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LETTRE CLXVII

A MOiYSEIG.YEUR L'AKCHEVÈQUE DE BOURGES

piumat d'aquitaine '

Elle lui dit que la Bulle de Paul V pour l'érection de la Visitation eu Ordre religieux suffit à tous les monastères qui s'établissent, sans qu'il soit besoin d'un nouveau recours à Home.

[Annecy, 16 octobre 1618].

Monseigneur,

Puisque j'ai cette digne occasion de pouvoir envoyer ce mot de lettre jusqu'à Moulins, je l'emploie volontiers pour vous dire,

1 André Frémyot, frère de sainte Jeanne-Françoise de Chantai, naquit à Dijon en 1573. Formé à l'école du président Frémyot, son père, il se fit remarquer par une jeunesse irréprochable, studieuse et couronnée de brillants succès. A vingt-six ans, il était reçu conseiller au parlement de Dijon et conseiller du roi; mais bientôt renonçant à la fortune séculière, il embrassa la carrière ecclésiastique. Nommé archevêque de Bourges avant même d'être promu au sacerdoce, le jeune prélat eut le bonheur d'entendre et de connaître saint François de Sales pendant le Carême de 1604; il se plaça sous la direction du Saint, et dès ce moment, sa vie, d'honnête et réglée qu'elle était, devint véritablement sacerdotale. Il célébra sa première messe le jeudi saint de cette même année 1004, assisté à l'autel par le B. Evêque de Genève, qu'il ne considéra plus que comme son père et son modèle.

Monseigneur, que n'ayant point eu de vos nouvelles depuis votre laquais, et voyant la saison propre à voyager si fort avancée, j'ai pensé que ce qui vous retarde d'envoyer est que vous attendez de Rome ce que nous vous avions mandé qu'il fallait obtenir, et dont il n'est nul besoin maintenant, puisqu'enfin pour ôter cette peine aux prélats qui nous recevront en leur diocèse, Monseigneur de Genève s'est résolu d'accomplir sa commission avant que [de] nous laisser partir d'ici, et a réduit aujourd'hui notre petite Congrégation en Religion formelle dont nous devons et rendons beaucoup de grâces à notre bon Dieu ', duquel nous espérons infailliblement le bénéfice du petit Office.

Si quelque autre sujet avait diverti ou retardé le dessein de ces bonnes âmes de votre ville, je vous supplie très-humblement, Monseigneur, de nous le faire savoir le plus tôt que vous pourrez, afin de donner consolation à nos filles de Dijon qui nous pressent, voire, importunent; car allant à vous, nous ne pouvons les servir sitôt qu'elles désirent. Cependant, si votre dessein réussit, comme je l'espère, c'est une vraie providence de Dieu de ce peu de retardement, et voudrais que l'on ne nous vint prendre de douze jours, parce que votre pauvre nièce a la fièvre continue, il y a dix jours; mais le médecin n'y voit nulle apparence de péril, et ce matin elle était fort diminuée. J'espère, Dieu aidant, de vous la mener heureusement. Que si vous aviez déjà envoyé ici, ne vous mettez pas en peine si vous nous voyez un peu retardées; car croyez que nous irons le plus tôt qu'il se pourra.

1 Cette érection avait été ordonnée par une Bulle du pape Paul V, en date du 23 avril de celte année 1618. Par cette Balle, Su Sainteté munissait saint François de Sales de son autorité apostolique pour établir et instituer la Visitation en Ordre religieux. Dès ce jour, la clôture fut établie et toutes les lois de la solennité des Vœux, comme dans les grands Ordres de l'Eglise,

282 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL,

L'on m'a donné trois ou quatre mois pour me décharger des affaires de mes enfants1. Dieu vous conserve, mon très-cher seigneur; je suis fort pressée, mais toujours toute vôtre, et votre très-humble sœur, fille et servante en Notre-Seigneur.

Sœur Françoise Frémyot, de la Visitation Sainte-Marie. Dieu soit béni!

[P. S.] Je salue nos neveux 2 de tout mon cœur.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation d'Annecy.

LETTRE CLXVIII (Inédite)

A LA MÈRE MARIE-JACQUELIXE FAVRE

SUPÉRIEURE A LYOX

Annonce du passage de saint François de Sales à Lyon avec la cour de Savoie. — Une supérieure doit gouverner le monastère par elle-même et selon la règle. — Questions que la Mère Favre devra faire au Rienheureux Evêque pour les Constitutions.

VIVE j JÉSUS.'

[Annecy] 17 octobre 1618.

Ma pauvre très-chère amie, encore ce billet ; car le départ du sire Pierre me surprend ; je désirais fort de vous envoyer les règles, pour les faire imprimer, ainsi que je vous l'ai écrit par M. Roland; car enfin Mgr le prince-cardinal va3, et vous aurez

1 Sainte de Chantai, avant de faire le vœu solennel de pauvreté, avait obtenu un délai de quelques mois pour terminer entièrement ses affaires temporelles.

2 MM. de Xeuchèze.

3 Le prince-cardinal de Savoie allait à Paris pour négocier le mariage du prince de Piémont, Victor-Amédée, avec Christine de France, sœur de Louis XIII; saint François de Sales, par ordre du duc de Savoie, fit partie de cette ambassade. On voit, par cette lettre, que son départ devait précéder celui de sainle de Chantai; mais des circonstances imprévues dérangèrent tous les projets. Ce ne fut que vers la fin du mois qu'il se mit en route avec toute la suite du prince-cardinal; et après avoir passé par Lyon , il arriva à Paris environ le 10 novembre 1618.

ANNÉE 1618. u283

ce cher contentement de voir notre cher Père. Mon Dieu, faites qu'il dise un mot à M. de Saint-Nizier pour la réception de ces filles. Qu'il vous laisse gouverner ! votre maison n'aime pas cette conduite-là [mots illisibles]. Si vous aviez des filles qui fussent braves, l'on en prendrait toujours pour les fondations, comme nous vous avons mandé, et votre maison se ferait par ce moyen. Bon Dieu ! puisqu'ils n'ont pas le soin de quoi vous vivez, qu'ils vous laissent gouverner. Enfin si cette fille dont vous m'avez écrit est si brave, nous la prendrons ; il est vrai que nous sommes déjà un grand nombre, et, certes, grandement chargées, même de dettes, aussi bien que vous, mais non si grosses, car nous n'avons pris que 13,000 florins à rente à six et sept pour cent.

Au reste, ma très-chère fille, demandez à notre très-cher Père Monseigneur s'il ne faut pas mettre un titre au fin [tout] premier chapitre de nos Constitutions, De la fin pour laquelle elles ont été dressées, et comme il le vous dira, nous l'y ferons mettre lorsque nous vous enverrons les règles. Je suis tant pressée que rien plus; mais voilà un billet pour M. l'aumônier; ma fille, vous savez qu'en vérité je suis toute vôtre; la petite cadette le sait aussi, et ma Sœur Barbe-Marie. Vivons toutes à Dieu , et nous mandez bien des nouvelles de Monseigneur, et lui baisez sa chère main de ma part. Adieu, ma fille, mais à Dieu soyons-nous à jamais. Amen. 17 octobre.

Voilà donc qu'il faut partir, mais non pas avant lundi, car Françoise a toujours sa fièvre. N'envoyez pas, ma fille, les lettres que je vous mandai pour Mgr de Bourges; je les donne à M. Roland ; je ne vois pas qu'il faille envoyer un carrosse : nous irons jusqu'à Lyon comme nous pourrons, et ne sais encore ce que nous ferons de celle fille.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.

284 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.

LETTRE CLXIX

A LA MÈRE PÉRONNE-MARIE DE CHATEL

SUPERIEURE A GRENOBLE

Convalescence de Françoise de Chantai . — La Sainte permet de communiquer les Règles et Constitutions à quelques personnages de haute piété.

VIVE 7 JÉSUS

Octobre 1618.

Ma très-chère fille, je vous écris parmi notre voyage que vous savez déjà que nous faisons1, au moins si vous avez reçu celle que je vous écrivis jeudi dernier, que notre très-cher Seigneur et Père vous aura donnée ; je vous ai tout écrit et ne sais plus rien à vous dire, mêmement que notre bon M. Michel [Faire] vous dira prou toutes nos nouvelles, et comme ma Françoise et moi aussi sommes mortifiées de ce qu'elle n'a su venir. Grâce à Dieu, elle n'est en aucun danger, mais, comme vous savez, elie est sujette à traînasser longtemps après ses

1 On lit dans le premier livre du chapitre du monastère d'Annecy : u Xotre digne Mère de Chantai partit pour Bourges le 22 octohre, emmenant avec elle les Sœurs Anne-Marie Rosse!, Marie-Marthe Legros, Hélène- Marie Le Blanc et Anne-Catherine de Beaumont. »

Saint François de Sales, toujours occupé du Bien spirituel de ses chères filles, leur donna en cette occasion de précieux avis. La Mère Anne-Marie Rosset, en qualité de supérieure de la petite colonie, reçut le hillet suivant :

« Ma très-chère fille, les armes qu'il faut porter pour aller en fondation « ne sont autres que la sainte humilité; mais de celle-ci il en faut être toute » couverte : car l'humilité est toute généreuse, et nous fait entreprendre » avec un courage indicible tout ce qui regarde le service de Dieu et l'a- » grandissement de sa gloire; et moins nous sentons de capacité en nous » pour ce faire, d'autant plus nous devons nous serrer et attacher à Dieu, « nous confiant totalement en son assistance, laquelle il ne manquera pas » de nous donner, pour nous acquitter de notre devoir, si nous sommes n remplie de défiance de nous-mème; car il est tout assuré que nous ne » pouvons chose quelconque de nous; mais c'est la vérité, qu'en Dieu toutes » choses nous sont possibles. Xous ne sommes pas économe, ni supérieure » des talents que Dieu a mis en nous, mais seulement dépensière, pour les v distribuer aux autres, portant l'esprit de la Visitation , afin de le répandre

maladies; c'est pourquoi nous n'avons su l'attendre, mais s'il plaît à Dieu, AI. de Vars l'amènera à Lyon sitôt qu'elle pourra être remise, et de là nous la ferons conduire à Moulins, où nous l'enverrons prendre. Demeurez bien en paix, ma très-chère fille, et avec toute votre chère troupe à laquelle je voudrais, pouvoir dire un mot par écrit, mais je n'en ai pas le loisir; je les embrasse toutes très-amoureusement avec vous, que je chéris tout cordialement. Ne laissez pas de nous mander de vos nouvelles, encore que nous soyons loin, car elles me feront toujours grand bien. Adieu, adieu, ma très-chère fille.

Nous aurons, Dieu aidant, nos règles imprimées dans trois semaines; il faudra que vous y contribuiez votre part. J'ai dit qu'il vous en fallait cinquante copies '. Aux amis et amies trèsconfidents, vous en pourrez donner, ou à quelque grand personnage de piété qui désirera les voir ; elles coûteront 20 écus pour l'impression, et 10 écus pour la reliure ; car nous retirons tout, et il y aura six cents copies. Nous allons à la sainte messe pour partir. J'ajoute ce mot : je salue M. Clément et tout le reste que vous savez.

Dieu soit béni!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

» au prochain, tâchant de purifier, polir et former les esprits de celles que >i Dieu nous commettra, qui se trouveront fort divers, èsquels il faudra » que nous exercions une grande douceur, support et patience, pour les «voir cheminer le petit pas, et toujours commettre des imperfections; » inculquant à ces âmes-là la vraie douceur, humilité et générosité, qui est » le vrai esprit de nos règles; afin que par ce moyen elles parviennent » à la perfection de l'amour sacré et à l'union de leurs âmes avec Dieu, qui » est la fin pour laquelle il les a appelées à la religion »

Dans toutes les éditions des Lettres de sainte de Chantai qui ont paru jusqu'à ce jour, ce billet a figuré comme étant de la Sainte; mais la Mère Rosset, dans un recueil qu'elle a fait elle-même des Lettres de ses deux saints Fondateurs (lequel recueil est aux Archives du premier monastère de la Visitation d'Annecy), assure que ces avis lui ont été donnés par saint François de Sales.

1 Ce mot veut toujours dire exemplaires.

286 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.

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