A MADAME DE NOAILLES
AU MO.MASTERF DE LA VISITATIOX DE SAIXT-FLOIR '
Encouragement à exécuter généreusement la volonté de Dieu.
vive f JÉSUS.'
Madame et ma très-chère fille, Je supplie notre divin Sauveur, qui vous a donné de si saintes pensées et désirs pour vous consacrer toute à Lui, qu'il parachève en vous ce que, si efficacement, il lui a plu de commencer;
1 Celte dame, novice Bénédictine, fille du duc François III de Noailles, se disposait à sacrifier non-seulement les magnifiques espérances que lui don-
j'ai confiance que sa Bonté vous conduira par l'effet de votre généreuse résolution. Les traverses qu'il permet que M. votre père vous fasse ne sont que pour allumer davantage l'ardeur de vos désirs... [de renoncer au titre d'abbesse pour embrasser la vie humble de la Visitation],
nait l'illustration de sa famille, mais encore la coadju tore rie d'une riche abbaye, pour embrasser la vie pauvre et cachée de la Visitation. Le 2 juillet 1641 elle reçut le voile au monastère de Saint-Flour, et réalisa toute sa vie la parole prophétique que saint François de Sales avait dite à la duchesse de Noailles, avant la naissance de cette enfant prédestinée : « Elle sera une de mes plus dignes filles. » La jeune Religieuse, connue sous le nom de M. -Christine, fit preuve de tant de sagesse dans les emplois de maîtresse des novices et d'assistante, que l'évèque de Saint-Flour son oncle la choisit bientôt pour travaillera la réforme d'une communauté d'Aurillac. Ce fut elle encore qui, en 1651, vint établir en cette ville un monastère de la Visitation. La nouvelle maison eut le bonheur d'être gouvernée trente-six ans par cette digne Mère, dont l'exemple, plus persuasif encore que les paroles, développa autour d'elle les grandes et fortes vertus. Propagatrice infatigable de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, elle eut la consolation de faire célébrer solennellement la fête de ce Cœur adorable, presque aussitôt après la mort de la Bienheureuse Marguerite-Marie.
La fondation de Saint-Céré est due en partie au zèle de la Mère M. -Christine, qui ne se servit des libéralités de son frère le cardinal de Noailles que pour venir en aide non-seulement aux pauvres monastères de l'Ordre, mais encore à tous les malheureux qui recouraient à sa charité. — Cette vénérable Supérieure, qui avait combattu si longtemps les bons combats du Seigneur, alla recevoir de sa main la couronne de justice, le 18 septembre 1711. [Année Sainte, IXe volume.)
LETTRE MDCLXV
A LA MÈRE MARIE-SUZANNE BAUDET
SUPÉRIEURE A NEVERS
On ne doit pas chercher de soulagements contraires à l'observance. — N'envoyer
en fondation que des Supérieures capables d'enseigner par leurs exemples une
vraie mortification.
vive -J- jésus!
[Annecy], i janvier [1640].
Ma très-chère fille ,
Je vous remercie de la sainte affection que vous me témoignez, et vous assure que j'y correspondrai de bon cœur et avec suavité. Bénissez cent fois le jour la douceur de notre Dieu qui vous a rendue fille de son Eglise. Soumettez-vous humblement et sans raisonnement humain à toutes ses lois et aux vérités infaillibles que cette Mère des enfants de Dieu nous enseigne ; avec cela, demeurez en la pratique de l'observance dans l'esprit d'humilité et de douceur, et Dieu vous bénira.
Au reste, je m'oubliai, il y a quelque temps, de répondre à un point d'une de vos lettres, et il me fâche grandement de ce qu'il était échappé à ma vieille mémoire; c'est, ma chère fille, qu'en me parlant de la fondation de La Châtre ' et de la Supérieure que vous y devez envoyer, vous me disiez qu'elle était sujette au mal de rate, et que la charge de Supérieure lui donnerait
1 Celte fondation se fit le 25 mars 1610, sur les instances d'une dame de qualité, qui offrait une somme suffisante pour cette bonne œuvre. Mais les Sœurs fondatrices venues de Nevers, sous la conduite de la Mère Fr.-Gabrielle de Douët , ne trouvèrent rien de ce qui leur avait été promis. Bien loin de se plaindre, elles s'estimèrent heureuses d'avoir à souffrir pour le nom du Seigneur Jésus une pauvreté telle, que « souvent en hiver leurs
assez de divertissement, sans qu'elle en prît contre l'observance, parce , dites-vous , que ce mal en requiert. Voyez-vous , ma chère fille, je ne vous saurais rien laisser passer, vous m'êtes trop chère. Quelque mal que nous ayons, nous ne devons point chercher de divertissement ni récréation contre nos observances, mais seulement nous soulager selon que notre besoin le requiert, et que la charité de l'Ordre et sa tolérance pour les infirmes l'ordonne et le permet; comme si l'on a besoin, pour quelque temps, de se coucher pendant Matines, de se lever plus tard que la communauté, de se divertir un peu au silence avec congé. Pourvu que la vraie nécessité exige cela, ce n'est pas liberté contre l'observance, mais pratiquer la débonnaire charité de notre Bienheureux Père pour les infirmes, dont il se nommait le partisan. Au reste, ma chère fille, il faudrait bien se garder de penser qu'il fallût, pour quelques incommodités, requérir des licences générales et du libertinage [exemption], qui n'est pour l'ordinaire nullement propre à la santé , et est très-préjudiciable à la sainteté. Notre perfection nous doit être mille fois plus chère que notre santé, outre que l'incommodité de la rate n'est pas des plus extraordinaires pour requérir des soulagements trop particuliers.
Il faut soigneusement prendre garde que celles que l'on veut envoyer pour être Supérieures aux nouvelles maisons ne soient pas tendres sur elles-mêmes, ni soigneuses et affectionnées à leur soulagement corporel; car autrement elles donnent un esprit trop mol aux maisons qu'elles fondent, et ne rendent pas, par leurs exemples, l'exercice d'une vigoureuse mortification familier entre leurs filles. Je crois que vous avez une grande attention là-dessus, et que, possible, n'ai-je pas compris ce
lits étaient couverts de neige, et qu'il leur arrivait d'être obligées de plier leurs serviettes presque aussitôt après s'être mises à table, le peu qu'on avait à leur présenter ne pouvant s'appeler un repas » . ( Histoire de la fondation de La Châtre.)
que vous me voulez dire par votre lettre précédente; mais comme la chose est importante , et que votre cœur me donne une si entière confiance, je ne lui puis celer mes pensées. Recevez-les du même cœur que je vous les dis et que je suis votre, etc.
Extraite en partie de l'Histoire de la fondation de Nevers.
LETTRE MDCLXVI
A LA MÈRE CATHERINE-ELISABETH DE LA TOUR