‹ Lettres (volume 2)Chapitre 73 sur 163 · A LA SOEUR CLAIRE-MARIE-FRANÇOISE DE COSANCE · texte numérisé non relu

A LA SOEUR CLAIRE-MARIE-FRANÇOISE DE COSANCE

a GRAV '

La Sainte bénit Dieu de ses ferventes dispositions.

vive •]* JÉSUS.'

[Annecy, 1640.]

Ma très-chère fille,

Votre lettre m'a donné une fort tendre douleur, mais aussi un fort solide contentement, voyant la sainte disposition que notre bon Dieu vous donne pour faire heureusement votre pas-

1 Cette Religieuse, qu'une admirable pureté avait fait surnommer dans son enfance Y Ange de Comté, appartenait â l'antique famille des comtes de Berghen , de Champlitte et de Belvoir. Conduite à treize ans à l'établissement de la Visitation de Champlitte qui lui devait le titre de fondatrice, reçue au bruit du canon, haranguée parles magistrats, acclamée parle peuple que ses ancêtres avaient comblé de bienfaits, elle préféra aux félicités de la terre le bonheur de vivre pauvre et obéissante dans l'obscurité du cloître. Peu après , lorsque les guerres survenues entre la France et l'Espagne obligèrent de transférer la communauté de Champlitte dans la petite ville de Gray, devenue bientôt, par les ravages de la peste, un vaste champ de morts et de mourants , rien ne fut capable d'ébranler sa résolution d'être à Dieu et pleine de confiance au pouvoir de la grâce, elle y demeura calme, joyeuse, indifférente, au milieu de privations inouïes, étonnant une province entière » qui ne savait qu'admirer davantage en une jeune fille de quinze ans, ou sa modestie ou sa grandeur d'àme, poussées l'une et l'autre jusqu'à l'héroïsme ». A seize ans elle prononça les vœux sacrés avec des ardeurs séraphiques. a Le feu du ciel qui la consumait lui fît exhaler une odeur de si grande suavité qu'elle embauma tout l'Ordre du parfum de ses vertus. » Sœur Claire-Marie de Cusance fut à la Visitation ce que saint Stanislas de Kostka avait été dans la Compagnie de Jésus : comme lui « exemplaire d'amour divin et de pénitence » , comme lui favorisée de communications célestes, comme lui encore n'ayant au cœur que Dieu et sa Règle, elle ne trouvait d'autre imperfection à se reprocher qu'un trop grand empressement pour les emplois les plus vils du monastère.

Après dix-huit années d'une vie toute céleste, le 8 mars 1640, « elle s'élança vers le ciel (selon l'expression de Mgr d'Achey, archevêque

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sage à la sainte et seule désirable grâce de voir Dieu, l'aimer et l'adorer dans son éternité de gloire. 0 ma fille! nous avons toutes sujet de regretter la douceur de votre conversation, mais beaucoup plus de bénir cette souveraine Bonté qui vous attire à soi si miséricordieusement, et désirer le même bonheur. Oh ! que cette vie est dure et longue à qui désire jouir de Dieu! Ma fille, nous ferons pour votre santé ce que, par la volonté de votre bonne Mère, vous désirez ; ne me refusez pas ce que de tout mon cœur je vous prie de demander à mon Dieu pour moi, qui est le bien de vivre et mourir en sa grâce et bon plaisir, et ne m'oubliez point devant sa sainte face, que je supplie vous être propice. Je suis en son amour toute vôtre de cœur. Amen!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Auuecy.

de Besancon), pour y recevoir des mains de Dieu la couronne de gloire qu'elle avait méritée ; car, ayant vécu comme un Ange sur la terre , elle est allée prendre la place d'un Ange dans le paradis » . Aussitôt l'annonce de son trépas, « le maire fit sonner toutes les cloches, et toute la ville de Gray, par un mouvement subit, voulut assister à ses obsèques avec des flambeaux; honneurs qu'ils publiaient rendre plutôt à sa vertu qu'à sa naissance. La Visitation de cette ville n'ayant pas alors de lieu pour la sépulture, les Révérendes Mères Annonciades prièrent qu'on leur confiât ce sacré dépôt, et le reçurent avec une solennité et révérence très-religieuses. Il fallut la laisser quelques jours exposée pour la consolation du peuple. Chacun croyait voir briller à travers les ombres et les ténèbres du trépas un reflet des beautés immortelles. Des grâces nombreuses furent accordées aux orières de ceux qui prenaient l'humble Religieuse pour médiatrice et avocate. On a imprimé en Flandre l'image de cette chère défunte, en diverses formes très-dévotes, attendant si un jour l'Eglise, dans le temps ordonné de Dieu , lui fera rendre des honneurs plus vénérables. »

« Quatorze jours après [la sépulture], les Mères Annonciades écrivaient à la Supérieure de Gray : « Cette chère défunte est toujours belle et maniable ; on lui voit les veines comme à une personne vivante , ce qui nous fait bien connaître que [ce corps] a été le domicile d'une âme purement angélique et séraphique. Plusieurs personnes ont senti des odeurs trèssuaves sortir de son cercueil, et d'autres y ont reçu des lumières intérieures, du tout extraordinaires. » (Vies de IX Religieuses de la Visitation, par la Mère de Chaugy.)

LETTRE MDCLXXV (Inédite)

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUTIN

SUPERIEURE A THOXOX

Prochaine visite de Madame Royale au premier monastère d'Annecy.

vive f JÉSUS !

[Annecy], 14 mars [1640].

Ma chère fille, Vous n'aurez qu'un billet, vous qui aimez tant les grandes lettres, et c'est seulement pour vous demander de vos bonnes nouvelles, et vous dire que, grâce à Dieu, nous nous portons bien. Il n'y a que notre bonne Sœur M. -Agathe [Guignan] qui est bien, bien malade; l'on n'en espère pas beaucoup. — Nous voici dans l'attente de Madame Royale que l'on nous a dit qui sera ici vendredi '. Je vous supplie, ma très-chère fille, de faire faire des prières continuelles pour que Dieu inspirée son cœur sa divine volonté et lui donne force de la suivre; c'est ce qu'elle demande et que je souhaite pour moi-même, qui suis entièrement toute vôtre. Ma fille, Dieu vous console de son saint amour; priez bien sa Bonté pour celle qui est toute vôtre de cœur.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.

J Les Annales du premier monastère d'Annecy nous ont conservé les détails de cette visite : « Madame Royale Christine de France, alors régente, voulut mettre toute son auguste maison sous la protection de notre glorieux Père et Fondateur, et pour cela vint à son tombeau avec l'Altesse Royale son fils, y fit ses dévotions avec une piété remarquable, rendant à cet homme de Dieu une vénération toute particulière. Elle déposa à ses pieds une riche couronne d'or d'où pendaient cinq grands cœurs, sur l'un desquels était attachée une belle croix de diamants, don de Mgr le duc. Notre auguste princesse prétendait par cette couronne donner à penser à tout le monde que si François de Sales étant ici-bas avait mérité l'honneur d'être son premier aumônier, à présent qu'elle le croyait fort élevé au ciel, elle réclamait sa protection et le reconnaissait digne d'être son protecteur et celui de toute la famille royale de Savoie. »

LETTRE MDCLXXVI

A MONSIEUR LE MARQUIS DE PIANESSE

A TOBIN

La Providence divine nous enrichit de grâces par la tribulation.

vive -j- jésus!

[Annecy], 18 mars 1640.

Monsieur,

Il rae semble que mon chétif cœur a ressenti à la nouvelle de votre arrivée une certaine et suave joie qu'il n'avait pas expérimentée dès longtemps, tant il est vrai qu'en la sacrée dilection de notre divin et très-adorable Jésus, votre âme m'est intimement chère et précieuse! Mais, Monsieur, la mienne trèspauvre n'aura-t-elle point la consolation de voir la vôtre, que je vois être grandement enrichie de grâces célestes , par les diverses tribulations où la très-sainte Providence éprouve sa fidélité et la purifie comme l'or dans le creuset? Cette divine sagesse parachève, s'il lui plaît, son saint ouvrage en vous! Je l'en supplie très-humblement et du fond de mon cœur, qui veut que je sois à jamais , comme j'y suis très-obligée, Monsieur, votre, etc.

LETTRE MDCLXXVII

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