‹ Lettres (volume 3)Chapitre 103 sur 351 · LETTRE CXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE CXXVII

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPliRILURB A LYON

Se confier à la divine Providence dans les afflictions, les considérant moins que le Coeur de Celui qui les envoie. — Projet de départ de M. de Sainte-Catherine pour Rome, en qualité de solliciteur des affaires de l'Institut. — Grande importance que la Sainte met à l'étude du Catéchisme.

vivk f jésus!

[Annecy] 25 novembre 1611.

Ce sont des fruits de la très-sainte croix, ma très-chère fille,

que celte âpre mortification que ce bon vous a faite; eh!

Dieu nous fasse la grâce de faire profit de toutes les mortifications qu'il nous enverra. Ma chère fille, que vous êtes heureuse! car voilà que le divin Sauveur vous donne charge sur charge; sa Bonté vous donne sa sainte force! Il le fera, ma fille, puisque de toute votre âme vous vous abandonnez entre les mains de sa divine Providence, et que vous n'avez point d'autres bras pour vous porter que les siens, et point d'autre sein pour vous reposer que le sien tout aimable. Demeurez là, ma très-chère fille, comme une douce colombe, toute simple et toute tranquille; ne

regardez point vos afflictions, mais le Coeur de Celui qui vous les envoie. Certes, on a pleuré céans celte chère défunte, et a-t-on prié pour elle : j'en suis toutefois consolée, car quel plus grand bonheur à cette âme innocente et pure que d'aller trouver son Sauveur? Aimez son repos, ma très-chère fille.

Je vous écris sans loisir de pouvoir revoir vos lettres, pour ne point perdre cette occasion ; croyez, ma fille, que si nous sommes fidèles à notre vocation , et que nous ne recherchions en nos petits services que la pure gloire de Dieu, que sa Majesté nous exaltera. Monseigneur veut que l'on fasse encore cette recharge avant que d'envoyer à Rome M. de Sainte-Catherine qui sera admirable solliciteur. Dieu nous aidera, ma filie; mais il faut nous tenir humbles et patientes, et nous laisser fouler aux pieds. Monseigneur espère que cette recharge avec les règles et témoignages que l'on rend fera le coup. Si Mgr l'archevêque trouvait bon de faire de sa part une nouvelle recommandation à ce gentilhomme qui sollicite pour lui (afin qu'il se tint uni au Père procureur des barnabites, en cette sollicitation), je pense que ce serait à propos, car de lui demander qu'il envoie les attestations de la maison de Lyon, comme l'on a fait de celle de deçà, je crois que ce serait temps perdu. M. le prince a eu des réponses que de son côté l'on poursuivra chaudement. Oh bien ! ce que nous pouvons est fait , et pour tout bien rencontrer le reste, il le faut laisser à la divine Providence, et la supplier continuellement de conduire et nouer cette besogne selon sa très-sainte volonté ; j'espère que dans peu de semaines nous en aurons des nouvelles.

Monseigneur partit hier1, et me manda de faire fort ses excuses vers vous de ce qu'il ne vous écrit point, il le fera dès Grenoble. Il ne s'est jamais ouï parler d'un tel accablement d'affaires ; nous parlâmes de notre vœu d'obéissance, et il

1 Pour aller prêcher l'Arent à Grenoble.

trouve que Dieu l'agréera; il me demanda comment vous avez reçu cette rude mortification, mais je ne l'ai su dire, hélas !

Il est vrai, ma chère fille, nous lisons quatre fois la semaine le catéchisme à nos Sœurs1; que si quelqu'une voulait savoir autre chose que ce qui est dans le livre, j'arrêterais son esprit, désirant qu'elle et moi assujettissions nos entendements à ce que nous lisons, sans passer outre; et ainsi, je leur fais grand hien, car il y a hien de l'ignorance parmi nous autres.

Je vous remercie mille fois, ma très-chère fille, de vos belles bougies; elle nous sont bien commodes, mais une suffit abondamment pour un an, nous n'avons point vu les grains bénits. Faites tenir promptement et sûrement le paquet de Dôle, s'il vous plaît En voilà un de Mgr de Paris. Ma mie, je suis uniquement toute vôtre, et salut à tous. Ce jour de sainte Catherine.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Charnbéry.

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