‹ Lettres (volume 2)Chapitre 97 sur 163 · ASSISTA\TE AU P-REMIER MONASTÈRE DE PARIS · texte numérisé non relu

ASSISTA\TE AU P-REMIER MONASTÈRE DE PARIS

Recommandations pour le soulagement de la Mère H. A. Lhuillier. — Succès qu'obtiennent les Prêtres de la Mission dans le diocèse de Genève ; croyance populaire à leur sujet. — Prière de faire passer les Vies des Sœurs défuntes au deuxième monastère. — Divers envois de livres.

vive f JÉSUS.'

Annecy, 18 février 1641.

Ma très-chère fille,

Il faut que je supplée ici à ce que je n'ai pas dit à malrèschère Sœur la Supérieure, n'ayant pu plus longtemps écrire de ma main, à cause d'une défluxion qui me tombe sur le visage, et qui me travaille un peu dès environ trois semaines en ça; vous verrez ce que je lui écris touchant le voyage de Moulins et le direz au bon M. [saint] Vincent [de Paul], auquel je n'écris pas maintenant pour la même raison que je viens de vous dire. Sitôt que nous aurons la résolution de ce béni voyage, assurez-le que nous la vous ferons savoir. Or, ma très-chère fille, puisqu'il plaît à Dieu de tenir ma très-chère Sœur la Supérieure dans de si continuelles infirmités et maladies, bien que j'aie confiance que la divine Providence, qui sait le besoin que votre chère maison et certes tout l'Institut en a, nous la conservera encore pour quelques années, il faut la soulager, et pour cela la décharger entièrement, par l'autorité de M. Vincent, de tous les soins et fonctions delà supériorité, excepté de ses conseils, avis et ordonnances es occasions un peu importantes; et que, lorsque quelque Sœur particulière aura des nécessités, elle leur parlât quelque quart d'heure quand elle le pourrait sans incommodité, car le parler surtout lui est extrêmement nuisible; c'est pourquoi il en faut éviter les occasions autant qu'il se pourra, si ce n'est pour des absolues nécessités.

Je suis du sentiment de M. Vincent, qu'il ne la faut pas

déposer, car ce mot de Mère portera toujours, pour son regard, des effets tout particuliers dans votre chère communauté; mais il la faut absolument décharger des soins et fonctions de cette charge. Je sais, ma chère fille, combien cette chère Mère est précieuse à votre chère âme, c'est pourquoi je ne m'étends pas à vous la recommander : votre véritable charité et sincère dilection pour elle me tiennent en repos de ce côté-là. Vous agréerez pourtant que, pour ma consolation, je vous conjure d'apporter et contribuer tout ce qu'il vous sera possible et qui se pourra humainement faire pour son soulagement. Je m'assure que notre bon M. Vincent vous mettra le fardeau dessus; recevez-le, ma chère fille, avec humilité et confiance en notre bon Dieu, qui vous donnera tout ce qui vous sera nécessaire pour le porter; marchez seulement dans votre droiture, sincérité et bonne foi accoutumées, et sa Bonté vous bénira.

Je vous prie de saluer chèrement M. Vincent de ma part, et lui dites que je me tiens bien assurée qu'il ne m'oublie pas devant Dieu. Nos Messieurs de la Mission, ses chers enfants, se portent bien; ils sont maintenant à une lieue près de Genève. Dieu répand de grandes bénédictions sur leurs travaux. Ils sont tous en œuvre et en admiration de voir la bonté et docilité des peuples de deçà. Il faut dire ceci aussi à leur bon Père M. Vincent, pour le récréer : M. Codoing nous écrivait l'autre jour que ces pauvres paysans, nonobstant les grandes neiges et mauvais temps qu'il a fait ces jours de deçà, venaient d'une grande lieue de ce pays (qui en veut dire deux ou trois de France), et étaient deux heures avant le jour à la paroisse pour ouïr les prédications, et que les larmes des pénitents attirent bien souvent les leurs. Ces bonnes gens disent entre eux que Notre-Seigneur leur a révélé tous leurs péchés, et d'autres que la fin du monde s'approche et que Nôtre-Seigneuries a envoyés avant l'Antéchrist, pour les exciter à faire pénitence; d'autres disent qu'ils ont demeuré morts six années à Rome, et que Notre-Seigneur les a

ressuscites pour leur venir annoncer les peines de l'autre monde. Une bonne femme simple, qui les était allée trouver d'assez loin pour se confesser à eux, un matin s'en alla heurter à leur porte et dit qu'elle voulait parler au Père prédicateur. M. Codoing vint, et l'ayant interrogée de ce qu'elle voulait, elle lui répondit en son savoyard : « Je vous viens dire, Monsieur, que vous vous teniez prêt, car dans sis ans vous irez faire vos missions dans Genève. » — « Qui vous l'a dit, ma bonne amie? » — Elle répéta encore qu'elle l'assurait de cela, que dans six ans, ils feraient leurs missions dans Genève. M. Codoing écrit encore qu'il a fait des conversions tout extraordinaires. Enfin ces bons ouvriers moissonnent abondamment dans le champ de Notre-Seigneur.

Je vous prie, ma chère fille, de nous faire savoir au plus tôt des nouvelles de ma Sœur la Supérieure et de M. Vincent, par la voie de Chambéry, puisque c'est la plus prompte; car si bien je ne réponds qu'aujourd'hui à vos lettres, elles nous furent déjà remises le 14 de ce mois. Nous attendons de bon cœur des livres de Méditations, parce que les premiers sont perdus avec le livre de la Vie de notre Bienheureux Père, faite par le Père Talon, et une couple de paires d'Heures de la nouvelle impression et le devis sur le plan des monastères. Vous ne nous avez point dit, ma chère fille, si vous avez reçu nos livres, que l'on envoya avec les mémoires des corrections sur iceux. Il me tarde aussi un peu de savoir si vous avez lu les Vies de nos Sœurs, et de savoir les remarques que vous et vos Sœurs y aurez faites, parce que je n'attends que cela pour y raccommoder encore quelque chose. Quand vous les aurez vues, je vous prie de les communiquer à nos Sœurs du faubourg. Voilà, ma chère fille, tout ce qui m'est venu en vue pour vous dire maintenant. Vous savez combien vous m'êtes chère et que vous êtes et serez toujours ma pauvre vieille et très-chère grosse fille, à laquelle je souhaite le comble des grâces célestes, étant de tout mon cœur , etc.

Je vous embrasse en esprit de tout mon cœur et toutes nos très-chères Sœurs. Je supplie la divine Bonté de répandre sur toutes ses très-saintes bénédictions et qu'elle vous conserve votre bonne Mère. Votre très-humble et indigne sœur et servante, qui vous assure que vous êtes toute dans son cœur comme sa très-chère vieille fille. — L'on nous avait fait espérer les OEuvres de notre Bienheureux Père, toutes en un ou deux tomes, et nous ne voyons rien. Je m'en plains à M. Rioton ' , que je salue chèrement par votre entremise.

Conforme à une copie de l'original gardé au premier monastère de la Visitation de Paris.

LETTRE MDCCXLIX

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY

SUPÉRIEURE A BOURG EN BRESSE

Prévisions pour les élections de Moulins et de Bourg. — Les âmes qui aiment la bassesse et la pauvreté possèdent un trésor. — Il serait prudent et charitable que la Mère de Blonay fût réélue à Lyon. — Il faut être très-réservé à parler des fautes du prochain.

vive -J- JÉSUS.'

[Annecy], 20 février [1641].

Ma très -chère fille,

Voilà la réponse de Dijon que j'ai faite; mais, las! elle arrivera bien tard, car elle a demeuré deux mois par les chemins. Envoyez-la le plus tôt que vous pourrez et sûrement. — Il n'y a pas longtemps que je vous ai écrit par un Père Cordelier. — Il nous faut un peu laisser là Moulins, car il est vrai que si on ne voulait pas vous donner à Lyon ni ici, je craindrais que vous n'eussiez pas la force ni la santé de porter le faix de ce monastère-là; mais si Dieu vous y voulait, Il vous la donnerait pourtant.

Vous m'avez ouvert l'esprit du côté de ma Sœur Fr.-Augus-

1 Confesseur du premier monastère de la Visitation de Paris.

tine [Brung]; mais pensez-vous que la maison de Montluel s'en puisse passer? Vous connaissez les filles de cette maison-là, pensez-vous qu'il y ait des filles capables de succédera la Mère? car, si cela était, on la pourrait proposer à Moulins, bien que, pour parler entre nous deux, je pense que la Mère déposée de Blois les pourrait mieux servir; car elle est déjà faite dès longtemps aux esprits difficiles. II n'y a encore rien d'assuré si j'irai ou non J, car je ne sais point la réponse que Mgr de Genève a faite, sinon que je ne pourrais sortir de ce monastère qu'après l'Ascension. Je ne doute' point que si Son Eminence donne la liberté à nos Sœurs, qu'elles ne vous réélisent; et pour moi je le désirerais, quoique au préjudice de ma consolation et de l'utilité de cette maison. Mais certes, toutes raisons et bonnes considérations faites selon la prudente charité, vous devez être rappelée en cette maison-là par voie d'élection; mais si Dieu ne le veut pas, ni nous aussi. Il faut attendre le temps pour voir ce qu'il en ordonnera.

Me voilà bien contente de savoir que vous avez chez vous des filles propres pour vous succéder. Ma Sœur AI. -Madeleine [de Mouxy] me dit que notre Sœur de Tavernoz est humble, zélée à l'observance et de bon jugement. Avec ces trois conditions, pour moi je lui donne ma voix, outre qu'étant de bonne maison, fort apparente dans le pays, cela appuiera votre monastère en ce temps calamiteux. Vous me dites que vous pensez que ma Sœur A. B. emportera les voix; j'en serais marrie, car j'estime que l'autre servirait plus utilement. Il faut grandement recommander cela à Noire-Seigneur. C'est un grand bien quand les monastères se peuvent tenir chez [eux]. Je suis bien aise que vos Sœurs s'entendent bien au ménage, et qu'elles le fassent ménagèrement ; car il est bienséant aux Religieuses qui ont fait

1 A Moulins, selon le désir et d'après les instantes prières de madame de Montmorency.

vœu de pauvreté d'en faire souvent des pratiques. Que j'aime ces âmes que vous me dites qui se tiennent dans la bassesse et aiment la pauvreté ! Qu'elles sont heureuses ! Elles possèdent un grand trésor, et ne m'étonne pas si Dieu les tient unies à sa Bonté ; faites qu'elles prient souvent Notre-Seigneur pour moi.

J'ai vu la lettre de la Mère de Bellecour, elle est assez cordiale. Certes, elle a bien tort de son histoire : ses promenades de monastère à autre attireront des grandes censures; mais le pis c'est qu'il y a grand péché. J'avais déjà su tout cela, j'en dirai ma pensée comme il faut. Vos filles ont écrit toute cette histoire à notre Sœur M. -Madeleine. Je n'aime point que l'on se communique telle chose, et moins que l'on en parle dans les communautés, car il peut intéresser la charité de parler des défauts : ceux-là sont grands, et vous lui deviez répondre quelque cordial avis là-dessus. Mon Dieu! ma très-chère fille, que tout cela est contraire à cette sainte simplicité et exactitude qui nous sont tant recommandées. Hélas! inculquez-la bien à vos filles et partout où vous écrivez. Notre bon Dieu la veuille cimenter dans nos maisons et vous comble de son saint amour.

Conforme à l'original gardé aui Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MDCCL

A LA MÈRE JEANiME-SÉRAPHINE DE CHAMOUSSET

SUPÉRIEURE A AOSTE

Conseils pour le choix des Religieuses destinées à la fondation de Verceil; dans quelles vertus elles doivent exceller. — Estime particulière pour Sœur F. C. Solar.

vive -J- JÉSUS!

Annecy, 22 février 1641.

Or sus, ma chère fille, je bénis Dieu de ce que l'on s'est adressé à vous pour fournir à la fondation de Verceil, et vous confesse qu'il me semble avoir les épaules extrêmement déchar-

gées; car l'on s'adressait à nous, et l'on nous pressait fort. J'ai été un peu en peine et en doute, ma chère fille, si celle que vous me nommez pour être Supérieure aura assez de fondement et de clarté d'esprit ; mais je considère qu'elle n'aura que deux professes sous elle, et que ma Sœur Catherine-Françoise Solar ' aura la conduite de tout le noviciat. Cette chère Sœur est une fille bien faite et solide, qui laissa dans mon cœur bien de l'estime et de bons sentiments de sa vertu- il faut bien qu'elle soit assistante et directrice, et en donner une troisième si bonne qu'à son tour elle puisse être Supérieure; car, en Italie, ils veulent qu'on les échange de trois ans en trois ans. Voyez-vous, ma chère fille, quand on fait des fondations il ne faut pas être attaché aux filles, ains il faut donner les meilleurs piliers, surtout en ces lieux-là, et donnant si peu de professes.

Il faut aussi dire à la chère Sœur destinée pour être Supérieure et à la directrice , que nous avons connu que les esprits piémontais sont fort enclins à la dévotion; mais ils veulent y être conduits avec grande douceur, cordialité et témoignages

1 Sœur Françoise-Catherine fut une de ces âmes choisies que le Seigneur cache de honne heure dans le secret de son tabernacle, et dont II ne permet pas au monde d'approcher, de peur que sa malice ne corrompe leur innocence. Elle était fille de M. le comte Solar, écuyer des Sérénismes Infantes de Savoie, qui la choisirent pour demoiselle d'honneur. « Véritablement, dit la Mère de Chaugy, encore que ces grandes princesses ne gardassent pas une clôture religieuse, elles vivaient très-vertueusement sous l'habit du Tiers Ordre de saint François. Leur cour était la vraie cour sainte » ; toutes y menaient secrètement une vie très-austère, n'allant aux fêtes du monde que sous l'armure du cilice , consacrant aux pauvres leurs biens, leur personne et leur vie. Mademoiselle Solar n'obtint pas sans peine des Sérénissimes Infantes la permission de les quitter ; mais aidée des conseils du Père dom Juste Guérin, Barnabite, directeur des princesses, elle sut rompre tous les obstacles, et sortir d'un somptueux palais pour aller s'enfermer dans l'incommode et pauvre monastère d'Aoste. Peu d'années après sa profession on lui commit le soin du noviciat. En 1638, lors de la fondation de Turin, sainte J. F. de Chaulai s'arrêta quelques jours dans cette solitude, et assura la Supérieure qu'elle devait estimer la nouvelle

d'une généreuse affection. Recommandez fort à ces chères Sœurs de conserver surtout leur simplicité, humilité et amour à la bassesse. Gravez le plus que vous pourrez en leurs cœurs une inviolable résolution de se tenir fermes à l'observance; car, ma chère fille, le bonheur des maisons dépend en partie du bon pli qu'on leur donne au commencement.

Les avantages temporels pour cette fondation sont très-bons : il n'y a qu'à bien établir le spirituel. Recommandez fort cela à nos bonnes Sœurs; et quand elles seront à Verceil, il faudra avoir soin de leur écrire souvent, les encourageant fort de rendre à Dieu le service que sa Bonté requiert d'elles, comme étant une chose de très-grande conséquence. Je les salue, ces très-chères Sœurs, et les conjure, au nom de Notre-Seigneur, d'être si humbles, généreuses et fidèles à tout ce qui est de l'Institut, qu'elles eu répandent la bonne odeur, et l'estime de l'esprit de leur saint Fondateur en tous ceux qui les fréquenteront. Je prie notre bon Dieu de les bénir à leur départ et de les accompagner et aider de sa sainte grâce, pour bien faire la besogne que sa

directrice comme un trésor rare et précieux, assurant avoir trouvé en elle « un abîme d'humilité, une sublime perfection , jointe à un éminent degré d'union à Dieu » .

Dès qu'il fut question d'établir le monastère de Verceil, l'Infante Marie, qui patronnait cette œuvre, désira voir au nombre des fondatrices mademoiselle Solar, son ancienne amie et confidente intime. On vit bientôt combien était juste ce cboix qu'approuva la Sainte. La jeune directrice ne désirait pas seulement des âmes confiées à sa sollicitude le commencement de l'amour, elle en exigeait la consommation. Llle voulait que cet amour détruisit tout ce qui n'était pas Lui, et leur paraphrasait admirablement par sa conduite mieux encore que par ses paroles cette invitation du Cantique des cantiques : Lève-toi, ma bien-aimée, et viens. « Allons, disait-elle, dans la caverne, dans un désert odieux aux sens, à la nature. Dépouillement de tout, mort à tout, esprit de prière, de sacrifice, d'abandon au divin bon plaisir : voilà le creux de la pierre où Jésus appelle les Filles de la Visitation. »

Après quatorze ans de fidélité à suivre les inspirations de la grâce, celte victime de l'amour divin alla recevoir avec la couronne des Vierges la palme des Martyrs. (Histoire de la fondation du monastère d'Aoste.)

Bonté leur commet. J'espère qu'elles nous feront part de leurs prières, et Je leurs nouvelles très-amplement; je les en conjure, et vous aussi, ma vraie fille, qui savez de quelle sorte vous êtes intime dans mon cœur, et de quelle invariable dilection je suis votre, etc., toute vôtre de cœur.

Extraite de l'Histoire inédite de la fondation d'Aoste.

LETTRE MDCCLI

A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION

La bénédiction divine accompagne le gouvernement fait avec suavité. — On peut recevoir une bienfaitrice muette. — Désir d'être déchargée de toute supériorité.

[Annecy, 1641.]

Ma pauvre très-chère fille,

Je ne sais comme quoi vous recevez si tard nos lettres, car notre chère Sœur [AI. E. Guérard] Supérieure à Lyon, où je les adresse toujours , est incomparable en son soin de faire tenir nos paquets à leurs adresses, mais la sainte Providence permet ces relardernents pour notre commune mortification. 0 Dieu! ma fille, que de bonheur et bénédiction accompagnent le gouvernement fait avec une humble suavité; conservez bien cet esprit, qui ne peut être vrai et constant sans une vraie mortification et dévotion. Je m'imagine la complaisance de notre Bienheureux Père sur les familles où cet esprit reluit par une exacte observance. Il y a bien de la douceur à se représenter que ses yeux voient toutes nos actions, et encore plus les yeux de notre grand Père céleste, qui pénètre le fond de nos cœurs. 0 ma fille! que cette pensée est utile aux servantes de Dieu!

Oui, vous pouvez recevoir cette bienfaitrice muette. Ces difformités de nature déplaisent aux sens, mais elles agréent grandement à la sainte charité. Si donc cette fille a l'esprit doux et porté à la piété, il la faut recevoir au nom de Dieu. — Je n'ai

pas encore mérité la grâce d'être tout à fait déposée de la supériorité. Si ce bien m'arrive un jour, je vous prie de vous en réjouir avec moi. Il me semble que l'on me devrait donner ce soulagement pour servir avec plus de loisir nos cbères maisons, qui s'adressent à moi. Dieu, et l'autorité de laquelle dépend mon obéissance feront ce qui leur plaira.

LETTRE MDCGLII

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUTI.M

SUPÉRIEURE A THOXOX

Dispositions intérieures de la Sainte. — Anéantir les inclinations humaines par un simple regard en Dieu.

VIVE f J^'SUS!

[Annecy], 28 février 1641.

Ma très-chère fille,

Je ne peux guère écrire de ma main sans que s'accroisse la déiluxion que j'ai sur un œil ; notre bonne Sœur Jeanne-Thérèse vous dira donc le surplus. Hélas! ma fille, que je serais heureuse si j'avais cette vue ou sentiment que c'est notre bon Dieu qui consume mon être dans son feu divin; je ne me soucie pas de souffrir, mais je crains de l'offenser et de périr. Je ne saurais rien désirer, sinon l'accomplissement de sa très-sainte volonté, et que je fasse ce qui lui plaît : demandez-lui incessamment cette grâce.

Votre cher cœur va bien : plus il anéantira toutes ses vues et inclinations en ce simple regard d'unité , mieux il fera ce que Dieu requiert de vous; alentissez, tant qu'il vous sera possible, ces ardeurs de faire et souffrir, réduisez tout à la douceur et à bien employer les occasions que Dieu vous présente en chaque moment, ne permettant à votre esprit de regarder plus loin, tant qu'il se pourra. Je vous prie, ma très-chère fille, n'ayez en aucune façon cette crainte de vous attendrir sur votre corps, je

vous assure que vous êtes incapable de le faire; mais assurezvous que Dieu veut que vous fassiez tout ce qui sera requis pour vous maintenir en force et en santé, je vous en conjure, car je sais bien que c'est la volonté de Dieu que vous le fassiez. — Ne me faites jamais excuse d'aucune chose que vous m'écriviez ou disiez, non, je vous prie; vivons dans cette pleine et franche confiance , car je désire qu'il n'y ait qu'un cœur et une âme entre nous : je crois que Notre-Seigneur le veut. Son saint Nom soit béni et celui de sa sainte Mère. Amen.

Conforme à l'original gardé aux Archives delà Visitation d'Annecy.

LETTRE MDCCLIII (Inédite)

A MONSIEUR DE BÉGET

ABBK DE SAINT-VOZY

Respect de la Sainte pour cet ecclésiastique; elle recommande le monastère du Puy à sa sagesse.

vive f jésus!

Annecy, 7 mars 1641.

Monsieur , Depuis que Notre-Seigneur m'a fait la grâce d'avoir connaissance de votre piété, sa Bonté a gravé en même temps en mon âme une si grande estime de votre vertu, de votre mérite, et du bonheur que nos Sœurs vos filles ont d'être dirigées par vos saints et sages avis, qu'il me semble, Monsieur, avec la divine grâce, que de ma vie je ne vous saurais oublier, et prie Notre- Seigneur augmenter de plus en plus ses précieux dons et grâces en votre bénite âme. Mais, Monsieur, permettez-moi aussi de vous conjurer de me tenir la promesse que votre bonté me fait d'avoir mémoire de moi en vos prières et sacrifices. C'est une charité de laquelle j'ai grand besoin, étant ce que je suis et avec soixante et dix ans mal employés. Obtenez-moi, Monsieur, la grâce de m'acheminer à un heureux trépas en l'amour et crainte

de notre bon Dieu, que je bénis de tout mon cœur du meilleur état où je vois maintenant notre maison du Puy.

Vous faites un jugement conforme à celui de notre Bienheureux Père, Monsieur, [en disant] que la fantaisie que les filles prennent de changer de monastère est une tentation ; il faut traiter cette pensée comme telle, ainsi que disait notre Bienheureux Père, car pour changer le lieu nous ne nous changeons pas nous-mêmes, nous nous portons partout. Il disait, ce Bienheureux , qu'il ne fallait point écouter les filles en cet injuste désir, qui ne provient que de peu de vertu. J'espère que Notre- Seigneur conservera ma chère Sœur la Supérieure, et lui fera la grâce de dresser si solidement quelque Sœur pour lui succéder, que tous les défauts passés seront réparés, Dieu aidant, et vous, Monsieur.

J'ai une grande croyance que les bons succès qui arriveront en notre maison du Puy seront des bénédictions de Dieu départies à ces chères âmes, parce que vous les aurez obtenues de Dieu pour elles, en qui j'espère que sa Bonté rendra votre sainte affection et vos soins paternels utiles. Je vous supplie, Monsieur, de me joindre à ces chères filles, et me croire plus que pas une, Monsieur, votre, etc.

Conforme à l'original gardé à la Visitation de Saint-Êtienne.

LETTRE MDCCLIV

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE RABUTIN

SUPÉRIEURE A THOXOV

Les Sœurs du deuxième monastère d'Annecy demandent à placer cette Supérieure sur leur catalogue pour la prochaine élection.

vive -j- jésus!

[Annecy], S mars 164.1

Ma très-chère fille, Nous voyant presque à la veille de [la fin de] votre triennal , et du mien, je ne me mets pas en peine de vous faire réponse

366 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.

sur ce qui vous regarde, car je i\e vois aucune apparence de vous laisser encore à Thonon ; car pour vous dire en toute confiance, par la main de ma Sœur Jeanne-Thérèse, si vous n'êtes pas élue dans ce premier monastère, ce que je ne désire pas pour encore, ce sera en la seconde maison, ne pouvant en conscience leur refuser celte consolation qu'elles désirent passionnément et avec raison, car elles en ont besoin, bien que leur Mère soit très-bonne. Vous ferez donc très-bien , sans faire semblant de ce que dessus, de dire à vos Sœurs qu'elles regardent à se pourvoir, et qu'elles ne se mettent pas en peine de nous davantage importuner pour vous ravoir ; car sans miracle cela ne se peut; ce n'est pas que de bon cœur je ne veuille les servir en tout ce qui me sera possible. Donnez-leur votre avis, lorsqu'elles vous le demanderont, de ce que vous croyez être pour leur bien. — J'ai été presque toujours avec quelque défluxion, tantôt plus, tantôt moins, depuis le mois de janvier jusqu'à présent que je me porte assez bien, Dieu merci.

Ma fille, j'ai parlé l'autre jour à Monseigneur pour ma déposition. Il reçut bien mes raisons : c'est la vérité que je ne puis plus satisfaire à tant d'écritures et lectures et à la conduite d'une maison. Nos Sœurs sont fort bonnes, Dieu merci. Celles de la petite maison sont bonnes aussi, mais tout à fait dans le besoin d'une Mère; la leur est une petite sainte, mais il est impossible qu'elle puisse plus porter le faix ni le faire utilement, et au gré de la plupart des filles, de sorte que nos bonnes Sœurs de Thonon feront bien de penser à elles, sans leur dire toutefois à quoi vous êtes destinée. — Je suis parmi mille écritures qu'il faut ce soir pour Lyon , qui me font finir. Adieu , priez toujours plus fortement cette infinie Bonté pour mes besoins. Je suis totalement et entièrement vôtre.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE MDCCLV

A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION

Vertus les plus nécessaires à une Supérieure.

VIVE f JÉSUS !

Annecy, 8 mars 1641.

Je bénis Dieu des bonnes résolutions que vous me dites qu'ont faites nos Sœurs en leurs solitudes, et je supplie sa Bonté de leur faire la grâce de les réduire en effets : et vous, ma fille, je vous prie de les bien exercer en la mortification de leurs passions, mais particulièrement celles que vous voyez avoir quelque disposition pour le gouvernement. Portez-les fort au dénûment d'elles-mêmes, et de tout propre intérêt et recherche, car je vous dis, ma fille, que c'est de ces manquements d'où procèdent la plupart de ceux que l'on commet au gouvernement. C'est pourquoi il est nécessaire d'être grandement dénuée , et de marcher fort droitement et sincèrement devant Dieu pour y bien réussir, et surtout pour mériter de recevoir son assistance qui est si nécessaire, et sans laquelle toute notre peine et travail est de peu de valeur et sans fruit. C'est le grand bonheur d'une Supérieure d'avoir le support du prochain ; il faut supporter avec une douce égalité toutes les inégalités qui se rencontrent tant en nous-mêmes qu'en autrui. Il faut toujours tenir le dessus de nos inclinations, afin que la douceur, l'humilité et sainte joie ne manquent jamais, tant qu'il se pourra, en notre extérieur. Dieu nous donne sa sainte lumière ! Demandez-la bien pour moi, qui suis votre, etc.

LETTRE MDCCLVI

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