M ON BON ET TRES-CHER FRÈRE
Voilà la lettre que j'écris à la bonne Mère de Rochetle, que je vous prie prendre la peine de lui porter vous-même et de l'assurer de la bonne volonté que la Mère de Ballon a pour elle, bien qu'elle ne puisse pas les venir servir, pour les raisons que vous vous souviendrez que je vous dis quand vous fûtes ici.
Au surplus je ne me saurais empêcher de vous dire un souhait que la bonne Mère [de Lucinge] destinée pour Turin, me dit hier de si bon cœur : « Eh! mon Dieu! n'y a-t-il pas moyen de le faire résoudre à se faire prêtre ' ? » Certes, c'est grand cas comme nous le désirons, et le tout pour l'amour de nous; car l'amour bien ordonné commence à soi-même. Il fallait bien vous dire ce petit mot, mon très-cher frère.
Nos Bulles sont venues de Rome, et nous nous disposons de partir aussitôt après Pâques : que si vous êtes libre en ce temps-là, nous le serons aussi prou pour vous prier de venir avec nous. Voilà un petit conte de récréation, qui vous récréera sans doute un peu. Au reste, je vous supplie de bien continuer à prier Dieu pour nous, à ce qu'il plaise à sa Bonté de conduire tout pour sa gloire, vous assurant que je suis toujours plus, mon bon et très-cher frère, votre très-humble sœur et fidèle servante en Notre- Seigneur.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDXLV