A LA SOEUR ANNE-PÉROXNE BAILLARD
A CBÉMIEUX
Invitation à lui écrire en toute confiance. vive -J- jésus!
Anuecy, 27 mai 1640.
Ma très-chère fille, Le prompt départ de ces dames ne me donne pas beaucoup de loisir. Je ne vous ferai qu'un mot pour cette fois, pour vous dire que je suis très-aise que vous ayez pris la confiance de m'écrire, et vous prie de le faire avec toute franchise, non pour m'envoyer voire confession, car il ne le faut pas, mais comme Notre-Seigneur a gouverné votre bon cœur. Dites-m'en un peu bien des nouvelles, et de tout ce que vous voudrez, ma chère fille. Je m'assure que votre bonne Mère n'a garde de retrancher la liberté de m'écrire. J'attendrai donc votre seconde lettre, et puis, Dieu aidant, nous vous répondrons à toutes deux ensemble. Cependant, ma très-chère fille, tenez-vous fort unie à Dieu, à votre Règle, et me recommandez à la souveraine Bonté, et me croyez, ma chère fille, votre très-humble, etc.
Conforme à l'original gardé aux Archiues de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCXCIX
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUTIN
SUPÉRIEURE A THOXOX
1! est utile de ne pas faire la correction pour des fautes de fragilité.
VIVE y JESUS
[Annecy], 29 mai 1640.
Ma très-chère Mère,
[De la main d'une secrétaire.] Notre bonne Sœur la dépensière ne peut faire réponse à votre grande lettre, elle fera
réponse une autre fois ; elle dit qu'elle a reçu toutes les lettres de Votre Charité. Notre unique Mère se porte bien et dit qu'elle salue Votre Charité, et que vous priiez et fassiez beaucoup prier pour la peste, qui s'épanche de tous côtés en la Provence, Languedoc et Dauphiné. — L'on a écrit à Chambéry pour votre procès, mais la peste s'y étant prise, l'on ne sait si le sénat cessera.
[De la main de la Sainte.] Ma toute chère fille, ne vous enquérez point si exactement des manquements qui se font chez vous : il est quelquefois utile défaire l'aveugle, crainte d'aigrir les cœurs, surtout quand ce sont des filles qui ne /aillent pas par malice ni mauvaise intention, et celles-là il les faut croire en ce qu'elles assurent, bien que l'on vît du doute, autrement on les pourrait faire tomber eu quelque grand embarrassement.
Je vous prie, faites remercier, et vous aussi remerciez notre bon Dieu de ses miséricordes en ma vocation, et le priez de me pardonner mes ingratitudes, et que meshui je le serve en pureté et humilité tous les jours de ma vie, et me donne patience sous la croix qu'il m'a imposée. Qu'il soit béni éternellement, et vous conserve et comble toutes de son saint amour, mais surtout votre cher cœur que je chéris uniquement!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCC [Inédite)
A LA MÈRE MARIE-MARGUERITE MICHEL
SL'PÉRIEURK A FItIBOL'RG
Conseils de douceur et de modération. — Soumettre à Mgr de Besançon les difficultés survenues entre le monastère de Besançon et celui de Fribourg.
vive f jésus!
Annecy, l"juin 1640.
Ma très-chère et bien-aimée pille, Votre lettre du 26 mars ne nous a été remise qu'à la fin du mois de mai, et, bien que nous ayons déjà répondu aux prin-
cipaux points d'icelle par votre messager qui vint exprès, je ne lairrai [pas] de vous répéter, ma très-chère fille, que vous ne devez en façon quelconque vous davantage engager à vouloir poursuivre pour vous l'établissement de Salins, nos Sœurs de Besançon m'ayant nettement écrit, ainsi que je vous ai déjà mandé, qu'elles ne pouvaient en façon quelconque le céder, et qu'elles n'avaient que ce seul moyen de se décharger, dont elles ont grand besoin, et de se loger. Et d'autant, ma très-chère fille, que votre bon cœur et la charité requièrent que je vous parle clairement, je vous dirai que la Mère de Besançon [H. F. Belin] a un bon cœur qui vous chérit et honore, et voudrait donner de son sang, et de ce peu de vie qui lui reste, pour votre consolation et soulagement, et elle l'a tellement fait paraître que quelques-unes des conseillères ont inféré de là qu'elle vous voulait donner la fondation de Salins, et qu'elle avait plus d'affection pour vous que pour son monastère, et en ont fait des plaintes au Supérieur.
Cette pauvre jeune Mère m'avoue qu'elle se sent tracassée etpeinée de tout cela, se voyant chargée d'infirmités, et appréhende extrêmement qu'il ne paraisse entre vos deux maisons moins d'union et bonne intelligence qu'il n'est bienséant aux Filles de la Visitation: cela lui serait sensible au dernier point; et se voyant d'autre part dans l'impossibilité de vous accorder ce que vous demandez, elle craint de recevoir des lettres. Et je vous dirai bien en confiance, ma très-chère fille, que Mgr l'archevêque de Besançon, qui a pris la peine de m'écrire, me témoigne une grande estime et affection pour vous. « Bien est vrai, me dit-il, qu'il est sorti de sa plume des lettres si peu charitables, que j'ai admiré où un cœur si doux que celui de cette Mère-là a pu trouver des paroles si aigres. Je ne m'en étonne pas pourtant, ajoute ce digne prélat, sachaut bien que de petites imperfections ne sont pas incompatibles avec une grande sainteté. » Croyez-moi, que notre Bienheureux Père a
dit bien vrai, que l'on prendra plusde mouches avec une cuillerée de miel qu'avec six barils de vinaigre. Vous devez voirement écrire vos petites raisons, mais dans l'esprit de la vocation, et ne vous pas laisser ainsi emporter à votre zèle, qui est un peu trop fort.
Ma très-chère fille, je vous parle avec une rondeur sans déguisement : j'ai mandé à ma Sœur la Supérieure de Besançon qu'elle m'envoie toutes les lettres que vous lui avez écrites et que vous lui écrirez. Je m'assure que meshui elle n'en recevra de vous que de bien douces et cordiales; car vous êtes si bonne, que je sais que votre cœur désire la consolation du mien cbétif qui vous chérit tendrement, et je suis très-assurée que vous me rendez le réciproque.
Or, ma toute chère fille, puisqu'il n'y a plus lieu de penser à Salins, et que néanmoins, de nécessité, il vous faut une retraite assurée dans une ville de Bourgogne, et qu'autrement vous ne sauriez tirer les dots, tant de ma chère Sœur M. -Désirée, que des autres du Comté, j'écris avec tout l'honneur, respect et -confiance que Dieu m'a donnés pour Mgr le digne archevêque de Besançon, afin que, comme Père débonnaire, il regarde votre nécessité et vous assigne quelque autre ville de son diocèse pour une retraite assurée. Je crois, ma très-chère fille, que comme il vous estime, et est plein de bonne volonté pour ma très-airaée fille M. -Agnès [de Bauffremontj, vous devriez vous-même lui -écrire humblement vos petites raisons, et cela courtement, sans exagération, sans plainte, mais comme une fille qui en toute humilité s'adresse à son digne Père, et attendre doucement et sans empressement, sans beaucoup presser les autres, ce qu'il plaira à notre bon Dieu que l'on fasse en votre faveur.
Quant au désir que vous auriez que ma chère Sœur la Supérieure de Gruyères et ma chère Sœur M. -Désirée fissent ici un voyage, ma très-chère fille, les deux raisons que vous me marquez pour l'entreprendre ne sont pas recevables ni battantes
pour sortir de la clôture : la première est afin d'avoir la consolation de me voir et parler à souhait; ma très-chère fille, je crois qu'elles sont libres de nous écrire tout ce qu'il leur plaira, devant être assurées de l'inviolable fidélité qui leur sera gardée. Pour le contentement de se voir, il ne doit pas être recherché en ce monde par les Religieuses; il faut le réserver pour l'éternité, où, si les divines miséricordes nous sont appliquées, nous serons en société éternelle. [La seconde raison, dites-vous,] ma très-chère fille, serait afin que ces deux Sœurs me rendissent compte de vous et de votre conduite. Oh! vraiment, ma trèschère fille, je suis marrie que vous croyiez que j'aie besoin d'autres témoignages que de celui de vous-même. Selon que l'on m'avertit des choses, je vous les dis comme à ma très-chère fille, mais ce n'est pas pour cela que je veuille entrer en défiance de votre bonté et vertu.
Ma très-chère fille, je vous conjure derechef que demandant à Mgr de Besançon un lieu de refuge, vous lui disiez s'il agréerait que, comme Mère commune, vous lui disiez les petits griefs qu'il y a entre vous et le monastère de Besançon pour les choses temporelles, et que ce qui lui plaira de déterminer vous le suiviez exactement. Que s'il agrée que vous lui écriviez, ou s'il vous envoie quelqu'un pour entendre vos raisons, ma fille, je vous demande au nom de Dieu, que vous fassiez cela dans l'esprit de votre vocation, et regardant à votre Bienheureux Fondateur. Ne vous plaignez point, n'exagérez point, ne demandez point, exposez humblement ce qui vous semble raisonnable et les petits sujets de douleur que vous avez cru avoir, votre nécessité; et enfin, ma chère fille, demeurez si soumise à ce que ce digne seigneur ordonnera, que ce soit pour vous un arrêt du ciel. A la vérité, je pense que si vous tenez ce chemin-là, Dieu donnera bénédiction à toutes vos affaires, et fies fera réussir] à votre consolation; et voyez-vous, ma chère fille, certes très-absolument il faut mettre une entière fin à
toutes ces aigreurs et mésintelligences. Seigneur Jésus! notre saint Fondateur les nommait au-dessus de ses forces; et qui les pourrait souffrir après cela"? il disait qu'il eût voulu que ce qui était en conteste eût été au fond de la mer. Certes, il vaudrait mieux que tous les desseins, et de vous et des autres, y fussent, que s'ils nourrissaient ce mauvais levain qu'il faut jeter entièrement arrière de nous.
Ma très-chère fille, je vous supplie de recevoir mes petits avis cordialement, puisqu'en vérité ils vous sont donnés d'un cœur maternel, et comme je les voudrais donner à ma propre âme. Et croyez que si je vous dis nettement mes pensées, je n'en fais pas moins aux autres, et ne manque point de vous excuser où il est besoin et faire voir votre nécessité , et que si vous voyiez ce que j'écris à Besançon, vous verriez bien que, grâce à Dieu, je ne suis pas plus pour les unes que pour les autres, et que je ne cherche ni veux chercher, moyennant la divine grâce, que la raison et l'équité de toutes parts, afin que Dieu soit glorifié, le prochain édifié et l'Institut consolé. Car je vous assure que de quatre-vingts maisons qui sont maintenant, je n'en sache pas une qui' ait piqué l'une contre l'autre que Besançon et Fribourg; mais je veux espérer en la divine grâce, et de la bonté de vos cœurs, que cela s'anéantira, et que l'on ne parlera plus que d'une cordiale bienveillance et union. Je vous conjure, ma très-chère fille, de n'oublier rien afin que cela soit, et croyez que je serai toujours, votre, etc.
[P. S.] Ma très-chère fille, je vous prie, pour une bonne fois, terminons ces débats, et puisque Dieu m'a donné la pensée de celte proposition de tout remettre à Mgr l'archevêque, faites-le dans la charité et humilité requises; j'avoue que je suis lasse d'écrire sur des sujets si indignes à des Filles de la Visitation. Ma chère fille, je ne sais encore de quel côté j'enverrai ce paquet de Besançon; s'il va à vous, faites-le tenir bien promptement et sûrement sans l'ouvrir, et vous assurez qu'il
est tout pour voire bien et pour faire rendre à chacun ce qui lui appartient, à la gloire de Dieu et bonheur de notre Institut.
Couforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCI
A LA AI ÈRE CATHERINE-ELISABETH DE LA TOUR
SUPÉRIEURS A GltAY
Rejjrets de la mort de Sœur C. M. de Cusance. — Fondation définitive de la communauté de Gray. — Affaires touchant le rétablissement du monastère de Champlitte. — Reconnaissance due à la Mère M. AI. Michel.
vive f jésus!
Annecy, letjuin 1640.
Ma toute chère et bien -aimée fille,
Voici le supplément de ma réponse à votre lettre, votre messager n'ayant voulu donner nulle sorte de loisir d'écrire. Tels messagers sont bien désagréables et bien mortifiants.
J'avoue, ma très-chère fille, que vous avez sujet d'être sensiblement touchée de la séparation de votre chère petite fondatrice, votre bien-aimée Sœur Claire-M. -Françoise [de Cusance]; mais il faut confesser aussi que ces jeunes âmes-là sont bienheureuses, qui, après s'être données à Dieu en un âge si innocent, et persévéré avec une si extraordinaire ferveur de dévotion et exactitude, sont allées en paix si saintement. Mon Dieu ! ma chère fille, que j'ai été consolée que cette chère Sœur ait reçu ma lettre avant son départ de cette vie, et qu'elle ait eu tant de bonté pour moi que de se souvenir de prier pour moi si peu de temps avant son heureux passage ! Vraiment, cela me fait espérer qu'étant proche de notre bon Dieu, elle augmentera en charité dans cette source éternelle, et me fera la grâce de réclamer les divines miséricordes
sur moi. Je suis bien consolée que vous l'ayez mise en dépôt chez les bonnes Mères Annonciades; mais c'est un petit trésor qu'il faut bien retirer quand vous aurez une maison à vous, et un lieu propre, comme aussi le corps de la bonne Mère [de la Tour-Remetonj défunte de Champlitte.
Cependant, ma très-chère fille, vous voilà Mère de Gray '. Béni en soit notre bon Dieu, et veuille bénir votre conduite en ce second triennal! car je ne doute nullement que nos bonnes Sœurs ne vous aient réélue. Vous désirez savoir, ma très-chère fille, si Gray doit être une transfération de monastère ou une fondation nouvelle. 11 m'est avis qu'absolument ce doit être une fondation nouvelle, qui se doit faire comme les autres, et le jour de votre établissement à Gray se comptera dès le jour que votre Père spirituel fera la publication de vos permissions, que l'on dira une messe solennelle avec sermon, exposition du Saint- Sacrement et le reste comme dit le Coulumier; car, ma trèschère fille, la ville de Champlitte étant un joli lieu si capable d'établissement, y ayant des biens-fonds, une maison, et si j'ai mémoire, de bons privilèges, il me semble qu'il faut laisser subsister cette maison-là.
Quant à la demande que vous me faites, si une partie des biens de Champlitte doit demeurer à Gray, ou s'il faudra que la maison de Gray, quand l'on ira remettre Champlitte sur pied, rende tout, ma très-chère fille, ceci est une chose bien importante et bien considérable : voici ce qui me semble raisonnable. C'est que les Sœurs de Champlitte s'étant, dans leurs afflictions, retirées à Gray, et y ayant commencé une maison et reçu des filles, toutes doivent vivre cordialement ensemble, tant du bien qu'on leur peut tirer des fonds et rentes de Champlitte que du
1 Les Religieuses de la Visitation de Champlitte, après avoir séjourné quelque temps à Gray, à litre de réfugiées, s'y fixèrent définitivement, tout en conservant l'espoir de rétablir plus tard leur monastère de Champlitte. Cet espoir ne fut jamais réalisé.
bien des dois des filles reçues à Gray, sans que le monastère de Gray soit obligé de tenir compte des rentes des biens de Champîitte - cela s'en allant par égalité de dépenses. Mais il me semble que tous devez soigneusement mettre en écrit tout ce que la maison de Champlitte a vaillant, et les meubles et ornements plus principaux qui ont été apportés à Gray, afin que, quand il faudra retourner à Champlitte, on le rende, ou que l'on s'accommode amiablement et cordialement; car comme il ne vous reste que huit Sœurs de Champlitte, sans doute, quand il y faudra retourner, l'on y en mènera davantage, et cela toujours déchargera la maison de Gray.
Ma très-chère fille, je vous dis tout ceci par forme de pensées, mais non pour choses déterminées; je ne le peux ni dois faire, moi étant éloignée et ne voyant pas les choses, et les lettres étant sans réplique. Comme je vous l'ai déjà dit, la chose est de telle considération que ni vous ni moi n'en devons déterminer. Prenez l'avis de MM. vos Pères spirituels de Champlitte et de Gray, du Révérend Père recteur des Jésuites, du bon et vertueux M. Forestier et de quelques amis de votre maison, qui soient de justice et entendus aux affaires; et avec ces hons avis et le conseil de vos Sœurs faites votre délibération, laquelle doit êlre mise par bon écrit, bien signée; et comme vous êtes sous deux prélats, il faut, pour agir en cela stablement, le consentement et l'autorité de l'un et de l'autre. Enfin, ma chère fille, conseillez-vous bien de ceux qui sont sur les lieux, si les délibérations doivent se prendre présentement.
Il est vrai, ma très-chère fille, que je ne pense pas que ma bonne Sœur la Supérieure de Fribourg pense plus à Champlitte, et nous lui ôtons du tout l'espoir de Salins, crainte que cela ne cause quelque mésintelligence. Certes, elle est digne de compassion, et pour moi je la plains extrêmement de se voir là sans aucune assurance, des filles sur les bras, et ne sait où prendre pour leur entretien et nourriture, et des filles de Bourgogne
ANNICE 1640. 267
desquelles elle ne pourra jamais tirer de bonnes dois, si elles n'ont un lieu assigné dans la Bourgogne pour leur retraite. J'espère de la grande débonnaireté de Mgr de Besançon qu'il leur donnera retraite en quelque ville de son diocèse, en cas qu'elles ne soient pas reçues à Fribourg. Certes, tout bien considéré, vos maisons de Besançon et de Cbamplitte, de Gray et de Salins, ont grande obligation à celte bonne Mère-là, Dieu s' étant servi d'elle pour faire beaucoup en Bourgogne; et si on ne lui peut pas donner toute la satisfaction qu'elle désirerait, au moins est-il plus que raisonnable de lui témoigner du respect, de la reconnaissance, et la tenir en estime, lui faisant et procurant tout ce que légitimement l'on peut pour sa consolation et pour son soulagement. Ma Sœur la Supérieure de Besançon me paraît un vrai bon cœur; mais je lui écris afin qu'elle fasse un peu entrer ses Sœurs en considération sur ce que cette bonne Mère a fait pour elles. — Ma très-chère fille, pour ce que vous me mandez du vœu que j'avais fait pour la santé de feu notre chère Sœur Claire-Marie [deCusance], il me semble que lorsque les choses pour lesquelles l'on voue ne réussissent pas , l'on n'est pas obligé, si l'on ne veut , à accomplir le vœu. Cela étant, il serait à voire liberté; mais, si vous voulez, demandez-le à quelque personne de doctrine.
Ma lettre était écrite jusqu'ici, ma Irès-chère fille, quand i! m'est venu une pensée en l'oraison, touchant votre affaire; m'étant venue en si bon lieu, j'ai bien voulu vous la dire tout simplement. C'est donc, ma très-chère fille, que j'ai fait réflexion sur ce que vous me dites que vous vivez sur les dots des filles rerues à Gray, que votre maison de Gray n'a nul avantage que les huit mille livres cédées par Besançon, et que vous n'avez que huit filles de Champlitte. Tout cela considéré, possible serait-il bon de faire un entier transmarchement des personnes des Sœurs, et des biens de Champlille à la fondation de Gray, et votre maison et vos biens en fonds qui sont à Champlille, les
vendre à nos Sœurs de Fribourg pour acheter une maison à Gray, où je vois que vous n'avez encore ni fondement ni maison propre. Faisant ainsi vous feriez une fort bonne maison à Gray et accommoderiez nos pauvres Sœurs de Fribourg; ainsi Cbamplitte et Gray subsisteraient. Voilà ma pensée, ma très-chère fille : prenez l'avis des sages et des amis, comme je vous ai dit ci-dessus; et ce qui sera jugé le mieux à la gloire de Dieu, et selon l'esprit de notre saint Fondateur, qu'il soit fait et conclu à la garde de notre bon Dieu, qui ne manquera pas de bénir les entreprises où l'on ne regardera qu'à faire sa divine volonté! C'est en icelle, ma très-chère fille, que je vous chéris d'une affection toute maternelle.
Je vous en assure, Mgr notre digne prélat a reçu fort agréablement votre lettre ; il revint seulement avant-hier de sa visite, et ne l'avons vu qu'aujourd'hui, qui m'a recommandé de vous saluer de sa part , et vous donne sa grande bénédiction. Je pense que, s'il s'en souvient, il vous fera réponse, mais il est fort accablé d'affaires; aussi suis-je certes bien, moi, mais vous voyez pourtant, ma très-chère fille, quelle grande lettre je vous écris; que cela soit un petit témoignage de ma vraie dilection, et combien je suis véritablement, ma très-chère fille, votre, etc.
[P. S.) Mon Dieu ! ma fille, si vous pouvez aider à faire terminer ces tracasseries de Fribourg et de Besançon , faites-le. Je me confie en la bonté de votre cœur que vous le ferez, et me croyez toute vôtre.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCIÏ