SO\ NEVEU
Sur la mort de la baronne de Thorens. — Douleur de la Sainte en apprenant le péril cpie courait l'âme de son flls.
VIVE -{- JÉSUS
[Annecy] 6 novembre 1617.
Hélas! mon très-cher neveu, je pensais bien, que vous saviez déjà la mort de ma chère défunte, car cinq jours après son décès nous en annonçâmes la nouvelle à Mgr de Bourges. Je vois et crains que les lettres ne soient perdues. Il est vrai, mon enfant, que ce m'a été et est encore une extrême douleur de me voir privée de la présence d'une si chère et aimable fille, mais j'adore et embrasse de tout mon cœur cette divine volonté qui me l'a donnée. Puis la sainte et heureuse mort de cette chère âme me donne une grande consolation, là où l'âme de votre cousin me donne une affliction de désolation, et en suis si infiniment touchée que je ne sais où me tourner, sinon du côté de la souveraine Providence, et là, abîmer toutes mes volontés, renonçant même entre ses mains le salut et l'honneur de cet enfanta demi perdu. Oh! douleur et affliction incomparables, mon très-cher neveu! il n'y en a quasi point d'égale. Si je n'étais arrêtée d'une violente fièvre quarte, je fusse déjà partie pour l'aller ôter de là où il est. Je lui mande qu'il me vienne trouver. S'il ne le fait, je conjure Mgr de Bourges de le faire aller à lui sous quelque prétexte, et le retenir jusqu'à ce qu'il vienne à Nantua. Hélas! il le faut aider, mon très-cher
1 M. de Neuchèze, fils de Marguerite Frémyot, baronne des Francs ou d'Effrans, sœur ainée de sainte Jeanne-Françoise de Chantai, avait embrassé la carrière ecclésiastique et s'était attaché à l'archevêque son oncle, qui le fit grand vicaire et chancelier de l'Eglise de Bourges.
neveu, je vous conjure d'aider à cela. Je ne puis passer outre, tant les larmes m'aveuglent, et la douleur de toutes parts m'a saisie. Faites prier pour lui toutes ces bonnes âmes qui sont là et cheminent fermement en la crainte de Dieu. Mon très-cher neveu, je supplie sa Bonté vous combler de bénédictions et suis invariablement votre plus humble tante et servante en Notre- Seigneur Jésus-Christ.
Soeur J. F. Frémyot, de la Visitation.
Mille saluts à tous ceux de la maison.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Lyon.