu'une douzaine de paroles, mais avec vous je ne puis être si courte. J'ai une défluxion sur les yeux, qui me fait encore plus tôt finir, en vous souhaitant derechef, mon très-unique Père, les plus suaves et précieuses grâces de notre bon Dieu, et que toujours vous teniez dans votre cœur paternel votre très-humble et obéissante et obligée fille et servante, etc.
Conforme à l'original gardé à la Visitation du Mans.
LETTRE MDCLX
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY
SUPÉRIEURE A BOURG EX BRKSSE
La Sainte s'oppose à ce que la Mère de Blonay aille faire la fondation de Bordeaux.
vive f jésus!
[Annecy], 14 décembre [1639],
Ma très-chère fille,
Je lus hier vos lettres : vraiment, je fus touchée, si c'est vrai qu'on eût ce dessein de vous envoyer à Bordeaux. Je ne vois pas que ces hautes puissances parlant et commandant nous puissions ni osions sonner mot; car, que servirait-il, sinon à faire plus de mal? Or cependant, j'écrivis dès hier à la Mère de Bellecour que l'on m'avait donné cet avis de l'une de nos maisons, ce qui m'affligeait sensiblement; et que je la suppliais de tourner ce dessein, ne croyant pas que vous eussiez de la santé et vie suffisante pour fournir à un tel voyage, et plusieurs autres choses, bien que, si je croyais que ce fût un dessein de Dieu sur vous, j'y acquiescerais de tout mon cœur. Or, ma très-chère fille, il faudra écouter et voir à quoi tout cela aboutira. Quand j'aurai réponse, je la vous ferai savoir, car je ne pense pas que l'on remue rien de cet hiver.
Or, il est vrai qu'ils n'ont pas une Supérieure à mon gré pour le lieu, qui est très-important. Je leur ai écrit de choisir en leurs deux monastères la plus capable et une bonne seconde, qui fût aussi propre pour la conduite, et que le reste des filles devait être de solide vertu, mais non se croyant capables des premières charges, comme il me semblait qu'étaient la plupart de celles qui étaient nommées; cela ferait du grabuge avec le temps. Au reste, il est vrai que je suis marrie que vous ayez échappé des paroles contre la Supérieure; car cela fait croire que c'est par envie et jalousie. Je vous prie que meshui cela ne soit plus. Montrez-vous indifférente pour la maison de Belle-
cour, bien que très-affectionnée, et tâchez de vivre avec une franche cordialité. Ma dernière lettre vous dit tout mon cœur à ce sujet.
Dieu assistera nos pauvres Sœurs de Saint-Amour. Hélas I qu'il y a peu de fiance [confiance] en ce monde de grandeur ! Dieu soit béni. Sans loisir.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCLXI {Inédite)