LETTRE CXXXV
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE
SUPÉRIEURE A LYOV
Désir d'une fondation à Grenoble. — Commissions pour différentes personnes.
l'IVK -f- JÉSUS !
[Annecy,] 15 féurier 1618.
Ma pauvre très-chère fille, il y a si longtemps que nous ne vous avons écrit, que j'en étais ennuyée, et faut que je le fasse maintenant tout en courant, pour vous dire que vous m'êtes très-uniquement chère, et que, puisque ces petits maux continuent, il faut acquiescer aux conseils du bon M. N..., et bien croire et suivre le gouvernement de votre petite directrice. Mais quant à nous, nous ne croirons pas, pour le coup, celui de Mgr de Lyon, de ne pas prendre une maison à Grenoble, si l'on nous en veut donner une; mais il ne lui en faut rien dire , car aussi n'est-ce pas chose si prête.
Je vous prie, ma chère amie, faites tenir sûrement ce paquet à Mgr de Bourges et celui de M. Favrot. Vous nous obligerez de nous renvoyer nos règles : faites-le, je vous prie, à la première occasion ; elles nous font faute. — A ma très-chère Sœur Barbe-Marie, je dis à l'oreille de son cœur que je la chéris de toute la force du mien. A la petite cadette de la chère mère, et à toute la chère troupe, mille saluts. Certes, mon enfant, il faut finir : quand bien j'aurais du loisir pour écrire davantage, je ne le pourrais pas, mon bras ni ma main n'en pouvant plus. Je me porte bien du reste, nonobstant les accidents, et suis toujours toute amoureuse de ma grande chère fille. Promptement, je vous prie, faites que si M. Vaillascot n'a envoyé les contours pour notre tableau, qu'il les envoie; M. le marquis le lui a commandé. Vive Jésus!
[P. S.] Saluez très-humblement de ma part le Père Mareellin elle Père Raymond, et ma Sœur Françoise-Jéronyme [deVillette] .
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.
LETTRE CX XX VI (Inédite)
A LA MÊME
Le bon esprit et la bonne réputation sont des conditions nécessaires pour être reçue dans un monastère.
vive -J- jésus!
[Annecy, 1618].
[Les premières lignes manquent dans l'original]
Il nous est impossible de recevoir cette bonne fille dont vous nous parlez, au moins maintenant; car notre famille est trop grande, trop chargée de dettes et de pauvreté pour cette heure ; mais si je la vois en passant à Lyon et qu'elle nous revienne bien, nous la pourrons amener.
Quant à cette pauvre femme que son mari a quittée, je prie Dieu qu'il la touche et convertisse à lui ; nous voudrions bien lui faire la charité pour l'amour de Dieu, et particulièrement pour le respect de la bonne et vertueuse mademoiselle N..., que j'ai tant envie de servir, mais c'est chose impossible et qui ne nous serait permise, outre le tort que pourrait recevoir la maison, à cause que la chose est publique, il ne faut jamais parler de cela.
Oh! ma fille, il me semble que j'ai tout répondu, tant à vos lettres qu'à celles de ma Sœur Barbe-Marie. Bientôt il est midi, c'est pourquoi je vais dîner, s'il plaît à Dieu, en attendant de vos nouvelles qui me tarderont, car j'aime, je chéris, et suis
tendre de votre cœur, comme de ma vraie grande fille. Adieu, je suis lasse et sans loisir.
Dieu soit béni!
Mille saluts à M. de Saint-Nizier. 11 nous tarde de savoir des nouvelles de Rome. Oh ! Dieu nous aidera, s'il lui plaît, ma toute chère fille.
Conforme à uue copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.