‹ Lettres (volume 2)Chapitre 83 sur 163 · A LA SOEUR MARIE-FRANÇOISE DE CORBEAU · texte numérisé non relu

A LA SOEUR MARIE-FRANÇOISE DE CORBEAU

ASSISTANTE ET MAITRESSE DES NOVICES, A TURIN '

Tendresse pour les Sœurs de Turin. — Compassion pour une postulante éprouvée intérieurement; comment la diriger.

VIVE -J- JÉSUS

[Annecy, 1640.]

Il est vrai, ma très-chère fille, que Dieu m'a donné un amour et tendresse tout extraordinaires pour la Mère et les chères filles de Turin, qui sont vraiment miennes, et je les sens et

1 Cette Religieuse, membre d'une très-noble famille du Dauphiné alliée à saint François de Sales, avait apporté au premier monastère d'Annecy (1626) les germes des grandes et fortes vertus. Grâce à une direction vigoureuse, ils se développèrent si rapidement dans son âme que sainle de Chantai n'hésita pas à lui confier l'emploi de maîtresse des novices à la fondation du monastère de Turin. Lors du siège de celte ville, Sœur M.-Françoise affronta souvent les coups de canon pour aller cueillir au jardin les herbes et les racines nécessaires aux pauvres soldats du quartier. Oublieuse d'elle-même jusqu'à l'excès, elle aurait imité les anciens solitaires dans leurs jeûnes, veilles et macérations de tous gernes , si les Supérieurs n'eussent posé des limites à ses saintes cruautés.

L'établissement du monastère de Rome lui offrit de quoi satisfaire son ardeur pour la souffrance. Cette fondation que désirait vivement le Pape Alexandre VII, et pour laquelle, peu avant sa mort, il avait ce. lé le château de Vétrolle, fut poursuivie par son successeur Clément IX, qui en juin 1668

porte dans mon cœur avec une dilection toute particulière; et le progrès qu'elles font me donne une très-grande consolation. Oh! Dieu par son infinie bonté veuille accroître leur courage et allégresse à la poursuite de son saint et pur amour, mais par une suave observance et cordiale dilection et obéissance à leur très-bonne Mère, et une sainte amitié et franchise entre elles.

Mon Dieu ! que je suis touchée des peines de la très-chère petite prétendante : ce sont bien des vraies tentations que ces craintes de son salut. Il faut qu'elle fasse bien simplement ce que ma Sœur la Supérieure et vous lui direz là-dessus, et la portez fort à l'abandonnement entre les mains de Dieu. Ii la faut grandement conforter et l'assurer de son salut, si elle

fit intimer à la communauté de Turin l'ordre d'envoyer des Religieuses. La Mère de Lucinge choisit pour celle importante mission les Sœurs Gertrude-El. Provane de Leyni, Cécile-Marg. de Roëre et M.-Domitille Tarin, leur donnant pour Supérieure Sœur M. -Françoise de Corbeau. Mgr l'archevêque de Turin, annulant cette nomination, mit Sœur Gertrude-El. à la tèle de la petite communauté. Grande à cette nouvelle fut la joie de Sœur M. -Françoise et plus grande alors sa douleur quand, après quelque séjour à Rome, elle se vit, par le rappel de la jeune Supérieure, chargée seule de la sainte et difficile entreprise. La mort prématurée de Clément IX avait empêché de conclure un étahlissement définitif. Poursuivre la fondation sans appuis ni ressources paraissait téméraire, quand tout à coup, par la miraculeuse guérison du prince Borghèse, saint François de Sales acquit à ses Filles de puissants protecteurs. Le cardinal Rospigliosi, réalisant les promesses faites par son oncle Clément IX, obtint du nouveau Pape Clément X une Bulle pour, l'érection du monastère. Dès lors les familles les plus éminentes devinrent les amies fidèles de la petite communauté, et tinrent à honneur de lui donner, en la personne de leurs enfants, des âmes généreuses qui ont appris aux générations présentes à aimer et bénir les saints Fondateurs de la Visitation. Le 23 novembre 1672 vit terminer l'exil de la Mère M. -Françoise de Corbeau, dont la mémoire est en bénédiction au premier monastère d'Annecy, où elle passa douze ans, à celui de Turin, qui s'édifia pendant trente ans de son esprit religieux, et à celui de Rome, qui la garda quatre ans, et la considère à bon droit comme sa fondatrice, sa protectrice et son modèle. (Année Sainte, XI" volume.)

persévère en la sainte crainte de Dieu et en sa vocation, et lui donner courage pour cela. Le diable, qui voit que cette petite âme est choisie de Dieu pour êlre une vraie fille de la Visitation et y réussir utilement, la trouble et veut divertir de son bonheur; car je suis assurée que si elle quittait cette sainte vocation où Dieu l'a mise, que jamais elle n'aurait que troubles et remords de conscience. J'ai fort regardé ceci devant Dieu à la sainte communion, et ne puis m'empêcher de voir que Dieu la veut en cette vocation pour son bonheur. Et qu'elle considère bien ce qui l'attire ailleurs; elle verra que ce ne sont que des espérances de choses humaines et incertaines, qu'il n'y a rien de Dieu, et partant que ce ne peut être son Esprit, lequel ne donne jamais aux âmes des désirs humains, ni d'entreprendre des fardeaux qu'elles ne peuvent porter. Elle n'a donc besoin sinon de l'humiliation, et fermer la porte à toutes les pensées qui la voudront retirer de la vocation où Dieu l'a mise; ce que je dis sans autre regard que de la volonté de Dieu et de son bonheur. Il lui faut grandement inculquer le retranchement de toutes réflexions sur toutes ses peines, et Dieu bénira sa soumission. 11 lui faut aussi donner du divertissement et des occupations; et, si elle a courage et qu'elle prenne l'habit, avec une ferme résolution de persévérer, Dieu la bénira et dissipera tous ces nuages; mais je répète qu'il faut absolument qu'elle n'arrête jamais volontairement sa pensée sur ses tentations. Je la salue tendrement, car je l'aime de cœur et ces trois chères premières novices, et toutes avec nos pauvres professes et votre bon cœur. Vous savez ce que je vous suis et à toutes; priez bien Dieu pour moi, et je supplie sa Bonté vous combler toutes de son saint amour.

[P. S.] Il ne faut pas espérer des lettres de ma main : j'écris trop mal et je n'en puis plus.

Conforme à l'original «jardé aux Archives Je la Visitation d'Annecy.

LETTRE MDCCXII (Inédite)

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUTIX

SUPÉRIEURE A THOXOX

Refus d'une postulante. — Faire copier le livre des Fondations. — Appréciation que fait la Sainte de la Solitude de Philagie.

[Annecy], 14 juillet 1640.

Ma très-chère fille,

Je bénis de bon cœur Notre-Seigneur de quoi voire santé et celle de vos filles est en bon état, comme aussi la ville. Je supplie sa très-douce Bonté la rendre toujours meilleure, si tel est son bon plaisir et sa gloire. — Quant à cette femme dont vous me parlez, bien qu'elle aurait de bonnes conditions, il nous serait impossible de la recevoir, car nous n'avons plus de place.

Nous aviserons si nous vous enverrons le livre des Fondations et des Vies; cependant, faites toujours continuer pour achever celui que vous avez commencé. — Je ne suis pas d'avis que vous fassiez dire vos messes à celui que vous me nommez. J'aime mieux que vous vous serviez pour un temps des Pères Capucins, puisque, grâce à Dieu, à présent il y a moins à craindre. — Nous avons lu le livre des Solitudes de Philagie : il est vrai qu'il y a trois chapitres qui seraient nuisibles à plusieurs filles, c'est pourquoi il serait bon que jamais aucune Religieuse de la Visitation ne les lût; nous les avons fait couper, car le reste du livre est fort utile, et nous l'avons fait lire au réfectoire.

Ma toute chère fille, vivez joyeusement en Dieu, qui vous fait tant de grâces, et me recommandez toujours à sa divine miséricorde. Il soit béni ce bon Dieu éternellement, et sa sainte Mère et le glorieux saint Joseph et notre Bienheureux Père. Amen.

Conforme à l'original gardé aus Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MDCCXIII

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