LETTRE CLXXIII
AUX SOEURS DE LA VISITATION D'ANNECY
La Sainte exhorte ses filles à n'avoir que le seul désir d'aimer Jésus, et de se conformer à son bon plaisir par une exacte observance de la règle.
VIVE ~ JÉSUS
[Bourges, 1619].
Puisque la divine bonté de Notre-Seigneur a assemblé nos cœurs en un seul cœur, permettez-moi, mes très-chères Sœurs, de vous saluer toutes en général et en particulier; car ce même Seigneur ne me permet pas de le faire autrement. Mais quel salut ! Celui que Monseigneur, notre grand et digne Père, nous a enseigné : Vive Jésus! Oui, mes très-chères Sœurs et mes vraies filles, je dis ce mot avec grand sentiment de dilection : Vive Jésus en notre mémoire, en notre volonté et en toutes nos actions ! N'ayez en vos cœurs que le seul désir de son saint amour, et en vos œuvres que l'obéissance et soumission à son bon plaisir, par une exacte observance de la règle, non-seulement pour les choses extérieures, mais beaucoup plus pour les intérieures ; cette douce cordialité les unes envers les autres, le sacré recueillement de votre cœur autour de ce divin Maître, cette véritable sincérité et humilité qui nous rend simples, souples et maniables comme des petites brebis, et enfin cette union amoureuse de tous nos cœurs qui produit la sainte paix et donne les bénédictions qui se peuvent souhaiter en la maison de Dieu et de sa sainte Mère. Je vous les désire, mes très-chères filles, et vous recommande de croître en la sainte dévotion de
puis me mandez ce qui se résoudra. — Je ne vois point de moyen de faire ici recevoir celte demoiselle ; il faudrait avoir patience qu'il en fût venu ici qui apportassent à suffisance ; mais cependant, ma très-chère fille, si elle a les conditions que vous me mandez, et qu'elle n'ait point été participante du mal qui règne en cette mauvaise compagnie, qu'en son particulier elle n'ait point été diffamée, je pense [qu'il] ne peut y avoir intérêt de la recevoir; mais je voudrais lui faire faire l'essai de six mois, voire, d'une bonne année.
Vous voulez, ma très-chère fille, que je vous dise qui pourra porter les charges de la bonne Sœur Françoise-Gabrielle. Voici mon sentiment : il n'importe pas beaucoup que notre Sœur Marie- Hélène [de Chastellux] soit directrice, et Jeanne-Marie [de la Croix de Fésigny] assistante et économe, sous une Mère vigilante et qui se tient volontiers avec son petit troupeau, cela me semble bien ; mais le bon et sage Père recteur doit être consulté, et son avis suivi avec le vôtre ; je m'y soumets pour tout ce que je vous dis, avec raison et de tout mon cœur.
J'ai été touchée du séjour de Françoise à Lyon ; je suis en la saison des bonnes mortifications pour mes enfants; mais, grâce à Dieu, tout passe soudainement. Or, je lui écris que si elle est encore à Lyon, elle trouve moyen de s'en venir ici, et j'accepte votre offre de l'envoyer prendre en cas qu'elle vous en avertisse ; mais je lui manderai fort qu'elle prenne commodité à Lyon ; mon neveu de Neuchèze l'ira prendre chez vous si elle y vient. Voilà bien de la peine là qui eût été évitée, si l'on ne m'eût divertie, car la pauvre fille montait dans le carrosse pour venir ici, lorsqu'elle reçut la défense de le faire, pensez son sentiment. Or, je pense que dès qu'elle sera arrêtée quelque part, le mariage se fera bientôt ; elle sera heureuse avec ce gentilhomme si plein de vertu1.
1 11 s'agit ici de Françoise de Chantai et d'un projet de mariage avec M. de Foras.
Il ne faut donc plus dire de paroles de tendresse à cette trèschère fille, qui est pourtant aimée aussi tendrement et fermement qu'il se peut désirer. Je le veux bien, et j'aime cela, et d'aimer néanmoins invariablement. Adieu, car il me faut beaucoup écrire; je salue le Révérend Père recteur, tous les amis et amies, et par-dessus tout nos très-bonnes et chères Sœurs, auxquelles je suis toute dévouée, et à la Mère plus qu'à toutes incomparablement. Je souhaite à ce béni troupeau une sainte et ponctuelle observance.
Dieu soit béni!
[P. S.] Ma fille, s'il se peut, envoyez parla poste ces lettres à Lyon, et y metlcz un bon port, encore que je pense que cette fille sera partie. Voilà déjà les Directoires; mais renvoyez-les promptement ; vous aurez bientôt les Entretiens. Oh! mais souvenez-vous de polir et accoutrer le Directoire de la maîtresse des novices, et n'y oubliez rien, et pour cela ramassez votre esprit : il y est dit que le mercredi, quand elle tiendra le noviciat, elle dira au commencement ce qu'elle aura à dire ; cependant elle ne le fait qu'après que les avertissements et les coulpes sont dits ; aussi est-il mieux.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.