A LA MÈRE ANNE-LOUISE DE MARIN DE SAINT-MICHEL
SUPKP.IEl'RE A AVIGNON
Avis favorable pour la fondation de Tarascon. — Bonheur d'une âme entièrement livrée à Dieu. — Humilité de la Sainte.
vive -J- JÉSUS.'
Annecy, "23 mers 16-iO.
Ma toujours plus chère fille,
Je confesse que j'ai, aussi bien que Votre Charité, un grand dissentiment de cette multitude de maisons que l'on veut établir, crainte que les bons sujets ne manquent. Or néanmoins,
ayant considéré et pesé devant Dieu les points de votre lettre, sans autre regard ni intérêt que celui de sa gloire et de correspondre aux saintes intentions de ceux qui nous désirent, il me semble que je vois en la fondation proposée [à Tarascon] un grand assemblage de petits biens, que Notre-Seigneur offre pour un plus grand accommodement et soulagement à votre maison ; mais ce que je vois de plus considérable, c'est l'affection que ces bonnes gens ont, par un général mouvement, de vouloir cet établissement, sans que vous les en ayez ni priés ni recherchés, ce qui est une marque toujours plus assurée que le désir de ce peuple est une inspiration de Notre-Seigneur. J'espère en sa Bonté qu'elle en tirera du bien pour la ville et pour votre maison.
Quant au temporel , c'est un grand bien que cette ville soit du même diocèse et ne soit éloignée de vous que de trois lieues; par cette proximité les monastères se soutiennent plus aisément. Puisque l'on vous offre une maison si bien meublée, je vous conseille de l'accepter pour autant de temps qu'il vous sera nécessaire : cela étant joint au revenu de deux mille écus, avec les petits accommodements, et ayant là des filles de bon lieu prêtes pour y recevoir, je ne vois pas qu'il y ait rien à craindre pour ce point-là. Ma Sœur N. réussira bien dans cette nouvelle maison, puisque, comme vous me dites, elle est pleine de tant de bonté et vertu; mais aussi votre maison sera incommodée par cette perte. Il est vrai que, considérant ce que vous me mandez par la vôtre dernière, que vous avez une dizaine de braves filles qui ont un solide jugement, un bon esprit et une bonne oraison, qui marchent d'un bon pas dans la sincère observance, j'espère que sous votre bonne conduite Dieu affermira de plus en plus votre communauté en la vertu et esprit de l'Institut.
Oh Dieu! ma chère fille, que vous avez dit un bon Adveniat rctjnum timmï car maintenant Jésus [notre] divin Maître a bien pris une entière possession de votre chère àme et II y règne bien
paisiblement. Oh! la puissante grâce! Elle est au-dessus de l'entendement et de l'intelligence humaine : il n'y a que la langue des Anges qui la puisse exprimer. La toute-puissance a englouti toutes vos puissances et facultés de votre âme; quel bonheur! Si les âmes se savaient bien livrer à Dieu, elles expérimenteraient ses faveurs bien autrement que nous ne faisons; sa douce Bonté fasse, par sa toute-puissante grâce, ce que notre infirmité ne peut! Priez-le, en votre langage muet, d'établir son règne et son union en nous; et je le supplie vous continuer ses grâces. Ma très-chère fille, écrivez-moi amplement de la conduite de Dieu sur vous; et ajoutez, s'il se peut, quelque chose de ce changement d'état, qui monte de pureté en pureté, toujours plus simplement et intimement en la très-sainte unité. Hélas ! je ne suis nullement capable de ces voies de Dieu si sublimes; mais priez Dieu qu'il me rende très-humble. Je suis de cœur toute vôtre.
LETTRE MDCLXXVIII
A MONSIEUR XOËL BRULART, COMMANDEUR DE SILLERY
A PARIS
Reconnaissance pour l'établissement des Prêtres de la Mission à Annecy. vive -j jésus!
[Annecy, 1640.]
Je ne puis exprimer la consolation que nous avons reçue de la fondation des Pères. Chacun en bénit Dieu; et Mgr de Genève ne sait quelles actions de grâces en rendre à Dieu avec nous, et à votre bonté, qui sans doute fait en cela une des grandes œuvres pour la gloire de Dieu, au salut des âmes, qu'aucune autre que vous puissiez faire, et sera d'autant plus efficace que vous enverrez plus d'ouvriers. Mgr de Genève vous en écrit; il n'aura garde de manquer de mettre en sa cathédrale cette digne
1 AMVÉE 1640. 233
fondation, afin que la mémoire en soit jusqu'à la fin du monde, comme elle le sera dans la bienheureuse éternité, par une trèsgrande gloire à votre chère âme.
LETTRE MDCLXXIX
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RADUTIN
SUPÉRIEURE A TH0X05J
Ne pas employer à l'examen de conscience plus de temps que le Directoire en donne. — On doit s'humilier de ses fautes, mais ne pas s'en inquiéter.
vive ■{• jésus!
[Annecy, 1640.]
Ma très-chère fille,
Je vous connais mieux que vous ne vous connaissez vousmême; c'est pourquoi je vous dis de demeurer en repos, sans donner la torture à votre esprit pour trouver en vous ce que votre fidélité à la grâce en éloigne. Faites avec application votre examen, sans y employer plus de temps que le Directoire ne vous en donne, et allez ensuite vous accuser simplement des fautes que vous aurez remarquées, sans vous amuser à des retours sur vous-même. Si vos misères sont grandes, humiliezvous-en, mais ne vous en tourmentez pas. Je connais si à fond votre cœur, et vous m'en avez fait voir avec tant de sincérité tous les plis et replis, que vous devez, ma très-chère fille, vous reposer sur ce que je vous dis, et remercier Dieu des grâces qu'il vous fait. Priez-le de toujours vous tenir sous sa paternelle protection.
LETTRE MDCLXXX
A MONSEIGNEUR ANDRÉ FRÉMYOT