‹ Lettres (volume 2)Chapitre 8 sur 163 · AN\ÉE 1638. M · texte numérisé non relu

AN\ÉE 1638. M

fumée, n'ayant point de fondement, et cependant nous aurons eu cette petite persécution, quinous réveille et profiterabeaucoup en plusieurs façons, moyennant la divine grâce; car les maisons, voyant qu'elles ont de bons surveillants, se tiendront mieux sur leurs gardes.

Nous voici en notre seconde maison;. de vrai, mon tout bon et cordial Père, vous auriez consolation si vous voyiez ces petites âmes cheminer avec tant d'innocence et de ferveur ; béni soit Dieu qui a voulu que, par votre charité , vous vous soyez acquis si grande part en tout cela! mais vous l'avez aussi en tout le petit bien de tous les monastères. Certes, nos Sœurs du premier monastère cheminent fort solidement; nos trèschères Sœurs de Paris nous donnent aussi toute consolation. Eh! qu'elles sont heureuses d'avoir part en votre chère conversation, mon tout cordial et très-cher Père! Vivez toujours heureusement et saintement en la suite de plusieurs années, que je vous souhaite abondantes en toutes bénédictions et consolations célestes; c'est le continuel souhait de celle qui vous honore avec une très-sincère dilection, et continuelle reconnaissance de tant de biens reçus de votre bonté, étant de cœur, mon vrai et très-honoré Père, votre très-humble, etc.

[P. S.] Je ne vous répète pas ce que je vous ai écrit par mes précédentes, sachant que cela suffit à votre tout bon et cordial cœur.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MDXL

A MONSEIGNEUR BICMOIT-THÉOPHILE DE CHEVROX-V1LLETTE

ARCHEVEQUE DE TAREMTA1SE, A HOUTIBRS

Témoignages d'humble gratitude.

VIVE f JÉSUS !

Annecy, 20 janvier 1638.

Monseigneur,

Ces lignes seront pour vous rendre nos très-humbles remercîments de tant de témoignages d'affection et de bonne volonté, dont il vous plaît gratifier notre petite Congrégation, nous ayant choisies parmi une infinité d'autres pour nous établir en cette ville.

Son Altesse Royale ayant fort franchement accordé la patente, sur la requête qu'il a plu à Votre Illustrissime Seigneurie lui en faire, c'est un bien que nous recevons de votre bonté, Monseigneur, comme un surcroît d'obligations à celles que nous vous avons du passé, par les preuves qu'il vous a toujours plu nous rendre de votre saiute et paternelle affection, de quoi tout notre petit Institut vous demeurera à jamais obligé. ïl me reste seulement à supplier Notre-Seigneur que celles qui seront si heureuses d'être employées à ce bon œuvre soient telles qu'elles puissent rendre premièrement gloire à Dieu, et à vous, Monseigneur, toute l'édification et satisfaction que votre bonté et piété en peuvent attendre, par leur très-humble soumission et obéissance. Voilà le souhait de mon cœur, Monseigneur, avec lequel je finis, en vous demandant votre sainte bénédiction.

Je demeure d'une affection pleine de respect et de soumission, Monseigneur, votre très-humble fille, etc.

LETTRE MDXLI

A LA MÈRE MADELEINE-ELISABETH DE LUCINGE

SUPÉRIEURE AU DEUXIÈME MONASTERE d'aNNBCY

Se fortifier par la pensée de l'éternité au milieu des misères de cette vie. — Pieux

souhaits.

VIVE -f- JÉSUS !

[Annecy, 1638.]

Hélas! ma fille, il ne nous faut point étonner de nos faiblesses; Dieu permet que nous les ressentions afin de nous mieux faire voir ce que nous sommes de nous-mêmes, et nous faire jeter toute notre confiance en sa Bonté. Or je suis bien aise que vous ayez eu cette fâcherie, afin que, rehaussant votre courage en Dieu, vous vous déterminiez de le servir ennui les croix, contradictions et toutes sortes de peines, ne vous promettant en rien des facilités, mais des difficultés partout, résolue de servir sa souveraine Bonté. C'est le chemin que Jésus a frayé et que les Saints ont tenu. Usez souvent de cette parole : Nul bien sans peine; et de celle de saint François : A cause des biens que j'attends, les travaux me sont passe-temps. Je vous supplie de recevoir le souhait que je fais à mon Dieu pour votre bonheur. Oui, Seigneur Jésus, bénissez à jamais de votre saint amour le cœur de ma très-chère fille et la rendez votre vraie et fidèle amante! Que nuit et jour elle se consume au feu de votre divine dilection, à l'imitation de sa sainte protectrice et patronne, la glorieuse sainte Madeleine, et que votre souveraine douceur nous donne, par ses intercessions, la grâce de vivre en sa grâce et mourir en l'acte de contrition amoureuse, afin qu'éternellement nous vous bénissions, aimions et adorions par tous les siècles des siècles! Amen.

Conforme à une copie gardée aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MDXLII

A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION

L'Institut se maintiendra par l'humilité et la charité.

vive -}- jésus!

[Annecy, 1638.]

Je m'estime heureuse , ma très-chère fille , d'être dans le mépris et moquerie du monde, au sujet de vouloir établir un général ou une générale en notre Ordre : car vraiment, si j'étais si téméraire que d'avoir cette pensée, je le mériterais bien. Ces lettres qui s'entr'écrivent, il y a un mois, et ce que vous en dira N., vous en fera voir la vérité. Nous n'avons pas besoin d'établir rien de nouveau parmi nous; je désire seulement que Dieu nous fasse la grâce d'avoir l'humilité et la charité requises pour conserver ce que nous avons reçu de notre Bienheureux Fondateur, et nous maintenir au train auquel il nous a laissées. Mais il nous est bon, ma très-chère fille, que le monde nous jette quelquefois de la boue sur les yeux, pour nous empêcher que l'éclat de tant de grâces, dons et faveurs, que nous avons reçus et recevons journellement de Dieu, par le moyen de notre saint Fondateur, ne nous éblouisse et ne nous fasse évanouir dans la propre estime et vanité de nous-mêmes.

Et je pense que ce bruit procède de ce qu'il y a plusieurs grands serviteurs de Dieu dans N. qui conseillent fort cela, et disent que, si on ne le fait, notre esprit se perdra bientôt et notre union et conformité; mais je n'en crois rien, car j'ai confiance en Dieu et en la vertu de nos Sœurs, que le sacré lien de charité qui nous tient unies aura plus de force et de persévérance que tout ce que la prudence humaine saurait inventer ou penser. Et, pour fin, je sais très-bien les intentions du Bienheureux; je les honore et les suivrai sans jamais varier, moyennant la divine volonté, jusqu'à l'extrémité de ma vie. Priez Dieu qu'il mette

celle même affection dans tous les cœurs des Filles de la Visitalion; et il ne faudra pas craindre que notre union se perde.

Je vous vois, ce me semble, un peu lasse et abattue sous le pesant fardeau de votre charge. 0 ma fille ! il faut prendre bon courage, et n'en point regarder la grandeur, mais Dieu qui vous l'a imposée, et qui sans doute en portera ce qui sera plus difficile. Regardez-le toujours, et II vous rendra toutes choses faciles. Il ne se faut pas lasser au commencement. Je supplie la divine Bonté d'être votre force et consolation. Votre, etc.

LETTRE MDXLIII (Inédite)

A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION

Oppositions que la Sainte a dû surmonter pour maintenir l'Institut sous l'autorité des évèques; elle n'attend sa récompense que de Dieu.

vive f jésus!

[Annecy, 1638.]

Ma très-chère fille,

Il faut que je dise en confiance à votre chère àme, que si l'on savait ce qu'il m'a fallu supporter de la part de plusieurs grands serviteurs de Dieu, même de quelques prélats et de plusieurs de nos Sœurs les Supérieures, pour empêcher que l'on ne mît dans l'Institut un moyen d'union avec autorité, ce que tous jugeaient être nécessaire pour la conservation de l'Institut, et cela par la grande affection qui leur fait dire et craindre qu'après ma mort l'union de chanté que Dieu a donnée à cet Institut ne périsse, et ensuite que l'Institut ne s'abâtardisse 5 si vous saviez, dis-je, ce que j'ai souffert pour empêcher cela, et les batailles qu'il m'a fallu soutenir pour nous maintenir dans la seule dépendance de Messeigneurs nos prélats, selon que je sais être des intentions de notre Bienheureux Père, qu'il me dit en ses derniers jours, vous jugeriez

bien que l'on ne doit pas me croire | capable] de faire un si lâche tour, et que la connaissance que la première impression que l'on prît était sans fondement devait empêcher la seconde; car je vous prie, me faire tympaniser en pleine assemblée pour déserteuse de notre Institut! Hélas! je mérite bien de plus grandes confusions, mais non pour ce sujet, par la grâce de Dieu; aussi la divine Providence m'a défendue par des étrangers, qui ont rendu témoignage de la vérité sans que j'en susse rien; et je m'étais tue. Mais cette recharge et votre silence blessaient un peu mon cœur; mais je remets tout entre les mains de Notre- Seigneur, qui sait que je n'eus ni part ni quart en tout, que pour sa seule gloire, et que je n'attends aucune reconnaissance des créatures de tout le travail et service que sa Bonté veut que j'aie et que je rende à ce cher petit Institut. Ma fille, ceci soit dit entre nous deux par simple confiance, et Dieu soit béni de tout. Amen. Je suis vôtre de cœur.

Conforme à une copie Je l'original gardé au premier monastère de la Visitation de Paris.

LETTRE MDXLIV

A MONSIEUR L'AVOCAT PIOTOiY

A CHAMDKRY

Désir de le voir entrer dans l'état ecclésiastique. — On a obtenu des Bulles pour la

fondation de Turin.

VIVE 7 JÉSUS

Annecy, 22 février 1638.

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