LETTRE CLXXVI
A LA SOEUR MARIE-HÉLÈNE DE CHASTELLUx
A MOULIXS '
Mépris qu'on doit faire de la tentation et du tentateur.
VIVE ■{• JÉSUS
[Bourges. 1619.]
Ma très-chère fille, j'aurais plus de pitié que je n'ai de vos
1 La Mère Marie-Hélène de Chaslellux fut une des plus vives lumières et l'un des plus fermes appuis de l'Institut. Issue d'une noble famille encore florissante en Bourgogne , elle apporta au monastère de Moulins, outre
aussi pea ce qu'elle veut, et ce que je dois faire d'elle, qu'avant sa lettre ; elle ne le sait pas elle-même; et je crois, ma trèschère fille, qu'il la faut un peu faire retirer [en solitude] pour vaquer à elle-même, et puis prier le très-bon et très-sage Père recteur de l'ouïr et lui donner de la fermeté, et, à vous, conseil. Or, en tout cas, il faut qu'elle demeure là jusqu'à notre retour (je ne sais pas quand il sera, puisqu'il y a beaucoup d'apparence que l'on ira à Paris), parce que retirant notre bonne Sœur Françoise-Gabrielle, il me semble que cette jeune fille vous sera nécessaire. Certes, ma très-chère fille, il me fâche bien de vous ôter cette bonne Sœur ', mais son expérience et sa solide vertu sont plus nécessaires ici que vers vous. Maintenant vous connaissez notre petite Supérieure [la Mère Rosset] et sa grande vertu et recueillement ; elle ne pourrait pas être attentive aux affaires.
Si vous n'avez pas besoin de notre bonne Sœur Hélène-Marie
1 Sœur Françoise-Gabrielle Bally, professe du monastère d'Annecy, dès l'année 1615, reluisit toujours en dévotion et excella dans la pratique detoutes les vertus. Saint François de Sales en rend ainsi témoignage, écrivant au Père dom Placide, Religieux de Saint-Benoît, son frère : « Mon très-cher Père, » je puis vous assurer que notre très-chère fille F. G. Bally, votre sœur, ■n m'est aussi chère que si elle était la mienne propre, sa piété m'y ayant » convié. Je loue Dieu de ce qu'elle donne et reçoit beaucoup de consolation » en la Congrégation de nos chères Sœurs. Notre Mère de Chantai l'aime « parfaitement, et nous voyons que c'est un vase bien poli et toujours » ouvert pour recevoir les grâces célestes, une àme droite et un esprit vide » et dénué de tous les désirs de ce monde, et qui n'a pensée et dessein que » pour son Dieu. » Cette édifiante Religieuse fut envoyée à la fondation de Moulins, « où Dieu la gratifia (dit la Mère de Chaugij) d'une grande maladie, durant quelques mois. Sa divine bonté lui départit des faveurs si extraordinaires, que notre digne Mère de Chantai assure qu'elles ne sont pas moins considérables que celles dont l'Amant céleste a honoré sainte Catherine de Gênes. » Appelée à la fondation de Bourges pour y exercer les charges d'assistante et d'économe, elle y fut ensuite élue Supérieure, et, après avoir fidèlement accompli l'œuvre de Dieu, elle y mourut en odeur de sainteté, 21 mars 1031.
[Le Blanc], mandez-le-moi; c'est une vraie Israélite, bon esprit; mais elle ne peut ni comprendre l'Office, ni faire ici la seconde utilement, comme fera notre Sœur Françoise-Gabrielle ; si vous vous en pouvez passer, ce sera autant de déchargé.
Non, ma très-chère Sœur, il ne faut pas se charger de tant déjeunes filles; vous en avez trois, il me semble que c'est assez ; il faut donner haleine aux autres ; en attendant, celles-là prendront l'habit.
Si celte fille que la Reine mère propose est digne pour notre vocation, l'occasion serait bonne; car cette princesse ne fera pas la charité à moitié, et puis, c'est occasion de plus grande connaissance. Ne vousl'avais-je pas mandé que la Reine avait si bien reçu nos lettres? Dieu conduira bien tout.
Oui, l'assistante doit donner ces menus congés en l'absence de la Supérieure. Ne faites pas faire davantage de cachets, le nôtre suffit.
Nous avons ici retenu cette bonne fille dont je vous ai écrit pour servir ; elle n'est pas de taille plus forte que l'Antoinette; mais elle est vive, saine et courageuse ; elle a un grand désir, et il y a longtemps qu'elle sert Notre-Seigneur ; elle n'a encore que vingt-cinq ans, elle coud fort bien. Si vous voulez envoyer la vôtre, mandez-le-moi, et je vous enverrai celle-ci. Nos Sœurs la trouvent fort à leur gré ; elle servira trois ou quatre ans de tourière, puis elle sera Sœur blanche. Nous [en] avons une environ de même taille et à même condition que nous ne changerions pas pour une bien riche ; celle-ci est joliment vêtue et lingée, et a environ cinquante écus. Mandez-nous votre commodité ; si vous la prendrez et dans quel temps. Quant à celle de la Châtre, elle n'ira point à vous qu'elle nedonne cinq cents écus au bout de l'an, et, à son entrée, sa pension de cent francs et tous les meubles et habits; c'est une fille qui se rendra utile, mais ce qui me tient en peine, c'est ce mal qu'elle a eu. Revoyez ce que je vojis en écrivis, et en conférez avec le Père recteur ;