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LETTRE CLXII

MAITRESSE DES NOVICES A LYON

Conseils de direction et encouragements.

vive -J- jésus!

[Annecy, 1618J.

Elles me plaisent grandement, ces nouvelles de votre noviciat, ma très-chère fille, Dieu en soit béni! mais non pas tant quand vous me faites des lamentations, me disant que ma pauvre fille va toujours de mal en pis ; or sus, patience. Vous avez bien fait de décharger votre cœur au bon Père recteur; mais vous n'êtes point obligée ni ne le devez faire à M. le supérieur ; car, quelque docte et bon qu'il soit, cela ne serait pas à propos. Dieu vous confortera et fera régner enfin sa très-sainte volonté

1 Coadjuteur de Grenoble.

en vous. Dieu veut que vous le serviez comme vous faites et en ce que vous faites; n'ayez donc point de scrupule, mais un grand courage.

La maison de Paris n'est pas encore résolue. Certes, je crains un peu la jeunesse de cette petite Sœur A. L. . . ' ; c'est pourquoi il faut bien regarder s'il n'y en aura point une autre plus propre ; car cela est trop important. Adieu, ma fille; vivez fortement toute en Dieu, et mille saluts à ces chères filles.

Dieu soit béni!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CLXIII (Inédite)

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE RRÉCHARD

SUPÉRIEURE A MOL'LIXS

Préférer, dans le choix des vocations, le bon esprit des prétendantes aux avantages temporels. — Il faut agir prudemment avec une âme peu propre à la perfection religieuse.

VIVE y. JÉSUS !

[Annecy, 1618].

Voilà, ma très-chère fille, que je viens de satisfaire à votre désir pour ce qui regarde vos Sœurs, n'ayant compris votre intention que pour ces cinq à qui j'écris. Je vous assure, ma fille, que j'ai peu de loisir et un grand accablement d'affaires. MM. de Saint-Dominique nous travaillent fort ; nous sommes en procès et en traité d'accord. Ils veulent absolument 1,200 écus d'or pour le morceau de place qui nous est nécessaire [pour agrandir le jardin] ; pensez où nous en sommes. Je vous assure que c'est chose impossible, ayant très-grande peine de trouver de quoi entretenir les ouvriers et vivre2. Nous en de-

1 Sœur Anne-Louise de Villars.

2 On voit dans les anciens livres de compte du premier monastère de la Visitation d'Annecy que ce procès fut entrepris en 1(318 et terminé sur la fin de cette même année.

vons plus de 200 d'emprunt, mais nous entreprendrons pourtant ce que nos amis voudront. Dieu soit béni; tout va assez bien au reste.

Oh ! mon Dieu, ma chère fille, plus je vais en avant, plus je vois que tout le bonheur de ces maisons consiste au bon choix des filles, et ne saurais souffrir que celles qui ont des commodités moyennes soient refusées, quand elles ont les parties de l'esprit requises. Enfin les maisons où Dieu est aimé et servi purement n'ont jamais faute de pain, je vous l'ai déjà tant écrit, ce me semble. Prenez des filles qui vous plaisent, encore qu'elles ne soient pas si riches, et même s'il s'en présentait quelque excellente qui n'eût rien, je voudrais la prendre à deux mains, car Dieu pourvoirait. Je ne dis pas pourtant qu'il en faille remplir la maison à ce commencement; aussi ne s'offriront-elles pas. Dame, je ne trouve pas que ce soit pauvreté, quand elles ont 400 ou 500écus; cela payera vos dettes si vous en recevez. Trois ou quatre de ce prix feraient votre famille, et ne chargeraient guère votre dépense. Et il me semble que le nombre [marqué] fait que l'observance est mieux gardée ; elles n'ont pas tant de tracas. Dieu vous veuille bien fournir, je le désire grandement, et que l'on soit fidèle à l'observance.

Mais il faut revenir aux filles. Hélas ! cette pauvre Sœur qui se travaille tant pour ses fautes doit être grandement supportée, et ne faut pas exiger d'elle la perfection, puisque son esprit en est incapable. Pourvu qu'elle observe la règle aux choses extérieures, et qu'elle ne fasse pas des mutineries et scandales, il faut tolérer le reste et ne faire pas semblant de le voir, puisque vous l'avez reçue à profession. Ce sera assez qu'elle soit exempte du péché mortel et qu'elle ne donne point de trouble à la maison ; il y faut tenir son cœur fort large et content. Pour l'autre qui tombe en l'oraison , il faut bien examiner si son imagination ne tient point le dessus, car la pauvre fille, si elle a l'imagination forte, elle se trompera sans coulpe,

toutefois il la faut faire manger et dormir; car je pense qu'il y a de la débilité en ces chutes, et craindrais, si elle ne fait bon effort pour cela, que quelque tentation ne s'y mêlât. Bref, la douceur, l'humilité et simplicité à l'obéissance tiennent assurées toutes choses, pourvu que véritablement ces vertus régnent. Quant à la Sœur servante, je pense qu'elle n'a pas fait profession ; c'est pourquoi il lui faut faire savoir librement que si elle veut persévérer en ce service, il faut qu'elle se résolve d'être toute douce et toute soumise. Pour les jeunes filles, certes, je ne voudrais pas les donner à ma Sœur M. -Hélène, oui bien plutôt à notre sœur Jeanne-Marie. [Quelques lignes illisibles.]

Conforme à une copie gardée aux Archives d° la Visitation d'Annecy.

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