LETTRE CLVIII
A LA MÊME
Mieux vaut s'appliquer à la stricte observance que s'inquiéter de ses tentations. Envoi des Entreliens.
VIVE J JÉSUS
[Annecy, 1618].
Je n'ai guère de loisir, ni guère de choses à vous dire; aussi, ma très-chère fille, il me tarde de savoir si notre bonne Sœur J. -Hélène aura fait profession, et comme va de sa tentation. Vrai Dieu ! que si elle veut un peu à bon escient la mépriser et s'appliquer fidèlement à l'observance de nos chères règles, qu'elle serait heureuse! Hélas! ma très-chère fille, il en faut avoir une grande compassion et lui élargir toujours son cœur, tant qu'il vous sera possible !.
Nos maçons iront voir votre dessein sur la fin du mois qui vient; si vous n'êtes bien résolue de les faire travailler, ne les faites pas aller là, car il vous coûterait de l'argent inutilement. Pour votre première pierre, Monseigneur dit qu'il faut que vous vous conseilliez de cela avec ces sages et prudents amis de la maison , parce que ceux qui sont sur les lieux peuvent mieux juger de cela que non pas nous. Nous avons été bien aises de voir la bonne madame Maroz.
1 Sœur Jeanne-Hélène de Gérard , première religieuse du monastère de Grenoble, avait commencé son noviciat à Annecy. Cette âme fervente était attirée à l'austérité de vie et aux pénitences corporelles. A ce sujet, saint François de Sales lui écrivit une lettre dans laquelle il assure que le perpétuel assujettissement de l'esprit est bien préférable aux macérations de la chair : « Quelle plus grande austérité peut-il y avoir [dit le B. Evèquc), » que de tenir sa volonté sujette et continuellement obéissante"? Quelle « meilleure pénitence peut faire un cœur que de souffrir, subir une croix » continuelle et une perpétuelle abnégation de son amour-propre? »
Les avis du sage Directeur éclairèrent cette âme trop ardente, et la tentation céda devant l'obéissance.
(Histoire inédite de la fondation de Grenoble.)
Vous aurez tous les Entretiens que Monseigneur nous a faits, et qu'il nous fera encore ; car, ma très-chère fille, tant qu'il me sera possible, je lui veux faire employer le temps qu'il vient céans à cela, avant notre départ, afin que toutes les maisons participent à ce trésor. Celles qui sont ici auront toujours assez de temps pour lui parler, et puis, certes, nous ne savons que trop ce que nous devons faire, nous n'avons besoin que de pratique. Mille saluts à ces très-chères filles et à tous. Dieu soit notre tout, ma très-chère Sœur.
Conforme à l'original garde aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE CLIX [Inédite)
A LA MÊME
Affaires et plans de construction.
vive -J- Jésus!
[Annecy, 1618].
Je ne puis prendre le loisir de vous écrire, ma très-chère Sœur, outre que je le fis hier. Nous prendrons le loisir de voir les plans, et puis ne soyez pas en souci que l'on ne vous les renvoie assurément. Vous pouvez retirer le coffre de la bonne madame Léotard. Je pense bien que ce mariage ne se fera pas, car enfin on désire l'accomplissement de sa parole. Mille saluts à tous et à toutes nos très-chères Sœurs. Vivez, je vous prie, contente, car vous en avez l'occasion, et nos deux chères professes qui m'ont écrit me donneront bien un peu de terme, et M. Clément aussi, que je salue. Je suis accablée de tant d'écritures qu'il m'a fallu faire. Bonjour, ma très-chère et bonne Sœur; faites que AI. Le Poivre retire les couteaux et autres choses que l'on vous a envoyés , car c'est au chasse-marée qu'on les donna. Nous avons reçu vos provisions. Grand merci, ma très-chère Sœur. — Dieu soit béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives delà Visitation d'Annecy.
LETTRE CLX {Inédite)
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE
SUPÉRIEURE A LYON
Arrangements pour la fondation de Bourges, annonce de celle de Turin et du passage de la Sainte à Lyon.
vive f JÉSUS !
[Annecy, 1618].
Je repense, ma très-chère fille, à ce que vous me dites, de remettre la disposition de la venue de notre Sœur [F.-Jéronyme] au temps que nous serons vers vous; il me semble que, s'il se peut, j'aimerais bien mieux l'envoyer devant, et nous remmènerions celle qui viendrait avec elle; car aussi bien prendronsnous une de vos filles pour Bourges, voire même notre Sœur A.-Francoise, si vous le trouvez bon, car l'on donnera bien une compagne à notre Sœur-Marie Aimée, lorsqu'on vous prendra. Pensez donc voir un peu à cela, et s'il ne serait point mieux ainsi que je dis. Pour ce qui regarde cette fille, j'espère qu'il lui fera grand bien d'être ici, puisqu'elle est si [mots illisibles] .
Nous n'avons point de nouvelles de Paris, mais oui bien de Turin, où il faudra aller au printemps. La signora Genevra, plus ardente qu'il ne se peut dire, attend impatiemment ce temps-là ; l'on s'y promet des merveilles. Monseigneur est en crainte de l'esprit de Mgr de Lyon ; mais il espère pourtant que M. le président le gagnera. Il est grandement nécessaire de penser que l'on acheminera cela, voire de commencer à le faire ; car c'est une chose absolument nécessaire, et je vois que vous ne l'êtes plus tant à Lyon, car je trouve notre cadette brave, et la décharge que l'on fera de quelques filles ouvrira la porte à d'autres, qui accommoderont le temporel, s'il plaît à Dieu, que je supplie de tout mon cœur de vous en donner de bonnes.
Voici une autre sorte d'affaire, ma très-chère fille : c'est que nous avons ici 1,000 écus en espèces, contenus en ce bordereau, lesquels nous ne pouvons trouver moyen d'envoyer chez vous, où je mandai à M. Coulon qu'il les vînt prendre de nous le jour de Notre-Dame, ou le 10 septembre, en nous en faisant une quittance ; et je vois bien qu'il faudra qu'il les vienne piendre ici, sinon que vous puissiez, employant votre crédit, lui faire donner selon que le bordereau le porte, en quoi vous me feriez un signalé plaisir, et dont je vous conjure si vous le pouvez, vous assurant en toute vérité que j'ai cette somme entre les mains, en mêmes espèces contenues au bordereau, et laquelle je vous donnerai, Dieu aidant, moi-même, le 12 ou le 13 d'octobre que nous serons vers vous ' ; certes, ma fille, si vous le pouvez, je sais que vous le ferez; si moins, il faudra que le bon M. Coulon vienne ici. Il me tarde d'avoir de vos nouvelles, ma très-chère fille ; vivez joyeuse et toute à Dieu, et vous assurez que mon cœur est tout vôtre. Croyez-le.
Dieu soit béni!
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.
LETTRE CL XI (Inédite)
A LA MÈRE PÉRONNE-MARIE DE CHATEL
SUPÉRIEURE A GRE.V0DLE
La Visitation est reconnue à Rome comme Ordre religieux.
vive -j- jésus!
[Annecy, 1618].
Le départ de ces bons Pères se trouve sur une dépêche d'importance qu'il me faut faire et qui est tout avancée ; car voici toujours nouvelle affaire du côté de mes enfants, et un messager
1 En allant à la fondation de Bourges.
exprès pour cela. Que dire donc, ma très-chère fille, sinon que
je me suis toute consolée de voir votre cœur content? Oh! vrai
Dieu, quel bonheur d'être bien dénuée de nous-même et de
ne se revêtir jamais que de Dieu ! Je pense que Monseigneur
écrira à M. Dulme, comme la N... peut entrer parmi nous en
parfaite assurance, outre que vous pouvez dire à Mgr de Chul-
cédoine ' que l'expédition est venue de Rome pour convertir
ceci [la Congrégation] en Religion, et que Monseigneur en a la
commission.
Nous attendons ce soir M. Le Blanc, et puis nous écrirons
plus au long. Bonjour, ma très-chère fille, et à toutes, et à la
chèrement aimée Sœur de Granieu; je lui écrirai bientôt, et à
M. Dulme.
Dieu soit béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.