A LA MÈRE CLAIRE-MADELEINE DE PIERRE
SUPÉRIEURE S 1VGERS '
Les novices ne doivent pas sorlir au parloir extérieur pour être examinées avant la profession. — Ne pas éconduire les infirmes, quand elles ont le cœur et l'esprit sains. — Il ne faut pas mettre les novices officières dans les emplois. — Il est important que la Supérieure assiste aux exercices de communauté. — Le bon air et les jardins sont nécessaires aux maisons religieuses.
vive -j- JÉSUS !
Annecy, 8 mars 1641.
AIa très-chère fille,
Je bénis Dieu de tout mon cœur de l'édification que vous avez reçue de nos Sœurs N. N. Ce sont des vraies servantes de Notre-Seigneur, grandement affermies dans l'observance de leur Règle.
Béni soit Dieu qui vous a donné un si bon Père spirituel. Il est vrai, ma fille, ce qu'il désire que les filles sortent dehors pour être examinées pour la profession, n'est pas notre coutume. Notre Bienheureux Père lui-même recevait leur examen à la grille, mais étant seul dans le parloir et la porte fermée sur elles. Il faut le dire tout simplement à ce bon Monsieur, qui étant si plein d'affection se laissera, comme je pense, gagner à cet exemple. Si néanmoins il tient ferme à son opinion, il faut lui
1 Reçue au premier monastère de Paris dès l'année 1623 , Sœur Claire- Madeleine y avait apporté une foi vive, un jugement solide, un cœur noble et généreux. Elle travailla si constamment à l'acquisition des fortes vertus évangéliques, que la Mère A. C. de Beaumont la choisit peu après sa profession pour être une des pierres fondamentales du deuxième monastère de Paris, d'où plus tard on l'envoya à Angers. La Mère Claire-Madeleine, après avoir solidement établi le monastère de celte ville, qu'elle gouverna avec beaucoup de sagesse ainsi que celui de Tours, eut à s'occuper de la fondation de Saumur. C'est là que par de longues souffrances intérieures et extérieures, elle combla la mesure de ses mérites, et en 1674 entendit la voix de l'Epoux la convier aux éternelles rémunérations. [Aimée Sainte, VIe volume.)
condescendre en ce point. — Soyez bien ferme à l'observance de la Règle; mais ne soyez pas trop ferme ni chicaneuse pour le temporel. Et, pour Dieu, ne refusez jamais les filles infirmes, quand elles ont le cœur et l'esprit bien sains. Et pour les infirmités du corps, ne demandez pas de grands surcroîts de dot, sinon pour celles auxquelles il faut de grands soulagements extraordinaires. Enfin je désire qu'on connaisse que vous êtes des vraies Filles de notre Bienheureux Père. Je vous prie, ma fille , ne cherchons point l'éclat ni ces grands appareils, mais demeurons humblement à l'abri de la sainte pauvreté, il en ira mieux pour nous; car Dieu regarde les humbles, et pour avoir un seul de ses regards , nous devrions souhaiter d'être cachées à toute la terre pour jamais.
Il me semble de remarquer dans la liste de vos officières que vous avez mis une novice blanche sacristine. Ma fille, il ne faut pas faire cela, s'il vous plaît, sinon qu'il y eût une nécessité tout à fait extraordinaire. 11 faut se contenter de les mettre aides d'offices, et leur faut bien donner le temps du noviciat pour s'instruire des observances et se fonder dans l'esprit intérieur. — L'on m'a écrit que votre infirmité corporelle ne dure pas; j'en suis fort aise, ne pouvant assez exagérer comme la présence d'une Supérieure est nécessaire dans les communautés. Tenezvous-y le plus que vous pourrez. Certes, nous autres Supérieures avons grande obligation de nous tenir sur nos gardes, afin que servant les autres nous ne nous oubliions pas nous-mêmes pour le bien éternel de notre âme. — Je congratule nos chères Sœurs de l'utilité qu'elles ont trouvée es Méditations de la solitude, que nous avons fait dresser ici par notre chère Sœur [F. -Madeleine de Chaugy]. Tout ce qui vient de l'esprit de noire Bienheureux Père et qui est conforme à cela nous est uniquement propre.
Vous me marquez deux mauvais points en la place qu'on vous veut vendre : le bon air et les jardinages étant tout à fait vin. 24
nécessaires aux Religieuses cloîtrées. C'est une des choses à quoi les Supérieures qui vont aux fondations doivent plus prendre garde, de donner à leur monastère une bonne situation. Notre très-honoré frère M. l'abbé de Vaux vous conseillera bien là-dessus. Vous rne faites plaisir de m'en dire des nouvelles : c'est l'ami fidèle de l'Institut, et qui a une si grande intelligence et pratique de l'esprit de notre Bienheureux Père que vous ne sauriez faillir en suivant ses conseils. Je le salue très-respectueusement, et très-cordialement toutes nos Sœurs. Je les conjure de demander à Notre-Seigneur que je me puisse acheminer à faire une heureuse mort en son amour, en sa grâce et en sa crainte. Je suis en un âge où il me semble que tous ceux qui me font la charité de m'aimer, me doivent faire ce souhait. Je vous fais celui, et à toute votre ehère troupe, d'aller toujours croissant en l'amour de Dieu, auquel je suis votre, etc.
LETTRE MDCCLVII {Inédite)
A LA SOEUR AN\E-MARIE BOLLAIN
ASSISTANTE AU rRF.MIER MONASTÈRE DE PARIS
La Mère H. A. Lhuillier demande sa déposition; on ne peut la lui refuser, vu le mauvais état de sa santé.
vive -J- jksus!
Annecy, 8 mars 1641.
Je suis toujours dans une extrême peine des continuelles maladies de ma pauvre Sœur la Supérieure , aussi bien que vous, mais enfin, elle et nous sommes à Dieu, il lui faut laisser la conduite de tout; sa Providence sait ce qu'elle a déterminé d'en faire. Depuis mes dernières lettres auxquelles je m'étais jointe, comme de raison, au sentiment de notre bon M. Vincent,
j'ai reçu encore un billet de sa part, par lequel elle continue à me représenter ses raisons à ce qu'elle soit déposée; et vraiment, les ayant considérées , il me semble que ce serait charité de lui donner ce soulagement; car votre communauté ayant l'amour et l'estime qu'elle a pour elle, ne lairra pas de la regarder, et chérir ses avis et sentiments autant que si elle était leur Mère. Enfin, ma chère fille, je crois qu'il y a quelque obligation de condescendre au désir de cette très-chère Mère. Je sais, ma chère fille, votre affection pour elle : il me suffit de vous avoir dit mon sentiment devant Dieu.
Votre communauté s'est engagée à la nôtre d'un livre ou d'un tome de toutes les OEuvres de notre Bienheureux Père ; je désire fort de l'avoir à cause des Epîtres qui sont augmentées. Quant à la crainte que l'on a qu'un parent de notre Bienheureux Père ne fasse imprimer ses sermons , si le dessein ne se rompt., au moins sera-t-il différé pour donner temps aux imprimeurs de se défaire de tous les exemplaires, pour se rembourser des grands frais qu'ils ont faits pour imprimer toutes les OEuvres de ce Bienheureux ; mais, ma fille, je crois que la Vie faite par le Père Talon n'est pas jointe à ce tome, c'est pourquoi je vous prie de la nous faire avoir à part. Nous n'avons toujours point de nouvelles du livre des Méditations, ni nos Sœurs de Lyon non plus. Recommandez-moi à la divine miséricorde et me croyez d'un cœur invariable, votre très-humble, etc. — Ma très-chère vieille fille que j'aime cordialement, mille saluts à notre très-bon Père M. Vincent.
Conforme aune copie de l'original gardé au premier monastère de la Visitation de Paris.
LETTRE MDCCLVIII (Inédite)
A LA SOEUR MARIE-SUZANNE DURET
MAITRESSE DES NOVICES A DRAGL'IGNAV
Instances faites par le monastère de Draguiynan pour obtenir de la conserver. — Le comble de l'humilité consiste dans l'abandon de soi-même entre les ma'n; de Dieu.
VIVE -J- JESls!
[Annecy, 1641.]
Ma très-chère fille,
C'est la vérité que pour la consolation de votre bon père je désirerais vous retirer, mais ma Sœur la Supérieure me fait une si grande instance pour vous laisser, et de la part aussi de ses Sœurs, que je ferais conscience de vous ôter de là. Mais il faudra que vous en écriviez à votre bon père, selon que ma Sœur Jeanne-Thérèse vous dira de notre part. Ma très-chère fille, tâchez de correspondre à l'affection de vos Sœurs et à ce qu'elles attendent de vous, et surtout au dessein que JVolre-Seigneur a de se servir de vous en cette chère maison. Et vous le ferez, ma fille ; je l'espère de la bonté de Dieu, et de votre fidélité à suivre exactement les saintes lumières et bons désirs qu'il vous a donnés en votre retraite : la très-sainte humilité) dont le haut bout est la parfaite remise et abandonnement de soi-même à Dieu, et la fidélité à vous tenir en sa divine présence, sans vous amuser à regarder comment, mais multiplier les retours et élancements de cœur à Dieu , tandis que vous le pourrez. Et pour Dieu, ma très-chère fille, défaites-vous bien de vous-même et de vos propres recherches et intérêts, et ne cherchez que Dieu et le bien des âmes que vous servez, et ayez une entière douceur et patience en ce saint service, et Dieu vous en bénira. J'en supplie sa Bonté, et vous de me bien recommander à sa
miséricorde, et toutes vos Sœurs novices que je salue avec vous, leur souhaitant la vraie humilité avec l'exacte observance. Je suis toute vô!re de cœur.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCLIX
A LA MÈRE LOUISE-DOROTHÉE DE MARIGXY
SUPÉRIEUR!! A MONTPELLIER
Désir de connaître son avis sur Sœur F. E. de \Touvery, demandée pour être Supérieure à Saint-Flour. — Prolongation de séjour en Provence de quelques Religieuses d'Annecy. — Extrême pauvreté du monastère de Nancy.
vive f JÉSUS !
[Annecy], 15 mars [1641].
Ma très-chère fille,
Je supplie notre divin Sauveur de vous rendre abondamment participante de sa douloureuse mort et passion.
Ce mot est pour vous dire que ma Sœur la Supérieure de Saint- Flour nous demande instamment notre Sœur F. E. [deMouvery] pour êlre mise sur le catalogue, à cause qu'elles l'ont connue pendant son séjour à Riom. Je lui ai répondu que je désirais qu'elle demeurât un peu auprès de vous avant de la remettre en charge, leur nommant plusieurs autres Sœurs déposées qu'elles pourraient avoir, en leur disant que je penserai encore si nous leur pourrons donner notre Sœur F. -Emmanuelle. Or, je vous prie, ma très-chère fille, de bien considérer devant Dieu si vous pensez qu'elle puisse utilement servir cette maison de Saint-Flour. Cela étant, je vous prie, obligez-moi d'écrire à la Mère de Saint-Flour que je vous ai priée de lui écrire qu'elles la pourront mettre sur leur catalogue, et comme vous espérez que si le sort tombe sur elle, elle réussira à la gloire de Dieu et à leur contentement, ou ce que Dieu vous dictera. Si donc vous pensez que cela se puisse faire, vous tâcherez de nous l'envoyer au plus tôt que vous pourrez avec une de vos Sœurs tou-
rières, après vous être bien enquise si les chemins sont libres. Noire Sœur Fr. -Catherine de Pingon ne s'en reviendra pas : nous avons prié ma Sœur la Supérieure de la garder à cause que nous sommes soixante Sœurs, qui est plus que le monastère n'en peut contenir. Notre Sœur M. -Suzanne Duret ne revient pas non plus ; ma Sœur la Supérieure de Draguignan ne s'en peut passer. — J'ai encore mandé à ma Sœur la Supérieure de Saint-FIour que ma Sœur la Supérieure d'Arles leur serait fort propre; mais que l'on m'avait mandé qu'elle avait été fort malade et qu'elle avait grand'peine de se remettre , que néanmoins je vous écrirais pour savoir l'état de sa santé; c'est pourquoi je vous prie, ma fille, de vous enquérir de sa santé, et selon cela écrivez-en de ma part à cette bonne Mère de Saint-FIour parce que vous avez plus de commodité de lui faire tenir des lettres que nous. Faites donc fort soigneusement cette commission. Si votre conscience vous dicte que ni l'une ni l'autre de ces deux chères Sœurs ne doivent pas être proposées, il ne se faudra pas tant presser de les faire revenir, surtout ma Sœur la Supérieure d'Arles, laquelle, je crois, serait encore utile à cette maison d'Arles, et aussi pour le sujet du grand nombre que nous sommes. Je vous dis ceci afin que si vous renvoyez ma Sœur Fr. -Emmanuelle, l'on ne presse point ma Sœur Fr. -Angélique [Garin] de s'en revenir après sa déposition. Ne dites en façon quelconque à ma Sœur Fr. -Emmanuelle qu'on la demande à Saint-FIour.
• Ma chère fille, je ne sais si vous savez l'extrême pauvreté où sont réduites nos pauvres Sœurs de Nancy. Elles nous ont mandé qu'il y a plus de trois ans qu'elles n'ont mis graisse dans leur potage, et qu'elles mourraient entièrement de faim n'était le pain de munition que le Roi leur fait [donner par] aumône, qu'elles vont pieds nus, faute d'avoir des bas, et qu'elles n'ont presque plus de quoi se vêtir ni reblanchir. Regardez un peu, je vous prie, si vous ne leur pourriez point faire quelque cha-
rite, et si vous leur en pouvez aussi procurer. Si cela se peut, et que vous leur envoyiez quelque [secours], adressez-le à notre monastère de Lyon où nous le ferons prendre, en y joignant ce que nous espérons leur envoyer, sinon qu'il vous fût plus commode de le faire tenir à notre premier monastère de Paris. Votre Charité nous fera savoir au plus tôt ce que vous pourrez faire. — Ma toute très-chère fille, voyez et pesez bien devant Dieu si cette chère Sœur Fr. -Emmanuelle a de quoi servir utilement la maison de Saint-Flour, avec des bons avis que vous et moi pourrions lui donner j car enfin je ne puis ni ne veux tromper les maisons. Faites-moi prompte réponse, et toujours un peu de vos nouvelles ; car vous êtes infiniment la très-chère fille de mon cœur, que je prie Dieu combler de son pur amour. Priez bien cette infinie Bonté pour moi qui suis toute vôtre.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MDCCLX