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LETTRE CLXXV

A LA MÈRE JEAXXE-CHARLOTTE DE BRÉCHARD

SUPÉRIEURE A MOULINS

Tenir son âme en tranquillité parmi les accidents de la vie. — Rappel prochain de Sœur F. G. Bally. — C'est assez de garder trois jeunes filles. — Conseils divers pour le gouvernement du monastère de Moulins. — Prendre l'avis des Pères Jésuites. — Propositions de plusieurs prétendantes. — Séjour de Françoise de Chantai à Lyon. — Envoi des Directoires.

vive -f- jésusî

[Bourges, vers le 20 janvier 1619.]

Il n'y a pas longtemps que je reçus votre lettre du 8 janvier; j'y vois l'accident arrivé à la pauvre Sœur Marie-Jeanne, et du depuis vous ne m'en avez rien dit. Eh! Dieu soit béni, ma trèschère Sœur ma mie, qui tient nos âmes en la sainte tranquillité parmi tous les accidents! Il vous faut de plus en plus enfoncer en l'abîme de cette sagesse et providence éternelle ; mon Dieu ! quel bonheur de vivre et mourir là !

Ces filles sont admirables avec leur désir de charges honorables ; quelle impertinence! Quant à notre Sœur N..., je sais

vous tenir toujours précieusement dans mon cœur et toute votre chère famille, que j'aime avec une dilection très-tendre, et les conjure toutes, ces chères âmes, de vivre allègrement et suavement autour de leur bonne Mère; et vous, ma fille, d'être toute paisible avec notre bon Dieu, et toute douce, suave et franche avec vos chères filles.

Au reste, ne vous alarmez pas de cette novice tentée ; c'est une chose qui est assez ordinaire, que telles attaques à ceux qui entreprennent le service de Dieu. Et je vous supplie, ne faites ni disciplines, ni abstinences extraordinaires pour elle : vous n'êtes pas assez forte, ni assez saine. Il faut avoir patience, il la faut conforter, et lui faire voir que c'est une tentation du malin, qui lui veut faire quitter Dieu, afin qu'ayant abandonné sa bonté, qui dès si longtemps l'a attirée à soi, il la fasse tomber en désespoir pour la damner éternellement. Il lui faut dire les malheurs qui sont arrivés à ceux qui ont quitté leur vocation religieuse, et l'encourager doucement, comme vous faites, et fort prier pour elle. Si vous l'eussiez fait parler au bon Père dom Philippe, il lui eût bien fait appréhender sa tentation et lui en eût donné horreur; si elle lui dure avec violence, faitesle appeler. Cette fille est bonne, et réussira bien, avec la grâce de Dieu ; le diable voit cela, et la tente du côté qu'elle est déjà tentée par sa propre inclination. Enfin, ma chère fille, vous n'avez aucune difficulté importante; dès notre commence- 1 ment cela s'est trouvé en la vie spirituelle, qui est souvent mêlée d'épines poignantes parmi les agréables roses. Dieu peri met ceci pour notre exercice, et nous fait marcher parmi les I difficultés, aussi bien que parmi les facilités. Ne nous étonnons I de rien, mais faisons ce que nous pourrons avec entière confiance que Dieu réduira tout à sa gloire et à notre mieux. J'en supplie sa bonté. Amen.

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