SOX FRÈRE, ANCIEN ARCHEVÊQUE DE BOURGES, A PARIS
La question du Visiteur doit être soumise au Saint-Siège. — Regrets sur la mort
du Père Binet.
[Annecy, 1640.]
Monseigneur très-honoré et uniquement aimé, Vous m'écrivez en des termes si cordialement affectionnés pour cette bonne Annonciade, qu'il faudrait qu'il y eût des milliers de difficultés pour ne pas joindre mes désirs aux vôtres, mon tout bon seigneur. Je le fais donc de tout mon cœur, bien que mon consentement ne soit nullement requis à cela, ains la seule approbation de Mgr de Sens et la connaissance que nos Sœurs ont de la bonne disposition de cette chère fille, de laquelle la Mère Supérieure m'écrit tout bien, et que sa dispense peut être obtenue facilement.
Il y a peu de temps que je vous écrivis amplement, touchant le Visiteur et les raisons pourquoi.il ne faut pas le demander en votre nom, outre que je crois qu'il sera mieux reçu étant ordonné par le Pape, et qu'il coulera plus doucement que si cela venait par votre réquisition. J'en écris amplement à Mgr de Sens, à M. le commandeur, à M. Vincent, et en écrivis aussi au feu et très-bon et vertueux Père Binet. Son trépas a bien touché mon cœur : c'était un vrai ami de la Visitation, et que je crois que Dieu a placé dans sa bienheureuse éternité. Mon très-cher seigneur, je vous recommande cette affaire. De vrai, je vois clairement que cette pensée a été donnée de Dieu au très-bon Mgr de Sens.
Ma très-chère Sœur la Supérieure de Paris vous dira que l'on nous fait certains mauvais offices à Rome, qui serviront d'aiguillon au Saint-Père, d'ordonner le Visiteur avec plus de
liberté. Il faut souffrir cette persécution de certains Pères, que je veux croire avoir bonne intention; mais leur action étant sans fondement, grâce à Dieu, j'espère que sa divine Bonté anéantira tout cela, et nous comblera toujours de plus en plus de son saint amour. Je l'en supplie de tout mon cœur, duquel je suis et serai sans fin, mon très-cher et bien-aimé seigneur, votre très-humble, etc.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Lyon.
LETTRE MDCLXXXI
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONTAY
SUPÉRIEURE A BOURG Y. h. BRESSE
Ne pas se charger de la fondatiou de Bordeaux. — Affaire du Visiteur apostolique.
VIVE j JÉSUS !
[Annecy], 30 mars [1640].
Ma vraie très-chère fille,
Je ne puis goûter cette proposition de Bordeaux ; elle n'aurait point de raison en l'état où vous êtes. Je le dis comme il faut à la Mère de Bellecour, sans lui témoigner le dernier avis que j'ai reçu, mais comme répondant à sa lettre que je vous envoie. Si l'on vous propose ce voyage, et qu'après la réponse que vous ferez selon ce qui est en la ci-jointe, l'on vous fasse une recharge, vous répondrez derechef qu'en conscience vous ne pouvez entreprendre la conduite de cetle fondation ni le voyage, n'ayant force pour cela, et ainsi en celte réponse leur refusant votre soumission, vous le ferez par l'obéissance de votre légitime Supérieure. — Quant à la peine de votre pauvreté intérieure, n'y faites nulle réflexion ni regard volontaire; mais souffrez-la doucement, vous abandonnant à Dieu et faisant le mieux que vous pourrez. Ma vraie fille, il en faut bien souffrir d'autres et des croix bien plus crucifiantes. Dieu nous les donne selon son
bon plaisir, et nous fasse la grâce de les porter à sa gloire et à notre salut!
N'avez-vous point ouï dire que l'on nous voulait donner un Visiteur apostolique? Or sus, voilà le mémoire que ces seigneurs ont envoyé et le narré au vrai de la naissance et suite de cette affaire, qui est très-importante. Pesez-la bien devant Dieu, comme je dis; pesez bien tout, et le considérez bien à loisir avec quelque Sœur capable et discrète, sans rien éventer, puis m'en dites votre sentiment, après que vous aurez bien prié Dieu et pesé le tout à loisir devant Lui, à loisir et mûrement. Dieu, par son infinie bonté, nous éclaire de son divin vouloir, et nous fasse la grâce de le suivre! Ma fille, sa bonté sait combien je suis, en toute vérité, toute vôtre. Dieu soit béni qui veut que vous soyez toute mienne.
Conforme à une copie gardée aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCLXXXII